L’inconvĂ©nient de ne pas ĂŞtre parachutĂ© sur un poste, c’est que vous avez pu Ă©mettre des idĂ©es que vous allez devoir mettre en pratique. Le secrĂ©taire d’Etat en charge de la RĂ©forme de l’Etat et de la Simplification Thierry Mandon arrive ainsi avec un programme dans sa poche. Rapporteur de la mission d’information pour la simplification lĂ©gislative jusqu’au 5 juin, co-prĂ©sident, avec le chef d’entreprise Guillaume Poitrinal, du conseil de la simplification pour les entreprises, le dĂ©putĂ© PS de l’Essonne est dĂ©sormais en position de mettre en oeuvre les nombreuses propositions qu’il a Ă©mises, en lien avec le SGMAP.
L’entreprise en prioritĂ© – Proche d’Arnaud Montebourg et du monde de l’entreprise, en phase avec le « pacte de confiance » de Hollande dans lequel s’inscrit le “choc de simplification”, Thierry Mandon a remis en juillet 2013 le rapport sur la simplification pour les entreprises. Il liste sept grandes mesures mettant en oeuvre la “la simplification collaborative”, autrement dit mettre fin Ă des procĂ©dĂ©s verticaux pour associer les diffĂ©rents acteurs concernĂ©s : entreprises, collectivitĂ©s locales, organes lĂ©gistaifs, corps de contrĂ´le…
Quels sont ses credos ? Et que donnent-ils, pour ceux qui connaissent un début de mise en oeuvre ?
Certaines des propositions de Thierry Mandon ont en effet démarré, comme “(l’engagement) d’une démarche de simplification collaborative à partir des attentes exprimées par les entreprises et co-produite avec elles, en lieu et place d’un processus administratif de simplification”.
“[L’organisation] d’un pilotage unique au plus près du Premier ministre, sous la forme d’un GIP de simplification” a Ă©tĂ© mise en place, mais paradoxalement, les entreprises ne s’y sont pas mises.
“Le groupement d’intĂ©rĂŞt public Modernisation des dĂ©clarations sociales (GIP-MDS), chargĂ© de l’orchestration de la grande simplification administrative des entreprises lancĂ©e dĂ©but 2013, avait programmĂ© en trois phases la mise en place de la dĂ©claration sociale nominative (DSN) unique qui va remplacer la trentaine de formulaires Ă remplir pour les mouvements de main-d’oeuvre, les attestations de salaires, d’arrĂŞts maladie, etc. La première phase, fondĂ©e sur le volontariat, arrivera Ă Ă©chĂ©ance en octobre. Mais, depuis un an, les entreprises se font attendre, relevait en mars Le Monde. Le scepticisme a conduit la plupart des entreprises Ă ne pas anticiper. Aujourd’hui encore, « 42 % des entreprises voient la DSN comme une source de complexitĂ© », indique l’Observatoire des SIRH.”
D’autres sont pour un futur plus ou moins lointain : “le plan triennal pour supprimer 80 % des coûts des entreprises liés à la complexité et à la lenteur des procédures, tout en simplifiant le travail des administrations” liste une batterie de mesures à mettre en oeuvre entre le 31 décembre 2014 et le 31 décembre 2016.
MarchĂ©s publics – En avril dernier, le conseil de la simplification a publiĂ© “50 mesures de simplification pour les entreprises pour la plupart applicables dès maintenant ou au 31 dĂ©cembre 2014.
Certaines reprennent des annonces déjà faites, comme la simplification de l’accès aux marchés publics, qui remonte au 3ème Cimap de juillet 2013. “Sur 50 propositions, il y a 49 incantations et une réalisation : les marchés publics simplifiés (MPS), tranche Pierre Pezziardi, développeur qui tente de mettre en oeuvre le concept de “start up d’Etat”, autrement dit des projets réalisés à court terme en “mode agile”, dont le nouveau site des MPS se veut un exemple concret.
En haut de la pile des mesures figure “la simplification des fiches de paie”, et lĂ Thierry Mandon s’est montrĂ© plus prudent : « Il faudra entre deux ans et 30 mois pour refondre l’architecture des collecteurs des diffĂ©rentes cotisations qui expliquent la complexitĂ© de la fiche de paie ».
Etudes d’impact en amont – La mission d’information pour la simplification lĂ©gislative dont Thierry Mandon Ă©tait rapporteur jusqu’à jeudi 5 juin devrait rendre ses conclusions en juillet. L’objectif gĂ©nĂ©ral expliquait-il est “de rationaliser autant que possible le flux normatif, plutĂ´t que le stock de dispositions rĂ©glementaires et lĂ©gislatives existantes, lequel est traitĂ© par ailleurs. Toutefois, nous ne devrons pas hĂ©siter Ă passer outre cette distinction entre flux et stock si cela se rĂ©vèle nĂ©cessaire.”
