Un mois Ă peine après la remise du rapport Borloo, auquel ils ont apportĂ© un soutien unanime, Ă©lus et associations s’Ă©taient mis Ă rĂŞver d’un grand « plan » pour donner un nouveau souffle Ă la politique de la ville. Mais devant plus de 400 maires, chefs d’entreprises et acteurs associatifs rĂ©unis le 22 mai Ă l’ElysĂ©e, le prĂ©sident de la RĂ©publique a insistĂ© sur sa volontĂ© de « ne pas annoncer un plan banlieue, parce que cette stratĂ©gie est aussi vieille que [lui] ».
Allusion Ă peine voilĂ©e Ă l’ancien ministre de la Ville, qui n’a pas manquĂ© ces dernières semaines de faire monter la pression sur l’exĂ©cutif. Emmanuel Macron a aussi refusĂ©, assez sèchement, que « deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers » s’échangent un rapport, car « cela ne marche plus comme ça ».
Dans son discours de plus d’une heure trente, il n’a donc pas annoncĂ© le dĂ©blocage de crĂ©dits spĂ©cifiques pour les banlieues et les quartiers prioritaires, mais « un changement de philosophie et de mĂ©thode ». Il a fixĂ© pour cela de nouvelles Ă©chĂ©ances, le mois de juillet principalement, pour proposer de nouvelles annonces et la rĂ©union « tous les deux mois » de son conseil prĂ©sidentiel des villes, rĂ©uni pour la première fois ce mardi.
Objectif rabâchĂ© : « sortir de l’assignation Ă rĂ©sidence » les habitants des quartiers dĂ©favorisĂ©s. Pour cela, il a donc mis en avant une sĂ©rie de mesures mĂŞlant rĂ©formes dĂ©jĂ engagĂ©es, actions en cours et vĂ©ritables annonces, ne reprenant qu’à la marge les propositions de Jean-Louis Borloo.
« Construire une sociĂ©tĂ© de la vigilance »
A l’entame de son discours, le chef de l’Etat a fait une prioritĂ© d’une « meilleure sĂ©curitĂ© », appelant Ă « construire une sociĂ©tĂ© de la vigilance dans tous les quartiers ». Rappelant que l’expĂ©rimentation de la police de sĂ©curitĂ© du quotidien, tant attendue par les maires, commencerait en septembre dans 30 quartiers, le prĂ©sident de la RĂ©publique a souhaitĂ© qu’une rĂ©flexion soit menĂ©e dans ce cadre pour « regarder ensemble ce que l’on peut mieux faire avec les polices municipales ». Il a ainsi prĂ©conisĂ© « d’amĂ©liorer et de systĂ©matiser le travail avec les maires », grâce Ă la mise en place d’un « protocole très clair du rĂ´le et du partenariat » entre les maires et les acteurs de la sĂ©curitĂ©.
Ce partenariat, qui répond à une forte demande des élus locaux, passera notamment par un meilleur « dialogue » entre le maire et le préfet sur les personnes « les plus à risques » fichées au FSPRT. « Il est normal que le préfet ait maintenant, de manière systématique, et dans une charte qu’on va rendre transparente, un dialogue avec les maires pour pouvoir échanger », a-t-il précisé. Des « propositions concrètes » doivent lui être rendues « d’ici juillet ».
Au lendemain d’une fusillade Ă Marseille, le prĂ©sident de la RĂ©publique a en outre regrettĂ© « la grande violence » qui gangrène certains quartiers et a annoncĂ© « un plan de lutte contre le trafic de drogue » finalisĂ© Ă©galement en juillet prochain, car « on a perdu la bataille des trafics dans de nombreuses citĂ©s ». Ce plan, qui doit prendre la suite du premier plan gouvernemental adoptĂ© en septembre 2013, Ă©tait attendu pour le premier trimestre 2018.
Il s’est par ailleurs inquiĂ©tĂ© de l’augmentation des « discours racistes et antisĂ©mites » et d’une radicalisation «en train de monter ». « Cela vaut pour tous les territoires et ce n’est pas rĂ©servĂ© aux quartiers, mĂŞme si c’est un problème spĂ©cifique, on le sait bien, aussi dans les quartiers les plus difficiles », a-t-il affirmĂ©. Pour suivre le plan de lutte contre la radicalisation annoncĂ© en fĂ©vrier dernier, il a prĂ©cisĂ© qu’un coordinateur serait nommĂ© dans les prochains jours « pour s’assurer de la mise en Ĺ“uvre de l’ensemble de cette stratĂ©gie ».
