Parce qu’il inquiète les collectivitĂ©s, le traitĂ© transaltlantique vĂ©hicule beaucoup d’idĂ©es fausses, notamment en matière de commande publique. Mais, mĂŞme sans tomber dans cette facilitĂ© alarmiste, il convient de faire le point sur ce qui pourrait changer concrètement dans la gestion des services publics locaux. Retour sur un traitĂ© qui va bouleverser le quotidien des collectivitĂ©s.
Les acheteurs publics ne pourront plus attribuer leurs marchés selon un critère de préférence locale

Beaucoup d’Ă©lus et de syndicats craignent que, sans ce critère de prĂ©fĂ©rence, les petites structures locales ne soient pas armĂ©es face aux gĂ©ants amĂ©ricains, plus compĂ©titifs, rĂ©pondant aux appels d’offres.
Or, rien de nouveau, comme le rappelle Alain BĂ©nard, vice-prĂ©sident de l’Association des acheteurs publics : « La prĂ©fĂ©rence locale est contraire au principe constitutionnel d’Ă©galitĂ© et passible de poursuites pĂ©nales sur le fondement du dĂ©lit de favoritisme. Elle est Ă©galement interdite au niveau europĂ©en au nom du principe de non-discrimination, comme le rĂ©pète la Cour europĂ©enne de justice dans sa jurisprudence. »
En revanche, les collectivitĂ©s auront toujours, en thĂ©orie, la possibilitĂ© d’insĂ©rer une clause environnementale pour privilĂ©gier les circuits courts…
Une fois délégués, les services publics locaux ne pourront plus être remunicipalisés

Ainsi, cet effet « cliquet » leur imposerait un mode de gestion dĂ©lĂ©guĂ©e de leurs services publics. Ce qui conduirait Ă une rĂ©duction considĂ©rable du pĂ©rimètre de l’intervention publique et porterait atteinte au principe de libre administration des collectivitĂ©s.
Si, « Ă l’heure actuelle, rien n’indique dans le traitĂ© transatlantique que le retour en rĂ©gie d’un service public local serait interdit », tente de rassurer Mathias Audit, professeur de droit international privĂ© Ă l’universitĂ© Paris 10, « une entreprise dĂ©lĂ©gataire pourrait contester, devant le tribunal arbitral privĂ©, la rupture de son contrat par la collectivitĂ© pour cause de remunicipalisation du service ».
Toutefois, dans ce cas, ce n’est pas la collectivitĂ© mais l’Etat, seul signataire du traitĂ©, qui pourrait ĂŞtre amenĂ© Ă rĂ©pondre devant le tribunal d’arbitrage.
Des règles sanitaires moins contraignantes s’imposeront en matière de restauration scolaire

Les Ă©lus locaux s’inquiètent nĂ©anmoins de l’arrivĂ©e de nouvelles règles sanitaires potentiellement moins contraignantes que les textes actuels – interdisant, par exemple, le bĹ“uf aux hormones, les produits contenant des OGM, etc. -, qui s’imposeraient aux collectivitĂ©s dans leurs achats d’aliments pour la restauration scolaire.
Mais, comme le prĂ©cise JĂ©rĂ´me Michon, enseignant en droit des marchĂ©s publics et privĂ©s, « les collectivitĂ©s gardent la maĂ®trise de leurs cahiers des charges ». Elles pourront donc toujours insĂ©rer, dans leurs offres de marchĂ©, des clauses de dĂ©veloppement durable, comme le permettent aujourd’hui les articles 5 et 6 du code des marchĂ©s publics. Une possibilitĂ© d’orienter des appels d’offres, qui continueront ainsi de traduire leur volontĂ© de disposer d’un large Ă©ventail de produits de qualitĂ©, qu’il s’agisse de productions estampillĂ©es « Label rouge » ou sous appellation d’origine.
Cet article fait partie du Dossier
Traité transatlantique : les collectivités locales en alerte
Sommaire du dossier
- Etats-Unis et Europe s’attaquent au secteur public local pour conclure le « Tafta »
- Traité transatlantique : « il est impératif de respecter l’autonomie des collectivités » rappelle Philippe Laurent
- A Barcelone, des collectivités européennes s’allient contre le TAFTA
- Tafta : les acteurs locaux s’emparent d’un dossier brûlant
- Le front de contestation contre le traitĂ© transatlantique s’Ă©largit
- Le tissu économique local est-il menacé par le Tafta ?
- « Les élus locaux ont les moyens de limiter les effets du libre-marché » – Pierre Bauby
- Traité transatlantique : ce qui pourrait changer (ou pas)
- Tafta : un réel danger pour nos marchés publics
- « Rien ne forcera les Ă©lus locaux Ă privatiser leurs services publics » – Cecilia Malmström, commissaire chargĂ©e du Commerce et du TTIP
- « Nos choix dĂ©mocratiques ne doivent pas ĂŞtre remis en cause » – Matthias Fekl, secrĂ©taire d’Etat chargĂ© du Commerce extĂ©rieur
- Les collectivités européennes souhaitent protéger les services publics du TTIP
- Traité transatlantique : la Commission européenne cherche à rassurer les élus locaux
Thèmes abordés








