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Archéologie préventive

Redevance d’archéologie préventive : le compte n’y est pas

Publié le 08/11/2016 • Par Hélène Girard • dans : France

credit JuhaHuiskonen - Istock
JuhaHuiskonen - Istock
Depuis le 4 novembre 2016 s’applique le nouveau régime de reversement de la redevance d’archéologie préventive (RAP) aux collectivités réalisant des diagnostics. Malgré des avancées, les archéologues territoriaux souhaitent le faire évoluer.

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Le dĂ©cret n° 2016-1485 du 2 novembre 2016 « relatif aux subventions accordĂ©es aux collectivitĂ©s territoriales en compensation des travaux engagĂ©s pour les opĂ©rations de diagnostic d’archĂ©ologie prĂ©ventive » s’inscrit dans le sillage de la budgĂ©tisation de la redevance d’archĂ©ologie prĂ©ventive (RAP), actĂ©e par la loi de finances 2016. Le texte prĂ©cise les nouvelles modalitĂ©s de reversement de la redevance.

Subvention versée en une fois

Le nouveau dispositif rompt avec le système de taxe affectée, qui s’est avéré improductif, notamment en raison des défaillances d’un logiciel de l’Etat et des lourdeurs des rouages administratifs. Le tout générant un rendement de la taxe inférieur aux sommes escomptées et un reversement tardif aux collectivités concernées, au risque de mettre certains services archéologique territoriaux dans une situation comptable calamiteuse.

PrĂ©levĂ©e sur tous les projets d’amĂ©nagement, la RAP finance les diagnostics archĂ©ologiques, rĂ©alisĂ©s par les opĂ©rateurs publics (Contrairement aux fouilles, les diagnostics ne sont pas ouverts au marchĂ©)  : Institut national de recherches archĂ©ologiques prĂ©ventives (INRAP) et services des collectivitĂ©s territoriales dĂ©tenteurs d’une habilitation. La RAP abonde aussi le Fonds national pour l’archĂ©ologie prĂ©ventive (FNAP), destinĂ© au financement des projets d’amĂ©nagement d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral (notamment les logements sociaux). Jusqu’à prĂ©sent, le montant de RAP disponible variait en fonction de sa collecte. DĂ©sormais, ce montant est inscrit dans la loi de finances. Pour 2017, la RAP est budgĂ©tĂ©e Ă  hauteur de 118 millions d’euros, dont 81 millions flĂ©chĂ©s pour le financement des diagnostics.

Dans  l’ancien système, les collectivitĂ©s dotĂ©es de services  habilitĂ©s Ă  rĂ©aliser des opĂ©rations archĂ©ologiques se revoyaient reverser une partie de la RAP au prorata de leur activitĂ©.  DĂ©sormais, le reversement prend la forme d’une subvention, versĂ©e en une fois et dĂ©terminĂ©e par arrĂŞtĂ© ministĂ©riel.

Fouilles Ă  la Chapelle Saint Mesmin (Loiret), Candrivet  CC BY 4.0

Fouilles Ă  la Chapelle Saint Mesmin (Loiret), Candrivet CC BY 4.0

Risques

Aux yeux du lĂ©gislateur et du ministère de la Culture, le nouveau système fluidifie et sĂ©curise donc le financement des diagnostics. « Cela va, certes, faciliter le reversement des crĂ©dits aux collectivitĂ©s, convient Antide Viand, prĂ©sident de l’Association nationale pour l’archĂ©ologie de collectivitĂ© territoriale (Anact), et de nombreux services percevront ainsi des sommes plus importantes que celles qu’ils parvenaient Ă  encaisser jusqu’à prĂ©sent. » Cependant, du point de vue des archĂ©ologues territoriaux,  «rien ne garantit que l’Etat, dans un contexte budgĂ©taire contraint, maintiendra cette enveloppe » avance Antide Viand.

