Aujourd’hui, les obligations déontologiques du fonctionnaire font l’objet d’un contentieux abondant. En effet, les obligations tenant au secret professionnel, à la discrétion professionnelle et au devoir de réserve pèsent lourdement sur les agents publics, mettant parfois en cause des libertés aussi fondamentales que les libertés d’opinion et d’expression.
Obligation de discrĂ©tion professionnelle – Une « exclusion temporaire de fonction de trois jours » a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e mardi par la Direction gĂ©nĂ©rale des services (DGS) de la ville, et sera proposĂ©e au maire PS Jacques Bascou, pour « manquement Ă l’obligation de discrĂ©tion professionnelle qui s’applique aux agents de la fonction publique territoriale » s’agissant de certains documents, annonce la mairie dans un communiquĂ©.
Il s’agit d’une « accusation infondĂ©e », a affirmĂ© de son cĂ´tĂ© Ă l’AFP Jean-François Andujar, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Unsa des territoriaux, en demandant Ă la mairie « d’apporter la preuve » de ce qu’elle avance.
Dans son communiquĂ©, la mairie dit que la « sanction a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e au vu de deux rapports de la hiĂ©rarchie indiquant que l’agent concernĂ© a avouĂ© ĂŞtre Ă l’origine de la divulgation dans la presse d’un document d’organisation interne, et cela avant mĂŞme que les instances paritaires puis l’ensemble des agents de la collectivitĂ© aient Ă©tĂ© informĂ©s ».
Projet de rĂ©organisation des services – Selon le Midi Libre, le directeur gĂ©nĂ©ral des services avait accusĂ© l’employĂ© « d’avoir livrĂ© Ă un journaliste prĂ©cisĂ©ment dĂ©signĂ©, le responsable de l’Ă©dition Midi Libre de Narbonne, le projet de rĂ©organisation des services de la Ville qui a servi de base Ă un article publiĂ© dans ce journal le 24 juin ».
« Aujourd’hui ils m’accusent sans avoir aucun Ă©lĂ©ment de preuve, (…) uniquement sur des propos » tenus par un tiers, dit le syndicaliste qui s’estime victime d’une « cabale, d’une chasse aux sorcières » depuis l’Ă©lection de M. Bascou en 2008.
Il attend dĂ©sormais la dĂ©cision du maire, « dans quelques jours », sur la proposition d’exclusion faite par la direction des services. Et se dĂ©clare prĂŞt Ă la contester devant la justice si elle est confirmĂ©e.
Rappel Ă l’ordre Ă l’ensemble du personnel – Le Midi Libre rapporte que « la municipalitĂ©, agacĂ©e par les fuites qui alimentent les articles de presse », avait adressĂ© en juin « un rappel Ă l’ordre Ă l’ensemble de son personnel municipal, en annonçant sa volontĂ© de sĂ©vir ».
La question qui se pose est celle de savoir dans quelles conditions un agent public peut divulguer des informations relatives à un projet de réorganisation des services, sans violer l’obligation de discrétion professionnelle à laquelle il est tenu.
L’état actuel du droit concernant l’obligation de discrĂ©tion professionnelle du fonctionnaire est clairement posĂ©e par la loi. L’article 26 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires prĂ©voit ainsi que les fonctionnaires doivent faire preuve de discrĂ©tion professionnelle pour tous les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l’exercice ou Ă l’occasion de l’exercice de leurs fonctions.
En dehors des cas expressĂ©ment prĂ©vus par la rĂ©glementation en vigueur, notamment en matière de libertĂ© d’accès aux documents administratifs, les fonctionnaires ne peuvent ĂŞtre dĂ©liĂ©s de cette obligation de discrĂ©tion professionnelle que par dĂ©cision expresse de l’autoritĂ© dont ils dĂ©pendent.
En fonction ou en dehors du service – Il rĂ©sulte de ces dispositions que la discrĂ©tion vise les informations, faits et documents dont l’agent a connaissance dans le cadre de ses fonctions. Ainsi, la discrĂ©tion vise les secrets de l’administration, c’est-Ă -dire les informations internes Ă l’administration.
La discrétion professionnelle joue aussi bien lorsque l’agent est en fonction que lorsqu’il est en dehors du service [voir notre dossier juridique].
Enfin, elle s’impose Ă tous les agents, qu’ils soient ou non reprĂ©sentants syndicaux.
La jurisprudence est venue prĂ©ciser la notion. A l’occasion d’une rĂ©union du syndicat dont M. X est dĂ©lĂ©guĂ© et qui s’est tenue dans un centre hospitalier, celui-ci s’est exprimĂ© devant les camĂ©ras d’une chaĂ®ne publique de radio-tĂ©lĂ©vision et a tenu des propos faisant Ă©tat de sĂ©rieuses difficultĂ©s pour les fournisseurs Ă obtenir le règlement de leurs factures.
Ces propos largement diffusĂ©s mettaient en cause le fonctionnement du service et contenaient des informations prĂ©cises recueillies du fait de son affectation au service Ă©conomique de l’hĂ´pital.
Le juge a considĂ©rĂ© que ces faits constituent, alors mĂŞme que les propos dons il s’agit auraient Ă©tĂ© exprimĂ©s Ă l’occasion d’une rĂ©union tenue Ă l’initiative d’une organisation syndicale, un manquement Ă l’obligation de discrĂ©tion professionnelle (CAA Bordeaux, 19 juillet 1999, req. n° 97BX02096).
Caractère secret – A Narbonne, les documents divulguĂ©s Ă la presse par l’agent sont, selon la municipalitĂ©, des documents internes et confidentiels relatifs Ă un projet de rĂ©organisation des services de la ville.
Ces informations recueillies dans le cadre de ses fonctions revêtent donc un caractère secret. Un agent public qui aurait accès à ses documents devrait donc faire preuve de discrétion professionnelle en vertu de la loi, ce qui, en l’occurrence, n’a pas été le cas.
Cet article est en relation avec les dossiers
- Déontologie des fonctionnaires : décryptage de la loi de 2016
- Déontologie des fonctionnaires : droits et obligations
Domaines juridiques