Le prĂ©sident de la RĂ©publique a en outre regrettĂ© que l’Agence nationale de rĂ©novation urbaine, dont Jean-Louis Borloo, dans ses dĂ©clarations, fustigeait « l’arrĂŞt depuis trois ans », ait Ă©tĂ© « abĂ®mĂ©e ces dernières annĂ©es, car on n’a pas mis assez de crĂ©dits », Emmanuel Macron a souhaitĂ© son maintien, mais un retour « aux promesses originelles » et a annoncĂ© le lancement, d’ici juillet toujours, d’une initiative « cĹ“ur de quartiers » sur le modèle de l’opĂ©ration cĹ“ur de ville et de ce qui s’est fait dans certaines villes comme Ă Toulouse. Cela concernera « une dizaine d’opĂ©rations ».
L’objectif est de « les faire sortir en six mois » de leur situation et de les « reconfigurer » en accompagnant notamment « les établissements fonciers ».
L’Agence nationale de cohésion des territoires, annoncée en juillet dernier et dont la préfiguration a été confiée au nouveau commissaire général à l’égalité des territoires, Serge Morvan, doit par ailleurs être un « opérateur de rattrapage des équipements qui permette, dans les quartiers comme dans les zones rurales, de mobiliser les financements publics et tous les acteurs ».
Le président de la République s’est également dit favorable à la création en juillet prochain d’une « instance de recours, pour les habitants, comme les élus » et à un « débat d’évaluation sur l’équité territoriale au Parlement », afin qu’un bilan puisse être tiré et qu’il soit possible de dire si « sur tel ou tel quartier on n’est pas au rendez-vous ». L’idée d’une « cour d’équité territoriale » avait été avancée par Jean-Louis Borloo dans son rapport.
Autre reprise Ă©galement : la volontĂ© de donner une visibilitĂ© pluriannuelle aux associations. Le chef de l’Etat dit vouloir en finir avec une logique oĂą les structures associatives sont « obligĂ©es de mendier pour les appels Ă projets ».
« Banco pour le pacte de Dijon »
En matière de logement, Emmanuel Macron a regretté que l’État « remette dans les quartiers depuis des décennies les personnes les plus fragiles ». « Ceux qui sortent ce sont ceux qui ont réussi et ils vont s’installer dans des quartiers qui sont mieux », a-t-il constaté, plaidant pour « arrêter de mettre les primo-arrivant dans les quartiers les plus en difficulté ». « On ne va pas se faire que des amis ! », a-t-il admis.
Il a en outre soulignĂ© l’importance de « la mĂ©tropole et de l’agglomĂ©ration » en matière de logement et d’amĂ©nagement et s’est engagĂ© Ă appliquer le « pacte de Dijon » Ă©laborĂ© par Fance Urbaine et l’AssemblĂ©e des communautĂ©s de France et prĂ©sentĂ© le 6 avril dernier. « Banco, on le fait et on y va. C’est la bonne Ă©chelle, la bonne force de propulsion », a-t-il lancĂ© en Ă©voquant ce manifeste de la cohĂ©sion urbaine et sociale signĂ© Ă ce jour par 75 prĂ©sidents d’intercommunalitĂ©.
Ce texte prévoit une série d’engagements dans les secteurs du développement économique, de l’emploi, de l’habitat, des transports mais aussi de la jeunesse, de l’éducation, de la formation, de l’action sociale, de l’insertion ou encore de la tranquillité publique et de la justice.
Mobiliser les entreprises
Le président de la République a en outre annoncé la création, par l’État et par les entreprises, de 30 000 stages pour les élèves de troisième des quartiers populaires et a appelé les grandes entreprises à « prendre leur part » dans cette « mobilisation générale » pour l’emploi, mais aussi contre les discriminations.
Il a également rappelé sa volonté de « construire 3000 places de crèches supplémentaires » au cours du quinquennat et le financement d’un « bonus QPV de 1000 euros par place dans les quartiers politique de la ville afin de rendre ce droit réel ».
Face aux critiques sur la politique menĂ©e dans les quartiers depuis son arrivĂ©e Ă l’ÉlysĂ©e, le chef de l’État a rĂ©pondu : « on est lĂ depuis un an, ceux qui n’ont pas rĂ©ussi depuis 20 ans, ce n’est pas de ma faute ». Il a ainsi pointĂ© sa volontĂ© de « dĂ©cloisonner » et de ne pas se laisser « enfermer dans une vision d’une France des villes et d’une France des champs ». Pour rendre cette mobilisation concrète, il a annoncĂ© le lancement d’un site internet intitulĂ© « la France une chance » prĂ©sentĂ© comme une plateforme sur laquelle les citoyens pourront « alerter le maire, l’État sur ce qui ne marche pas ».








