Ils nâont jamais rĂȘvĂ© dâĂȘtre pilotes dans lâavion. Mais plutĂŽt que de voir lâĂtat cĂ©der des pĂ©pites nationales, tous les dĂ©partements d’Ile-de-France avec la rĂ©gion-capitale sont prĂȘts Ă prendre place dans le cockpit. Parlant dâune mĂȘme voix, les huit prĂ©sidents demandent ainsi Ă âĂȘtre partie prenante de tout processus pouvant conduire au dĂ©sengagement de lâĂtatâ. Ce dernier a en effet annoncĂ© la crĂ©ation dâun fonds de 10 Md⏠constituĂ© des recettes tirĂ©es de privatisations pour financer lâinnovation.
En clair : les collectivitĂ©s franciliennes sont candidates au rachat des 50,6 % de parts dĂ©tenues par lâĂtat, afin dâĂ©viter quâex-AĂ©roports de Paris ne tombe dans lâescarcelle du privĂ©, et donc, probablement, de Vinci (actionnaire Ă hauteur de 8 %). Ce dernier, donnĂ© grand favori, pilote dĂ©jĂ 35 aĂ©roports en France et Ă lâĂ©tranger.
Une telle mobilisation des dĂ©partements, au-delĂ des clivages politiques, s’explique par la volontĂ© de « conserver durablement une dimension publique importante au contrĂŽle de ces infrastructures essentielles pour le dĂ©veloppement du Grand Paris » explique un communiquĂ© commun.
Les incohĂ©rences de l’Etat
Plusieurs points du dossier sont difficiles Ă avaler pour les collectivitĂ©s territoriales. A commencer par le fait que lâĂtat agisse « sans concertation » mais surtout quâil prive le Grand Paris « dâune rente aĂ©roportuaire importante et dynamique ».
« Câest une totale incohĂ©rence et une contradiction de la part de lâĂtat », commente ainsi Yves Cabana, directeur gĂ©nĂ©ral des services (DGS) au conseil dĂ©partemental des Yvelines. « On ne peut pas vouloir dĂ©velopper le Grand Paris et balancer au privĂ© un outil unique et essentiel pour lâattractivitĂ© de lâIle-de-France et du pays tout entier. Ou alors lâĂtat nâa pas lâintention de faire du Grand Paris une mĂ©tropole puissante ? »Â feint-il de s’interroger.
Un avis partagĂ© par Patrick Devedjan, prĂ©sident du conseil dĂ©partemental (LR) des Hauts-de-Seine « Il nâest pas question de recommencer lâaffaire des autoroutes, transfĂ©rer des entreprises publiques profitables alors quâelles jouent un rĂŽle important dans lâorganisation de la MĂ©tropole », sâinsurge-t-il. « Le groupe ADP est le chaĂźnon incontournable de la politique des transports et doit donc rester sous contrĂŽle public et collectivitĂ©s locales », insiste-t-il.
La mĂȘme inquiĂ©tude est exprimĂ©e par StĂ©phane Troussel (PS), prĂ©sident de la Seine-Saint-Denis : « Privatiser ADP c’est vendre le patrimoine national et se priver de recettes non nĂ©gligeables, Ă l’heure oĂč l’Ătat en a cruellement besoin (…) Sans parler des nombreux projets de transports inscrits au Contrat de plan Ătat-RĂ©gion, mis Ă l’arrĂȘt parce que l’Etat n’est vraisemblablement pas en capacitĂ© de tenir ses engagements. Les aĂ©roports sont la porte d’entrĂ©e sur la France et ont une importance stratĂ©gique qui ne peut uniquement dĂ©pendre de stratĂ©gies comptables » souligne le politique.
Les dĂ©partements se disent capables de mettre 8 milliards d’euros sur la table
Mais alors que les collectivitĂ©s affirment ĂȘtre Ă©tranglĂ©es par des budgets contraints, racheter les parts d’ADP, estimĂ©es Ă 8 milliards d’euros, n’est-il pas un trop gros investissement ? « Les 7 dĂ©partements et la RĂ©gion sont capables dâorganiser un tour de table financier pour jouer leur rĂŽle dans la gouvernance de cet Ă©quipement fondamental de lâorganisation mĂ©tropolitaine », assure le patron des Hauts-de-Seine.
« Aucun de nous nâa les moyens tout seul, mais Ă 8 on est capable de rĂ©unir le financement quâil faut », complĂšte le DGS des Yvelines, dâautant que chaque collectivitĂ© devrait participer Ă hauteur de ses possibilitĂ©s. Imaginant que lâĂtat ne cĂ©dera pas la totalitĂ© de ses parts, il Ă©voque plusieurs solutions permettant de boucler le budget : « associer des capitaux privĂ©s contrĂŽlĂ©s par la puissance publique », voire « financer cet achat par la dette. »
Une façon donc de ne pas vendre un joyau de la couronne pour simplement « combler la dette de l’Etat » conclut le porte-voix des Yvelines.
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