« En rupture avec les socialistes, nous proposons de mettre en œuvre une gestion rigoureuse et responsable, en engageant notamment la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans les conseils départementaux » : l’argumentaire de l’UMP durant la campagne se voulait clair. Mais comment va-t-il se traduire dans les services ? Telle est la principale interrogation des agents concernés.
Cure de rigueur dans l’Essonne
Dans l’Essonne, certains collaborateurs du prĂ©sident socialiste, JĂ©rĂ´me Guedj avaient dĂ©jĂ fait leurs cartons entre les deux tours. Et depuis l’Ă©lection de François Durovray (UMP), le 2 avril, les 4 500 agents du conseil dĂ©partemental retiennent leur souffle. La campagne a Ă©tĂ© rude. La nouvelle majoritĂ© n’a pas cachĂ© ses intentions de tailler dans les dĂ©penses de gestion. « Avec les rentrĂ©es d’argent en baisse, nous reverrons les interventions dans les domaines qui ne sont pas les nĂ´tres, les dĂ©penses de communication, la culture », avait dĂ©clarĂ© au journal en ligne Essonne-Info Dominique Echaroux (UMP), réélu dans le canton de Dourdan.
François Durovray a promis un audit des comptes. « Tout le monde est dans l’attente », explique Chantal Brault, la secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la CGT du conseil dĂ©partemental. AurĂ©lie Gros, la nouvelle vice-prĂ©sidente chargĂ©e de la culture, du tourisme et de la coopĂ©ration dĂ©centralisĂ©e, a d’ores et dĂ©jĂ annoncĂ© que la politique culturelle, « compĂ©tence importante », serait « rĂ©organisĂ©e » et « certains projets (…) peut-ĂŞtre arrĂŞtĂ©s ». Pour autant, selon un fonctionnaire des services sociaux, « beaucoup d’agents se sont rĂ©jouis que la gauche ne soit plus Ă la tĂŞte du conseil dĂ©partemental ». Tous n’Ă©taient pas satisfaits de de JĂ©rĂ´me Guedj, dont ils jugeaient la gestion parfois Ă©loignĂ©e de son positionnement Ă l’aile gauche du PS. En 2012, le prĂ©sident avait fait face Ă un mouvement de grève lors de la rĂ©organisation des services sociaux et notamment des maisons des solidaritĂ©s. François Durovray, qui a dĂ©jĂ parlĂ© de pousser encore plus la coordination entre ces structures et les centres communaux d’action sociale, devra donc avancer avec prĂ©caution. Il devra tout d’abord rĂ©gler un conflit au sein du service dĂ©partemental de secours et d’incendie (SDIS), dĂ©clenchĂ© par la CGT en mars ; les pompiers contestent la baisse du budget du SDIS et l’application de nouvelles normes europĂ©ennes de dĂ©compte du temps de travail.
Le nouveau prĂ©sident en profitera-t-il pour changer de directeur gĂ©nĂ©ral des services ? Fabien Tastet, prĂ©sident de l’Association des administrateurs territoriaux de France, occupe la fonction depuis 2012. Il a Ă©tĂ© la cheville ouvrière d’expĂ©rimentations dans le domaine de l’innovation sociale et de la participation des agents. Avec l’arrivĂ©e de la nouvelle majoritĂ©, son sort ne tient plus qu’Ă un fil.
Discours rassurant dans les CĂ´tes-d’Armor
D’ici lĂ , les vainqueurs de mars 2015 auront trouvĂ© leur rythme de croisière. D’ores et dĂ©jĂ , les discours envers les cadres dĂ©partementaux proches des anciennes majoritĂ©s se veulent rassurants. « Il n’y aura pas de chasse aux sorcières » : Alain Cadec (UMP), le prĂ©sident du conseil dĂ©partemental des CĂ´tes-d’Armor n’a de cesse de le rĂ©pĂ©ter. Depuis 1976 et la fin du règne de RenĂ© Pleven, le dĂ©partement a Ă©tĂ© dirigĂ© par le socialiste Charles Josselin puis par le leader de l’assemblĂ©e des dĂ©partements de France, Claudy Lebreton (PS), qui ne se reprĂ©sentait pas. Alain Cadec a annoncĂ© deux audits, l’un financier et le second sur le fonctionnement de la collectivitĂ©. « Je ne vais pas appliquer la mĂŞme politique que mon prĂ©dĂ©cesseur, j’ai besoin des audits pour savoir jusqu’oĂą je peux aller », explique-t-il.
