« Dodus dormants », bailleurs sociaux trop nombreux, rĂ©tifs aux changements… Les bailleurs sociaux en ont « pris pour leur grade », le 15 janvier, lors du premier rendez-vous d’Emmanuel Macron avec les maires Ă Grand Bourgtheroulde. InterrogĂ© sur la difficultĂ© pour les maires de faire venir les bailleurs sociaux sur leur territoire, le prĂ©sident de la RĂ©publique a donnĂ© sa version de la rĂ©forme des aides personnelles au logement.
« La rĂ©forme va dans le sens des Ă©conomies en baissant progressivement les APL et les loyers dans le secteur aidĂ©. Pourquoi ? Cela fait 20 ans qu’on a un système oĂą l’Etat finance les bailleurs sociaux et les gens qui vivent chez les bailleurs sociaux. On a mis de plus en plus d’argent chez les uns et chez les autres », a dĂ©noncĂ© le PrĂ©sident de la RĂ©publique.
Et Emmanuel Macron de vanter le système qu’il a mis en place « tout de mĂŞme un peu plus raisonnable ». « Mais les bailleurs sociaux n’ont pas envie de se regrouper, a-t-il dĂ©plorĂ©. On en a beaucoup trop en France ! Cela fait des dĂ©cennies que l’on parle des dodus dormants. Les très gros bailleurs sociaux dans les endroits oĂą on n’a pas besoin de construire ont de très grosses rĂ©serves et ne construisent pas du tout dans le social ».
Une réforme acceptée
La loi de finances pour 2018 a prĂ©vu une baisse de 800 millions d’euros des aides personnelles au logement, compensĂ©e par une baisse des loyers, Ă la charge des bailleurs sociaux. Le montant est identique pour 2019, et passera Ă 1,6 milliard en 2020.
Pour soutenir les bailleurs sociaux, la Caisse des dĂ©pĂ´ts a mis en place des mesures d’accompagnement, Ă base de diffĂ©rents prĂŞts, et la loi Elan du 23 novembre 2018 oblige les bailleurs sociaux Ă se regrouper en dessous du seuil de 12 000 logements, en vue de faire des Ă©conomies. D’oĂą la formule brutale du prĂ©sident :
« Quand un bailleur vous dit « On me strangule », demandez-lui « Tu t’es regroupĂ© avec ton voisin ? Tu es allĂ© voir si la Caisse des dĂ©pĂ´ts te donnait de l’argent ? » Mais il prĂ©fère rester dans son prĂ© carrĂ©. »
La rĂ©forme est passĂ©e, la charge du prĂ©sident de la RĂ©publique est donc Ă©tonnante, d’autant qu’il est une fois de plus revenu sur le sujet le 18 janvier.
« On a augmentĂ© les aides aux organismes, y compris publics et parapublics et ils ont augmentĂ© les loyers. Et on a augmentĂ© les aides pour aider nos concitoyens. C’est un système qui marche un peu sur la tĂŞte. On met de l’argent public du cĂ´tĂ© de l’offre et de la demande. Avec la baisse des APL, on met fin Ă un système aberrant depuis plusieurs dĂ©cennies. »
Marianne Louis, la dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’Union sociale pour l’habitat (USH), estime qu’il n’est pas du rĂ´le de cet organisme de rentrer dans la polĂ©mique. La confĂ©rence de consensus organisĂ©e par le SĂ©nat en amont du projet de loi Elan a dĂ©jĂ permis Ă chacun de dĂ©fendre ses positions.
Cependant, « ce qui est intĂ©ressant, c’est que le prĂ©sident de la RĂ©publique rĂ©pondait Ă un Ă©lu qui veut construire du logement social. On n’est pas dans le clichĂ© des Ă©lus qui le rejette », rĂ©pond-elle. Elle rappelle que le chiffre de 40 milliards consacrĂ© au logement contient, au delĂ des aides au logement social, les dispositifs de dĂ©fiscalisation du logement privĂ©, les APL versĂ©es aux locataires du parc privĂ©.
Discussions en cours
Enfin, les offices publics de l’habitat sont bien engagĂ©s dans les rĂ©flexions autour des regroupements, et de nombreuses annonces de concrĂ©tisation ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© faites.
Des discussions techniques entre l’Union sociale pour l’habitat et le ministère du Logement sont actuellement en cours, dans le cadre d’une clause de revoyure prĂ©vue par le dispositif de rĂ©forme des APL. Il s’agit notamment d’Ă©valuer quels seront les objectifs de la politique du logement, et quels moyens seront nĂ©cessaires pour les atteindre du cĂ´tĂ© des bailleurs sociaux.
« On a deux millions de demandeurs de logements sociaux, dont 500 000 demandes de mutation. En face, on a une production d’environ 107 000 logements en 2018. L’enjeu est de savoir Ă quel rythme on produit pour rĂ©pondre aux besoins », rĂ©sume Marianne Louis. Cette clause de revoyure pourrait cependant expliquer la virulence d’Emmanuel Macron.
L’Union sociale pour l’habitat, si elle n’a pas rĂ©pondu Ă ces attaques, va cependant bientĂ´t prĂ©senter un document rĂ©expliquant ce qu’est le logement social, quel est son mode de financement, les mutations en cours… pour donner Ă voir la rĂ©alitĂ© du monde HLM.
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