Un rapprochement qui n’est pas sans risque. Car si les pratiques Ă©voluent, le risque pĂ©nal demeure : dĂ©lit de favoritisme, prise illĂ©gale d’intĂ©rĂŞt, faux en Ă©criture publique ou corruption passive…. Cyril CoupĂ©, avocat au sein du Cabinet Goutal, Alibert et associĂ©s a rappelĂ© la règle d’or de la commande publique : « le pouvoir adjudicateur doit pouvoir aborder la commande publique sans aucun soupçon de partialitĂ© ».
Pas toujours évident, alors notamment que le gouvernement érige l’achat public local, les circuits courts et le « made in France » comme une politique vertueuse. Cyril Coupé souligne cependant les risques à se lancer aveuglement et sans garantie dans de telles démarches.
Un peu plus risquĂ© encore, le dĂ©veloppement du « sourcing », ces Ă©tudes de marchĂ© très fines, qui ont pour objet de mieux connaĂ®tre « l’état de l’art » et les offres possibles. Le fil est mince et se rapprocher avec les fournisseurs, en amont de l’appel d’offre n’est pas sans danger…
Des chartes aux multiples vertus – D’autant que les « agents impliquĂ©s dans le processus d’achat public ne sont pas tous des juristes avertis ou des acheteurs chevronnĂ©s et expĂ©rimentĂ©s ! », souligne Samuel Dyens, DGA du Conseil gĂ©nĂ©ral du Gard. Egalement PrĂ©sident de l’Association nationale des juristes territoriaux (ANJT). Il souligne l’intĂ©rĂŞt pour les collectivitĂ©s Ă rĂ©diger et Ă actualiser une charte de dĂ©ontologie de l’achat public. « Un document qu’il faut savoir distinguer d’un guide des procĂ©dures et Ă ne pas concevoir comme une liste anxiogène d’interdits », insiste-t-il. Une charte de dĂ©ontologie de l’achat public doit au contraire ĂŞtre conçue comme un document « au-delĂ du droit », qui permet Ă l’agent de se positionner en cas de risque d’atteinte Ă la probitĂ©, lors de la passation mais aussi au stade de l’exĂ©cution du marchĂ©. Grâce Ă un tel document interne l’agent identifie les zones de risques.
Les collectivités ont tout à y gagner aussi, en valorisant leur image et leur réputation, mais aussi en améliorant les relations entre les services : une charte de déontologie montre que tous les services d’une collectivité sont par nature coproducteurs d’un même acte d’achat public. Mais une charte doit vivre, évoluer et bénéficier d’un « SAV » : être régulièrement actualisée, pour éviter que des mauvaises pratiques nouvelles s’installent.
Les lanceurs d’alertes : une alternative ? – Quel serait le succès d’une telle procĂ©dure ? Pour mĂ©moire, l’article 5 du projet de loi relatif aux droits et obligation des fonctionnaires, en cours d’examen par la commission des lois de l’AssemblĂ©e nationale, prĂ©voir de « protĂ©ger » les agents qui dans le cadre de l’article 40 de Code de procĂ©dure pĂ©nale, signalerait un comportement inappropriĂ©. Samuel Dyens considère que « lancer une alerte » serait loin d’ĂŞtre facile pour un agent, qui craindrait de mettre en pĂ©ril sa carrière. NĂ©anmoins, bien encadrĂ©e, expurgĂ©e du « ressenti » et du « ouĂŻ-dire », la procĂ©dure des lanceurs d’alerte pourrait constituer une alternative entre un silence coupable et une saisine intempestive du Procureur, estime le prĂ©sident de l’ANJT : « Il faudrait pouvoir considĂ©rer la procĂ©dure non comme une dĂ©lation, mais comme s’inscrivant dans un processus normal d’information entre un agent et son responsable hiĂ©rarchique ».
Car, en matière de dĂ©ontologie comme en toute autre matière, le responsable hiĂ©rarchique doit toujours conserver son rĂ´le de rĂ©fĂ©rentiel et « accompagner l’agent dans sa prise de dĂ©cision…