« C’est habituel quand il y a une alternance, observe Romain Rollant, le directeur gĂ©nĂ©ral des services. Il va falloir expliquer la dĂ©marche, pour qu’il n’y ait pas de suspicion d’un cĂ´tĂ© comme de l’autre. » Jusqu’Ă septembre 2014, Romain Rollant Ă©tait directeur du cabinet de Claudy Lebreton après avoir travaillĂ© auprès de Laurent Fabius et Pierre Maille, ancien prĂ©sident socialiste du conseil gĂ©nĂ©ral du Finistère. « Je connais Alain Cadec. On ne s’est pas choisis et je ne sais pas si notre binĂ´me va fonctionner dans la durĂ©e, poursuit-il. J’occupe un poste qui implique le respect de la fonction des Ă©lus, la loyautĂ© envers les Ă©lecteurs et la neutralitĂ© du service public. » Depuis l’Ă©lection, il enchaĂ®ne les briefings avec Jonathan Gainche, le directeur de cabinet d’Alain Cadec. Tous deux fort jeunes, ils Ĺ“uvrent, en bonne intelligence. Dans les services, Alain Cadec semble avoir les coudĂ©es franches. Selon des indiscrĂ©tions parues dans Ouest France, les agents Ă©taient tantĂ´t satisfaits, tantĂ´t soulagĂ©s de voir aux manettes de la collectivitĂ© un Ă©lu « sympa », « qui a son franc-parler » et dont ils attendent « un souffle d’air frais ». « Je suis un gaulliste social, rappelle le prĂ©sident, je suis attachĂ© au service public et je sais que dans certains services, les agents ne se sentent pas bien. »
Rupture dans la Creuse
Dans la Creuse, l’arrivée de Valérie Simonet (UMP) en lieu et place de Jean-Jacques Lozach (PS) marque une nouvelle ère. La nouvelle présidente a prononcé un discours d’intronisation musclé dans lequel elle a pointé « un certain nombre de dérives ». « Selon le ministère des Finances, la Creuse est le département dont les dépenses de fonctionnement ont le plus augmenté en France avec plus de 25,1% d’augmentation entre 2011 et 2014 », a-t-elle pointé. La nouvelle présidente y a invité chacun à se mettre « le plus rapidement possible au travail afin d’œuvrer au redressement du département ». « Nous savons que dans ce cadre, nous pourrons compter sur l’expérience et les compétences de tous les agents de notre collectivité », a-t-elle toutefois tempéré.
Interrogé par La Gazette durant la campagne, Valérie Simonet souhaitait « décentraliser le conseil général » « Moins de personnel au siège, plus sur le terrain afin de mettre en place davantage d’actions de proximité », scandait-elle. Le sortant, Jean-Jacques Lozach affirmait avoir « serré la vis » : « Nous avons cessé tout recrutement, sommes passés de quatre pôles administratifs à trois, avons entamé mutualisations et restructurations. »
Les Bouches-du-Rhône dans l’attente
Dans les Bouches-du-RhĂ´ne, la dĂ©faite de Jean-NoĂ«l GuĂ©rini (divers gauche) après dix-sept ans de règne, marque un changement d’Ă©poque. Mais les quelque 7 000 agents que compte l’administration dĂ©partementale ne semblent pas inquiets de l’arrivĂ©e de Martine Vassal (UMP). Dans un entretien accordĂ© à « La Provence » le 27 mars, l’ex-adjointe au maire de Marseille montre patte blanche. « Je prends l’exemple de Jean-Claude Gaudin en 1995. A son arrivĂ©e Ă la mairie, il n’a pas coupĂ© les tĂŞtes. Et puis j’ai prĂ´nĂ© le collectif pendant toute la campagne, ça va continuer », assure la nouvelle prĂ©sidente du dĂ©partement.
« Dans un premier temps, la nouvelle majoritĂ© pourra difficilement se passer des directeurs gĂ©nĂ©raux en place, parie un cadre de l’institution. D’autant que globalement, ils ne sont pas liĂ©s au prĂ©sident GuĂ©rini ». « Des embauches de secrĂ©taires ou de chauffeurs ont contribuĂ© Ă asseoir le système, nuance RĂ©my Bargès, l’ancien directeur de cabinet de Jean-NoĂ«l GuĂ©rini Ă l’origine de certaines rĂ©vĂ©lations sur le prĂ©sident dĂ©chu. Mais la majeure partie de ces personnels fait bien son travail. » Chez Force ouvrière, le syndicat majoritaire, on reste prudent. « Nous ne connaissons pas encore les intentions de la nouvelle Ă©quipe, avance le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral permanent, Nicolas Valli. On n’attend pas de cataclysme, mais les agents ont Ă©videmment des inquiĂ©tudes sur les acquis sociaux, comme sur l’avenir du conseil gĂ©nĂ©ral avec la mise en place de la mĂ©tropole ».
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