Sa présidente, Laure de la Raudière, députée (UMP) d’Eure-et-Loir, indique les grandes lignes que devrait suivre la mission dans ses conclusions : “il faut renforcer la qualité des études d’impact, avec l’aide d’un regard extérieur, et en amont. Actuellement, il arrive souvent après la rédaction. Les propositions de loi à l’ordre du jour doivent être plus solides, avec une étude d’impact, l’avis du Conseil d’Etat. Il faut aussi améliorer l’évaluation ex post. Cette évaluation existe pour les décrets, pas pour la procédure législative. Et l’avis du Conseil d’Etat n’est pas public, le gouvernement en fait ce qu’il veut.”
Choc ou onde de choc ? – Mais la jeune histoire des vellĂ©itĂ©s de simplification s’apparente surtout, Ă jour, comme une usine Ă gaz, une reproduction des lourdeurs existantes jusque dans les structures mĂŞme chargĂ©es de la mettre en oeuvre, pipant les dĂ©s d’emblĂ©e. L’enjeu semble dĂ©jĂ de simplifier la simplification. “Simplifier, c’est compliqué”, rĂ©sume Pierre Pezziardi. Qu’est-ce qui garantit que ce nouveau secrĂ©taire très volontariste ne s’enlisera pas lui aussi ?
Pour Laure de la Raudière, Thierry Mandon a l’avantage d’arriver au bon moment : “Il y a une prise de conscience collective, ce n’était pas le cas il y a vingt ans. Il y a une attente dans la population, les entreprises, les collectivitĂ©s, qui va peser.” Et d’arriver en position confortable : “il va coiffer ce dossier, c’est très bien, il aura du poids au sein du gouvernement.” C’est aussi ce que l’entourage du Premier ministre indiquait Ă l’AFP pour justifier que Marylise Lebranchu soit dĂ©pouillĂ©e du sujet : “Un dossier aussi essentiel que la rĂ©forme de l’Etat, le mettre dans les mains d’un secrĂ©taire d’Etat, c’est assurer que le dossier soit traitĂ© de manière pleine et efficace.”
La députée d’Eure-et-Loir souligne néanmoins que “c’est un travail de longue haleine. Il faut changer la culture de la fabrique de la loi. Il n’est pas toujours nécessaire, par exemple, de passer par une loi quand peu de personnes sont concernées. Ce ne sera pas un phénomène percevable du jour au lendemain.”
A rebours du discours d’homme pressé de Thierry Mandon, le “choc de simplification” s’apparenterait donc plutôt à une onde de choc si ce dossier est vraiment pris en main.
“Mettre la pression sur l’administration” – A contrario, Alain Lambert, nouveau mĂ©diateur des normes, estime que “si ce n’est pas fait en six mois, ce n’est jamais fait. Le nouveau Premier ministre italien a dĂ©jĂ changĂ© beaucoup de choses. Le Premier ministre doit crĂ©er le renversement culturel”. Le premier mĂ©diateur des normes applicables aux collectivitĂ©s territoriales, prĂ©sident du (nouveau lui aussi) Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) invite le secrĂ©taire d’Etat Ă indiquer dès le dĂ©but « les objectifs qu’il poursuit, l’Ă©valuation des progrès chaque annĂ©e, pour mettre la pression sur l’administration. Les outils nombreux ne tiennent pas lieu de rĂ©sultat. Les administrations centrales n’obĂ©issent pas aux ministres. Il faut renverser les pratiques actuelles pour imputer, quand c’est le cas, la faute aux administrations ».
Et Ă court terme, estime-t-il, les normes superflues tant chassĂ©es peuvent disparaitre. “Il faut appliquer le moratoire gĂ©nĂ©ral des normes dĂ©crĂ©tĂ© lors du 2ème Cimap, justifier quand il est contournĂ©, publier le coĂ»t supplĂ©mentaire des nouvelles mesures, et dĂ©crĂ©ter que dans les six mois, les normes qui ne seront pas sur servicepublic.fr ne seront plus opposables. »
Alain Lambert souligne l’importance du dĂ©cret d’attribution qui permettra de mesurer la marge de manoeuvre rĂ©elle de Thierry Mandon : “Il faut que Thierry Mandon puisse avoir, dans son dĂ©cret d’attribution, les pouvoirs de modifier le texte d’un autre ministre. Ce que devrait permettre son rattachement auprès du Premier ministre. Il devra aussi avoir l’autoritĂ© politique que l’administration ne peut et ne doit pas avoir”.
On saura dans les jours qui viennent si Thierry Mandon sera aux manettes d’un bolide, ou d’un paquebot. Et dans six mois, si la simplification, c’est si simple.
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