Avec un diagnostic largement partagĂ© sur les dĂ©gâts causĂ©s par “ les normes” et l’accord unanime sur le renforcement du dispositif de lutte contre leur inflation, la proposition de loi sur la rĂ©gulation des normes applicables aux collectivitĂ©s locales, portĂ©e par Jacqueline Gourault (UDI-UC – Loir-et-Cher) et Jean-Pierre Sueur (Soc – Loiret), a Ă©tĂ© adoptĂ©e en première lecture par le SĂ©nat le 28 janvier, Ă l’unanimitĂ© moins une abstention.
Issue directement des Etats généraux de la démocratie territoriale, le dispositif proposé a d’abord été salué comme “une avancée structurante”. Pour autant, les premières discussions autour de l’adoption de quelques amendements ont dévoilé des points de faiblesse non négligeables qui pourraient alimenter la suite des débats parlementaires.
Le Conseil national : un dispositif renforcĂ© – ComposĂ© de 36 membres, parlementaires, conseillers rĂ©gionaux, conseillers gĂ©nĂ©raux, prĂ©sidents d’EPCI, de conseillers municipaux et de neufs reprĂ©sentants de l’Etat, le « Conseil national chargĂ© du contrĂ´le de la rĂ©gulation des normes applicables aux collectivitĂ©s“ se substituerait Ă la Commission consultative d’évaluation des normes (CCEN), dont les travaux menĂ©s depuis quatre ans ont Ă©tĂ© largement saluĂ©s.
La mission reste pour l’essentiel inchangée : associer en amont les parlementaires et les élus locaux à l’examen des textes législatifs et réglementaires et leur donner plus de pouvoir pour évaluer leurs impacts techniques et financiers.
Des compĂ©tences Ă©largies, des pouvoirs prĂ©cisĂ©s – La proposition de loi Sueur-Gourault Ă©tend le champs de compĂ©tence du Conseil national. Selon le projet de nouvel article L. 1212-2 du Code gĂ©nĂ©ral des collectivitĂ©s territoriales, le Conseil national sera consultĂ© par le gouvernement sur l’impact technique et financier des projets de textes rĂ©glementaires crĂ©ant ou modifiant des normes qui sont applicables aux collectivitĂ©s territoriales.
Dans son avis sur des dispositions réglementaires en vigueur le Conseil national pourra proposer des modalités de simplification de ces dispositions et, le cas échéant, l’abrogation de normes devenues obsolètes.
Le Conseil national sera consultĂ© sur l’impact technique et financier des projets de loi ou d’amendements gouvernementaux et pourra Ă©mettre, Ă la demande du gouvernement, un avis sur les projets de textes de l’Union europĂ©enne.
La nature de la mission que le Haut Conseil aura au regard des normes d’origine communautaire intrigue : quelles suites pourraient être données par le gouvernement sur l’avis rendu à propos des « projets de texte de l’Union européenne ayant un impact technique et financier sur les collectivités territoriales ou leurs établissements » ?
L’avis dĂ©favorable du Haut conseil – Ă€ dĂ©faut de dĂ©libĂ©ration dans les dĂ©lais, l’avis du Conseil national est rĂ©putĂ© favorable. Lorsque le conseil national Ă©met un avis dĂ©favorable sur tout ou partie d’un projet de texte, le gouvernement devra lui prĂ©senter un projet modifiĂ©. Un reprĂ©sentant du Premier ministre assiste alors Ă la dĂ©libĂ©ration au cours de laquelle est prĂ©sentĂ© ce projet.
L’ensemble des travaux du Conseil sont rendus publics et publiés au Journal officiel.
AdaptabilitĂ© des normes – Le Conseil national pourra proposer des mesures d’adaptation des normes rĂ©glementaires en vigueur si leur application entraĂ®ne, pour les collectivitĂ©s territoriales et leurs groupements, des consĂ©quences matĂ©rielles, techniques ou financières manifestement disproportionnĂ©es au regard des objectifs qu’elles poursuivent.
Alain Richard, Rapporteur de la commission des lois, a considéré que ces dispositions constituent une faiblesse constitutionnelle qui pourrait être relevée, notamment lors des débats parlementaires ultérieurs.
Le texte voté par le Sénat indique en effet que
Le conseil national peut proposer, dans ses recommandations, des mesures d’adaptation des normes rĂ©glementaires en vigueur qui sont conformes aux objectifs poursuivis si l’application de ces dernières entraĂ®ne, pour les collectivitĂ©s territoriales et leurs groupements, des consĂ©quences matĂ©rielles, techniques ou financières manifestement disproportionnĂ©es au regard de ces objectifs.
