Comme cela était attendu, suite notamment à des fuites dans la presse, la Cour des Comptes a rendu un avis très critique sur la gestion de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, faisant état dans son rapport annuel rendu le 12 février 2013 de « graves déficiences ».
Des poursuites engagĂ©es – Les contrĂ´les effectuĂ©s par la Cour entre 2008 et 2011 – l’Onema ayant Ă©tĂ© créé en 2007 -, ont relevĂ© « une accumulation de missions mal assurĂ©es et des dĂ©ficiences dans l’organisation et la gestion ».
Devant l’ampleur de celles-ci, « la Cour des Comptes a décidé de saisir la Cour de discipline budgétaire et financières (CDBF) des faits constatés et a transmis le dossier au parquet général à cette fin », a déclaré son Premier président Didier Migaud.
Les faits ayant conduit à saisir la CDBF relèvent notamment d’irrégularités dans les dépenses de personnels (rémunérations versées aux formateurs, internes ou externes ; primes et indemnités, etc.), tandis que ceux ayant entrainé une transmission pénale sont liés à des manquements au respect des règles de marchés publics.
Selon Christian Descheemaeker, ancien président de la 7e chambre de la Cour des comptes qui a suivi le dossier, les sanctions attendues pourraient aller jusqu’à des amendes et viser aussi bien l’établissement public que ses dirigeants.
Des irrĂ©gularitĂ©s dans les marchĂ©s publics – Les faits les plus graves reprochĂ©s Ă l’Onema concernent le non respect des procĂ©dures de marchĂ©s publics.
Pour expliquer ces dysfonctionnements, la Cour explique que « l’ampleur et l’accroissement des missions confiées à l’Onema, dans un contexte mouvant, complexe et soumis à la pression d’échéances communautaires, n’ont pas été accompagnés par la mise en place de moyens à la hauteur des enjeux ».
Pour Christian Descheemaeker, la dĂ©cision de crĂ©er l’Onema sur les bases de l’ancien Conseil supĂ©rieur de la pĂŞche (CSP) Ă©tait une erreur, tant les missions assignĂ©es Ă ces deux structures Ă©taient très diffĂ©rentes. A titre d’exemple – comme nous le rappelions dans notre article du 11 fĂ©vrier 2013 -, l’Onema passe plus de 70 marchĂ©s par an, contre une quinzaine pour l’ancien CSP.
Des « objectifs intenables » et des moyens humains limitĂ©s – « Les moyens n’ont pas Ă©tĂ© adaptĂ©s aux objectifs et de ce fait les missions ont Ă©tĂ© imparfaitement assurĂ©es », ajoute le rapport. L’Onema disposait pourtant d’un budget consĂ©quent (de l’ordre de 110 millions d’euros) mais manquait de moyens humains, comme nous l’a confirmĂ© une source interne Ă l’Onema qui Ă©voque Ă©galement des « objectifs intenables » et des « dĂ©rives progressives » dans la passation des marchĂ©s publics, afin d’éviter de prendre du retard.
Fiabilité des données en cause- Que penser, dans ce contexte, de la fiabilité des données collectées par les outils informatiques de l’Onema et envoyées à la Commission européenne, l’office étant en effet chargé du rapportage concernant l’application des directives européennes (directive-cadre eau, directive eaux résiduaires urbaines, directive nitrates, etc.) ?
C’est la question que vont se poser les experts bruxellois avec, à la clé, la menace de sanctions financières. « La fiabilité des données n’est pas remise en cause », estime Christian Descheemaeker, le rapport de la Cour des Comptes n’y faisant d’ailleurs pas référence.
Mais selon la source interne que nous avons interrogé, le risque d’erreurs dans les données ne serait pas à écarter. C’est ce que considère également le député Jean-Paul Chanteguet, président (PS) de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale : « Déjà assignée devant la Cour de justice de l’Union européenne pour non-respect de la directive nitrates datant du 12 décembre 1991, la France pourrait également être poursuivie et condamnée à de lourdes amendes, s’il se confirmait que les données qu’elle transmet à Bruxelles manquent de fiabilité ».
En conséquence, il demande à l’Etat « d’ordonner, le plus rapidement possible, un audit de l’ensemble du dispositif français de production des données publiques sur l’eau. Cet audit (…) devra concerner les indicateurs et les méthodes statistiques, les référentiels, l’hébergement, l’administration et la publication des bases de données ».
Les rĂ©actions du ministère – Du cĂ´tĂ© du ministère de l’Ecologie, des sanctions sont tombĂ©es dès la fin 2012, avec le dĂ©part de Patrice Lavarde, directeur gĂ©nĂ©ral de l’Onema, et d’Odile Gauthier, directrice de l’eau et de la biodiversitĂ© du ministère.
La ministre de l’Ecologie a par ailleurs indiquĂ© dans un communiquĂ© du 12 janvier 2012 qu’elle allait rĂ©pondre aux « insuffisances structurelles de la politique de l’eau, mises en Ă©vidence par le rapport de la Cour des Comptes ». Une des premières mesures consistera Ă sĂ©parer enfin les fonctions de tutelle de l’Onema et de prĂ©sidence de son conseil d’administration par le reprĂ©sentant du ministère.
Enfin, Delphine Batho a Ă©galement demandĂ© qu’une Ă©valuation de la politique de l’eau soit engagĂ©e « dans le cadre du chantier de modernisation de l’action publique », en y intĂ©grant un audit de la production et de la gestion des donnĂ©es sur l’eau. Les scĂ©narios d’Ă©volution de la politique de l’eau seront prĂ©sentĂ©s Ă la confĂ©rence environnementale en septembre 2013. Le plan d’action de modernisation de cette politique sera lancĂ© au mois d’octobre.
Cet article est en relation avec les dossiers
- La gestion de l'eau et ses méandres
- Rapport annuel de la Cour des comptes : les failles de gestion des collectivités locales
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