Lâapprentissage a subi une baisse trĂšs inquiĂ©tante en 2013. Câest ce que viennent confirmer deux Ă©tudes sorties dĂ©but fĂ©vrier qui Ă©clairent cette situation critique : lâune, Ă©ditĂ©e par les services statistiques du ministĂšre du Travail, de lâEmploi et de la Formation professionnelle (Dares), analyse le nombre de nouveaux contrats dâapprentissage conclus dans les secteurs public et privĂ© en 2013. Lâautre, Ă©mane des services statistiques du ministĂšre de lâEducation nationale (Depp), et comptabilise les apprentis inscrits dans un centre de formation dâapprentis (CFA) au 31 dĂ©cembre 2013.
Moins 8%
En 2013, 273 000 nouveaux contrats dâapprentissage ont Ă©tĂ© comptabilisĂ©s dans le secteur privĂ©, soit une baisse de 8% par rapport Ă 2012, aprĂšs deux annĂ©es de lĂ©gĂšre hausse, indique la Dares, tandis que le nombre de contrats dâapprentissage dans le secteur public non industriel et commercial diminuait de 3% seulement. Le nombre dâapprentis, au 31 dĂ©cembre 2013, a quant Ă lui flĂ©chi de 3,1% par rapport Ă 2012. Ceci est dĂ» Ă une baisse brutale des entrĂ©es en apprentissage (-14 700) en 2013, soit 6,5% de moins quâen 2012.
Une tendance qui ne semble pas sâenrayer en ce dĂ©but dâannĂ©e, dâaprĂšs Isabelle Gaudron, vice prĂ©sidente de la rĂ©gion Centre, et animatrice dâun groupe de travail sur lâapprentissage au sein de lâAssociation des rĂ©gions de France (ARF) : « Les rĂ©gions nous remontent une baisse globale du nombre dâapprentis de 6% en fĂ©vrier 2015, mais qui peut atteindre 8 Ă 9% pour les diplĂŽmes de niveau 5 ! »
Lâenseignement supĂ©rieur Ă©pargnĂ©
Car la baisse des effectifs touche majoritairement lâenseignement secondaire (- 5,4%), tandis quâelle ne fait que ralentir dans lâenseignement supĂ©rieur (2% contre plus de 10% les deux annĂ©es prĂ©cĂ©dentes). La baisse brutale des entrĂ©es en apprentissage touche en effet particuliĂšrement les CAP (-8%), les bac pro (-15%) et curieusement, les BTS (-11%).
En revanche, le nombre dâapprentis en niveaux I et II continue de croĂźtre : +2,8% pour le niveau II et +7,5% pour le niveau I. Ainsi, un tiers des bĂ©nĂ©ficiaires des nouveaux contrats dâapprentissage sâengage dans les filiĂšres de lâenseignement supĂ©rieur en 2013 contre 25% en 2010. « Face Ă cet engouement des entreprises pour les contrats dâapprentissage de lâenseignement supĂ©rieur, les rĂ©gions ont augmentĂ© le nombre de places en niveau I et II », tĂ©moigne Isabelle Gaudron. Une Ă©lĂ©vation du niveau de qualification quâelle juge globalement positive pour lâimage de lâapprentissage.
Impact de la crise
Pourtant, une grande partie de la baisse des entrĂ©es en apprentissage est imputable aux Ă©lĂšves sortant de troisiĂšme qui sâorientent de moins en moins vers cette voie, au profit des filiĂšres gĂ©nĂ©rales et technologiques, souligne la Dares. En 2013, ils sont ainsi 16 800 Ă©lĂšves de plus par rapport Ă 2012 Ă sâorienter vers une seconde gĂ©nĂ©rale et technologique, et 8 500 Ă©lĂšves de moins Ă choisir lâapprentissage. Les deux Ă©tudes suggĂšrent une dĂ©saffection accrue des jeunes et de leurs familles pour lâapprentissage.
Pour Isabelle Gaudron, le problĂšme vient plutĂŽt des employeurs qui nâoffrent pas suffisamment de places en apprentissage : « Les jeunes ne trouvent pas de contrat, particuliĂšrement dans le BTP, trĂšs pourvoyeur de CAP. Ce secteur, trĂšs impactĂ© par la crise, a reportĂ© ses recrutements dâapprentis. Or pour ces jeunes, le niveau V est une porte dâaccĂšs Ă la poursuite dâĂ©tudes. On ne leur donne pas la chance de pouvoir entamer une qualification. »
« RĂ©glementation contraignante »
Un Ă©lĂ©ment de blocage semble devoir se lever rapidement et qui concerne directement le secteur du BTP, traditionnellement pourvoyeur dâapprentis.  Comme lâa annoncĂ© François Rebsamen, ministre du Travail, le 5 fĂ©vrier au SĂ©nat, les employeurs pourront Ă compter du 1er mai, se passer dâune demande dâautorisation prĂ©alable auprĂšs de lâInspection du travail pour confier des travaux dangereux Ă leurs apprentis mineurs, et se contenter dâune simple dĂ©claration. « Je me rĂ©jouis de cette mesure annoncĂ©e par le ministre. Beaucoup dâentreprises que nous avons consultĂ©es pour comprendre les freins Ă lâapprentissage ont incriminĂ© la rĂ©glementation contraignante concernant les mineurs. Câest un signe que lâon envoie aux entreprises, et qui touche aussi bien les apprentis que les jeunes en stage dans les lycĂ©es professionnels », rĂ©agit Isabelle Gaudron.
Le secteur public mis Ă contribution
Le secteur public, qui ne totalise que 9400 entrĂ©es en apprentissage en 2013, pourrait soutenir la dynamisation de lâapprentissage. Suite Ă la grande confĂ©rence sociale, le gouvernement sâĂ©tait engagĂ© Ă accueillir des apprentis dans les administrations dâEtat : 4 000 en 2015, puis 10 000 en 2016. « Nous travaillons Ă une convention cadre entre lâARF et lâEtat qui devrait ĂȘtre signĂ©e prochainement. Les rĂ©gions sâengageront Ă accompagner la formation des apprentis accueillis dans les services dĂ©concentrĂ©s de lâEtat en rĂ©gion. Des organismes comme lâONF, ou lâInra ont beaucoup Ă apporter aux jeunes. Des moyens seront dĂ©gagĂ©s pour rĂ©munĂ©rer et former ces apprentis. Dans chaque rĂ©gion, nous examinerons les postes Ă pourvoir et les qualifications nĂ©cessaires. Les rĂ©gions pourront ĂȘtre amenĂ©es Ă crĂ©er des sections ad hoc si le besoin sâen fait sentir », se rĂ©jouit Isabelle Gautron, qui souligne le rĂŽle important que pourra jouer le secteur public Ă lâĂ©gard de la discrimination : « Le secteur public est plus attentif Ă la demande de certains jeunes issus des quartiers prioritaires, qui nâont pas la bonne adresse ou le bon nom et se voient refuser un contrat de travail », espĂšre-t-elle.
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