Majoritairement hostiles Ă la contractualisation financière, les rĂ©gions dĂ©noncent, Ă quelques jours de la date limite pour signer le pacte de confiance avec l’État, « une recentralisation massive », mais sans parvenir Ă parler d’une mĂŞme voix, sous le poids des rĂ©alitĂ©s territoriales.
D’un côté, la Bretagne a annoncé qu’elle signerait et, au-delà du Couenon, la Normandie a voté son refus de contractualiser. On n’en imaginait pas moins de la région bretonne, présidée par le dauphin du ministre Jean-Yves Le Drian, comme on s’attendait à ce qu’en terre normande, Hervé Morin, le patron de Régions de France, joue la carte de la fermeté.
Refus en Normandie, Paca, Occitanie…
A ce jour, la Normandie est la seule à avoir délibéré pour refuser le pacte de confiance, mais à Paris, mercredi 20 juin, Renaud Muselier (LR, Sud Provence Alpes Côte d’Azur), Carole Delga (PS, Occitanie) et Gilles Simeoni (autonomiste, Corse) ont annoncé que leur région ou conseil exécutif refuserait aussi d’apposer son paraphe. L’Ile-de-France, présidée par Valérie Pécresse (LR), devrait se ranger de leur côté.
Si la rĂ©gion des Hauts-de-France (Xavier Bertrand, LR) pourrait ĂŞtre tentĂ©e de dire oui au gouvernement, Nouvelle Aquitaine, Auvergne RhĂ´ne Alpes, Grand Est, Centre-Val de Loire – et d’autres – rĂ©flĂ©chissent encore, examinant ce qu’elles ont le plus Ă perdre ou Ă gagner ou attendant des rĂ©ponses sur des enjeux territoriaux.
Indulgence pour celles qui signeront
Dans leur grande majoritĂ©, les rĂ©gions adopteront leur budget avec une hausse des dĂ©penses de fonctionnement infĂ©rieure Ă 1,2 % et peuvent donc se permettre de ne pas contractualiser, mĂŞme si, selon le prĂ©sident des RĂ©gions de France, la plupart se voient proposer une hausse maximale comprise « entre 1,05 et 1,09 % ».
Mais « la question ne se pose pas en termes budgĂ©taires mais au nom du principe et de la dĂ©mocratie locale », affirme HervĂ© Morin, qui acceptera de se montrer « indulgent » envers ceux qui signeront en raison de leur situation financière. « Nouvelle Aquitaine, qui doit gĂ©rer la situation de Poitou-Charente, ça rend l’équation compliquĂ©e ! », cite-t-il en exemple.
« Une intrusion dans nos budgets »
S’ils dĂ©fendent leur autonomie sur le principe, les prĂ©sidents de rĂ©gions revendiquent aussi leur « capacitĂ© Ă agir », explique François Bonneau (PS, Centre-Val de Loire). « Nos compĂ©tences Ă©conomiques et de transport sont en pleine Ă©volution, nous voulons conserver ce pĂ©rimètre et lutter contre ce cadenassage. » Gilles Simeoni estime mĂŞme qu’il y a « un vrai problème politique de fond ».
« C’est un texte diabolique et humiliant, et pourtant c’est la loi », rĂ©sume Alain Rousset (PS, Nouvelle Aquitaine) en notant que les dĂ©penses de fonctionnement prises en compte incluent celles des missions dĂ©volues aux rĂ©gions par l’Etat.
Etienne Blanc (LR, Auvergne RhĂ´ne Alpes) dĂ©nonce lui « le non-choix permanent » d’un Etat « qui refuse de choisir entre la dĂ©centralisation et la recentralisation » et qui s’apprĂŞte, avec la contractualisation, « Ă rentrer dans le dĂ©tail de nos budgets ».
C’est une véritable intrusion !
Un boycott de la CNT ?
Dans la perspective du pacte girondin annoncé par le président de la République, les régions proposent une convention-cadre et optent ainsi pour la position de l’entre-deux-chaises : ne pas dire non juste par principe et ne pas se fermer de porte définitivement.
D’un cĂ´tĂ©, les conseils rĂ©gionaux s’engageraient Ă limiter l’évolution de leurs dĂ©penses de fonctionnement et respecteraient leurs engagements sur les contrats de plan Etat-RĂ©gion, tandis que l’Etat devrait, notamment : tenir aussi ses engagements sur les CPER, « compenser la suppression du fonds de soutien au dĂ©veloppement Ă©conomique et l’impact financier de la taxe sur les salaires Ă la SNCF ». Rien ne dit, pour l’heure, que le gouvernement rĂ©pondra favorablement Ă ces exigences.
Avec le sentiment de laisser la porte entrouverte au-delà du 30 juin, Régions de France n’a pas encore confirmé sa présence à la prochaine conférence nationale des territoires, le 11 juillet. Mais c’est un front commun qui se prépare, puisque François Baroin (AMF), Dominique Bussereau (ADF) et Hervé Morin devraient adopter une position commune au nom des maires, des présidents de départements et de régions.
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Contractualisation : un nouveau mode de gestion financière à l’épreuve
Sommaire du dossier
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- Contrats de Cahors : « Un jeu de dupes qui pĂ©nalise les bons Ă©lèves »
- Contractualisation : les retraitements font la différence !
- Les premiers contrats financiers Etat-collectivités sont signés
- Les contrats financiers, ou le retour du préfet père Fouettard
- Contrats financiers : la Seine-Saint-Denis dépose le premier recours contre l’arrêté préfectoral
- L’inflation, la prochaine inquiétude des maires
- Contrats financiers : Edouard Philippe fait un petit pas vers France Urbaine
- Contrats financiers : les collectivités qui n’ont pas signé affûtent leurs arguments
- Contrats financiers : ce que devront contenir les arrêtés préfectoraux visant les non-signataires
- Contrats financiers : après les signatures, les négociations continuent
- Contrats financiers : qui a refusĂ© de signer avec l’Etat ?
- Contrats financiers : 228 collectivitĂ©s disent oui Ă l’Etat
- A Lille, Edouard Philippe vante encore les contrats financiers
- Contrats financiers : les régions réclament des engagements de l’État
- Contrats financiers : ces élus communistes qui refusent de signer par principe
- « La contractualisation est une approche technocratique »
- Contractualisation : Edouard Philippe met en garde les non-signataires
- Dernière ligne droite pour la négociation des contrats financiers
- Contractualisation : la colère gronde dans le Sud-Ouest
- Contractualisation : ces collectivitĂ©s qui rechignent ou s’opposent
- Olivier Dussopt clarifie la mise en œuvre de la contractualisation
- Contractualisation : pourquoi ça passe pour Nice, mais pas pour Cannes ou Antibes
- Exclusif : le détail de la circulaire sur les dépenses de fonctionnement
- Contractualisation : ce qu’en pensent les collectivitĂ©s-test
- Contractualisation : le projet de contrat-type sur lequel planchent les « collectivitĂ©s test »
- La Cour des comptes tacle la contractualisation financière
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