Cette reprise, par la bande de la proposition de loi de Pierre Morell A l’Huissier relative à l’adaptabilité des normes en milieu rural, permet aussi de reprendre, au moins dans son esprit, les dispositions de l’article 7 de l’avant-projet de loi de décentralisation et de réforme de l’action publique.
Saisine et dĂ©lais – Le Conseil national pourra se saisir de tout projet de norme technique rĂ©sultant d’activitĂ©s de normalisation ou de certification, disposition visant notamment l’Afnor.
Il pourra ĂŞtre appelĂ© Ă Ă©valuer les normes rĂ©glementaires en vigueur, saisi par le gouvernement, les commissions permanentes de l’AssemblĂ©e nationale et du SĂ©nat et, dans des conditions fixĂ©es par dĂ©cret en Conseil d’État, par les collectivitĂ©s territoriales et les EPCI Ă fiscalitĂ© propre. Le Conseil national pourra Ă©galement se saisir lui-mĂŞme de ces normes.
Le Conseil national disposera d’un dĂ©lai de six semaines Ă compter de la transmission d’un projet de texte pour rendre son avis. Ce dĂ©lai est reconductible une fois par dĂ©cision du prĂ©sident. Ă€ titre exceptionnel et sur demande du Premier ministre, il est rĂ©duit Ă deux semaines. Par « dĂ©cision motivĂ©e » du Premier ministre, ce dĂ©lai peut ĂŞtre rĂ©duit Ă soixante-douze heures.
Les normes sportives – Une formation restreinte du Conseil, la « commission d’examen des règlements fĂ©dĂ©raux relatifs aux Ă©quipements sportifs » rendra un avis sur les projets de règlements relatifs aux Ă©quipements sportifs.
Son avis sera rendu dans un dĂ©lai de quatre mois Ă compter de la date de transmission du projet de règlement accompagnĂ© de sa notice d’impact par le ministre chargĂ© des sports. En cas d’avis dĂ©favorable, les fĂ©dĂ©rations compĂ©tentes disposeront d’un dĂ©lai de deux mois pour proposer un nouveau règlement.
« Un machin pour en supprimer un autre ? » – Le vote quasi unanime du texte par le SĂ©nat n’a pour autant pas masquĂ© les critiques et a rĂ©vĂ©lĂ© d’autres faiblesses constitutionnelles qui pourraient ĂŞtre mise en exergue lors des dĂ©bats Ă l’AssemblĂ©e nationale.
Plusieurs sénateurs se sont interrogés notamment sur l’articulation des missions entre le Conseil national et le futur Haut conseil des territoires annoncé par François Hollande dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation.
D’autres incertitudes tiennent Ă la procĂ©dure d’examen des amendements par le conseil national (prĂ©sence de neufs reprĂ©sentants de l’Etat pouvant alors intervenir dans le processus lĂ©gislatif…) et au respect de la sĂ©paration entre loi et règlement en cas de dĂ©classement d’une norme.
CohĂ©rence et coordination – Les auteurs de la proposition de loi, suivis par la ministre Maryse Lebranchu, se sont Ă©vertuĂ©s Ă convaincre de la cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale de l’action du gouvernement en matière de lutte contre les normes.
Après un hommage appuyés aux quatre lois de simplification “Warssman “ et à la proposition de loi Doligé, Jacqueline Gourault et Jean-Pïerre Sueur ont martelé que le nouveau dispositif “ne vient pas “refaire ce qui a déjà été fait” et n’est “pas contradictoire avec les autres mesures prises récemment”.
Avec Ă l’esprit la mission en cours confiĂ©e Ă Alain Lambert et Jean-Claude Boulard de « chasse aux normes aburdes ».
Rejetant la critique exprimée par une sénatrice EELV, de créer “un machin pour en supprimer un autre”, le Conseil national aura plutôt une “mission complémentaire”, a indiqué Marylise Lebranchu. Ses conseillers l’assurent également : « la mission Lambert /Boulard recense quant à elle, les normes absurdes ».
A n’en pas douter, la nomination le 25 janvier de Célia Vérot nouvelle adjointe au secrétaire général du gouvernement chargée de la simplification, pourra permettre d’assurer une certaine cohérence à l’ensemble du dispositif gouvernemental « anti normes ».
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