Inégalité de traitement des opérateurs archéologiques

De surcroĂ®t, pour les archĂ©ologues territoriaux, le compte n’y est pas. Parce que les opĂ©rateurs publics ne sont pas traitĂ©s sur le mĂŞme pied. Sur les 81 millions d’euros prĂ©vus pour les opĂ©rateurs publics, l’Etat prĂ©voit 71 millions pour l’INRAP, et 10 millions pour les quelques 70 collectivitĂ©s concernĂ©es (c’est-Ă -dire dotĂ©es d’un service d’archĂ©ologie prĂ©ventive titulaires de l’habilitation dĂ©livrĂ©e par le ministère de la Culture). « C’est très insuffisant, s’insurge Antide Viand. « Le ministère de la Culture oublie que les services territoriaux effectuent environ 20% des diagnostics chaque annĂ©e. Ils devraient donc toucher 20% du produit de la RAP, soit 16 millions d’euros. »

Pour l’Anact, le flĂ©chage financier est donc Ă  la fois « sous-Ă©valuĂ© et inĂ©quitable » pour les collectivitĂ©s. « Nous demandons le mĂŞme système de compensation pour tous les opĂ©rateurs publics, martèle Antide Viand. C’est le seul moyen d’assurer l’équitĂ© de traitement entre l’INRAP et les collectivitĂ©s territoriales assurant conjointement la mission de service public de diagnostic. Une telle disposition contribuerait au dĂ©veloppement de l’archĂ©ologie territoriale avec l’assurance de voir ses ressources progresser en mĂŞme temps que son activitĂ© de diagnostic. » Par ailleurs, l’Anact demande une rĂ©vision des coefficients pour que soient pris en compte le contexte et la complexitĂ© des opĂ©rations (milieu urbain ou rural, avec ou sans archĂ©ologie  du bâti etc.)

Et si le système se grippait ?

A cela s’ajoutent des risques potentiels de dérapage, susceptibles de bloquer le système de l’archéologie préventive. « Qu’adviendra-t-il si les collectivités réalisent plus de diagnostics que ne le permet l’enveloppe de 10 millions d’euros ? Devront-elles travailler à perte ? Devront-elles limiter leur activité ? », s’interroge Antide Viand. Nul doute que la première hypothèse ne durerait pas longtemps. Quant à la seconde, elle risquerait de déboucher sur une asphyxie de l’INRAP, qui devrait, alors, prendre le relais et assurer les diagnostics en lieu et place des collectivités (1) et sur un allongement des délais. « Finalement, c’est l’archéologie qui serait perdante » conclut le président de l’Anact.

Manque Ă  gagner

Enfin, l’Anact pointe un manque à gagner, indirectement généré par le nouveau système. En effet, jusqu’à présent les collectivités avaient le choix entre réaliser les diagnostics au cas par cas, ou assurer l’ensemble des diagnostics sur leurs territoires, auquel cas elles se voyaient reverser l’ensemble du produit la RAP collectée sur leur territoire, y compris la taxe prélevée sur les projets ne donnant pas lieu à une opération archéologique. Avec le nouveau système, cette contrepartie disparaît de facto.

2016, année transitoire pour la RAP

Entre 2015, annĂ©e oĂą le système de la taxe affectĂ©e, et 2017, annĂ©e oĂą s’applique pleinement le nouveau dispositif de reversement de la redevance d’archĂ©ologie prĂ©ventive aux collectivitĂ©s concernĂ©es, l’Etat a prĂ©vu un dispositif de transition, prĂ©cisĂ© dans le dĂ©cret n° 2016-1485 du 2 novembre 2016 (article  3) : la subvention due aux collectivitĂ©s au titre des diagnostics rĂ©alisĂ©es par leurs services d’archĂ©ologie est calculĂ©e sur la moyenne des surfaces traitĂ©es au cours des annĂ©es 2013 Ă  2015 par chaque opĂ©rateur agréé (Depuis la promulgation de la loi CAP, on parle d’opĂ©rateur « habilitĂ© »). « Ce qui correspond Ă  peu près aux sommes attendues Ă©value l’Anact. Sauf pour les collectivitĂ©s qui avaient fait le choix de rĂ©aliser l’ensemble des diagnostics sur leur territoire [auquel cas la collectivitĂ© concernĂ©e touchait l’ensemble de la RAP collectĂ©e sur son territoire, y compris pour les projets d’amĂ©nagement ne donnant pas lieu Ă  des opĂ©rations archĂ©ologiques, ndlr], possibilitĂ© qui n’existe plus avec le système de RAP budgĂ©tĂ©e. Le  manque Ă  gagner se fait donc sentir dès 2016. »

Références

décret n° 2016-1485 du 2 novembre 2016 « relatif aux subventions accordées aux collectivités territoriales en compensation des travaux engagés pour les opérations de diagnostic d'archéologie préventive

Notes

Note 01 puisque les diagnostics ne sont pas ouverts au secteur privé. Retour au texte

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