« Les services qui étaient fournis par la DDE ont presque disparu, et dans le même temps, le département a réduit considérablement son aide en direction des communes, constate Jean Girardon, président de l’Association des maires de Saône-et-Loire. La conjugaison des deux circonstances ne nous facilite pas la vie. »
La suppression de l’ingénierie concurrentielle a effectivement suscité de l’inquiétude dans les petites collectivités, reconnaît le préfet François Philizot. « Il y avait des habitudes de travail très anciennes et très confiantes entre les services de l’Etat – DDA, DDE – et le monde rural. Le fait que l’Etat se désengage n’a pas forcément été bien vécu par les collectivités rurales. Mais parallèlement, ça les incite à se regrouper pour se doter des moyens (ingénieurs et techniciens) qui leur permettent d’avoir plus de maîtrise sur la conduite de leurs projets. »
250 adhĂ©rents Ă l’agence technique dĂ©partementale – Une agence technique dĂ©partementale a d’ailleurs Ă©tĂ© créée fin 2009 Ă la suite de la demande de plusieurs maires du dĂ©partement. « Nous sommes partis d’une photographie des structures existantes sur le territoire, l’objectif Ă©tait de ne pas ĂŞtre redondant dans les missions dĂ©jĂ assurĂ©es, nous comblons les vides », explique Philippe Commerçon, le directeur de l’ATD71.
L’agence travaille donc sur l’assistance à maitrise d’ouvrage pour les bâtiments et les espaces publics, sur les problématiques d’assainissement, sur le conseil pour le montage des marchés publics liés à la construction, sur la recherche de financements.
L’agence travaille essentiellement en partenariats avec les autres structures locales du département. Constituée sous forme d’établissement public administratif, elle comprend 250 adhérents sur les 573 communes de Saône-et-Loire.
Nouvelle implication des Ă©lus – Pour les collectivitĂ©s de taille moyenne et les communes centres des regroupements intercommunaux, le recours Ă l’ingĂ©nierie concurrentielle semble plutĂ´t bien apprĂ©hendĂ©, comme le suggère Bernard Plet, DGS de Paray-le-Monial et prĂ©sident de l’union rĂ©gionale du syndicat des DG des collectivitĂ©s territoriales. « Nous avons l’habitude de nous adapter et nous compensons avec le privĂ©. Ce n’est pas Ă©conomique, mais avec un cabinet indĂ©pendant, on peut Ă©changer, essayer de trouver d’autres solutions… »
La RGPP serait-elle vecteur de créativité ? Les communes rurales se montrent plus mesurées, et pas seulement du point de vue financier. « La nouvelle donne exige une implication plus poussée des élus, reprend Jean Girardon. Et nécessite de se former. Il n’est pas question pour nous d’être des spécialistes, mais il faut quand même que nous puissions discuter avec des spécialistes. » Surtout si l’intervention des services de l’Etat devait continuer à se réduire.
« Pour l’instant, nous bĂ©nĂ©ficions de l’ATESAT (ndlr : Assistance technique de l’Etat pour des raisons de solidaritĂ© et d’amĂ©nagement du territoire), mais, Ă en croire les services de l’Etat concernĂ©s, ça pourrait ne pas durer. Il y a peut-ĂŞtre une part de dramatisation par les agents, mais ils disent qu’ils n’ont plus le temps. »
510 communes concernĂ©es par l’ATESAT – Cependant, l’ATESAT est un dispositif encadrĂ© par la loi, « dont la suppression n’a pas Ă©tĂ© annoncĂ©e », souligne le prĂ©fet. « Sur la pĂ©riode 2010-2012, la DDT continue d’assurer les missions d’ATESAT avec un contenu adaptĂ© pour mieux rĂ©pondre aux enjeux prioritaires (Grenelle environnement, accessibilitĂ©, structuration des intercommunalitĂ©s…). »
En Saône-et-Loire, les conventions ATESAT concernent 510 communes sur 540 éligibles et 16 groupements sur 31 ; au sein de la DDT, les missions sont assurées par 23 chargés de secteur, qu’encadrent 5 chargés de mission territoriaux. Mais ces conventions ne courent que jusqu’en 2012.
Seront-elles renouvelĂ©es ? « Fin 2009, toutes les collectivitĂ©s avaient Ă©tĂ© consultĂ©es pour le renouvellement de la convention pluriannuelle ATESAT d’une durĂ©e de trois ans, rĂ©pond le prĂ©fet. On peut imaginer que le mĂŞme processus se renouvellera fin 2012. »
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RGPP : quels effets pour les collectivités ?
Sommaire du dossier
- Après 4 annĂ©es de RGPP, l’heure du 1er bilan
- Pour le Sénat, la RGPP doit prendre en compte le besoin de proximité
- RGPP : gĂ©nère-t-elle bien les 7 milliards d’euros d’Ă©conomies annoncĂ©s ?
- « Les décisions de la RGPP sont trop rapides », déplore Jean-Paul Delevoye
- « La RGPP doit ĂŞtre modulĂ©e selon les territoires », affirme Pierre Morel-A-L’Huissier
- L’AMF et l’association du corps prĂ©fectoral identifient un besoin de « matière grise » dans les services territorialisĂ©s de l’Etat
- RGPP : l’Ă©loignement de l’expertise de l’Etat douloureux pour les Ă©lus des petites villes
- RGPP : une politique appliquée aveuglément, selon Alain Rousset
- RGPP : l’AITF sceptique sur le nouveau rôle des départements en ingénierie publique
- La RGPP a aussi ses défenseurs
- Les patrons de la police et de la gendarmerie bienveillants Ă l’Ă©gard de la RGPP
- RGPP : « Les sous-préfectures doivent être maintenues », estime Claude Guéant
- La RGPP vue de la Saône-et–Loire : entre inquiétudes et adaptation
- « L’Etat casse les compĂ©tences existantes mais ne sait pas comment les reconstruire » – Thierry Latger, SNITPECT-FO
- « La RGPP a amĂ©liorĂ© la qualitĂ© des relations de l’Etat avec les collectivitĂ©s » – François-Daniel Migeon, DGME








