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Territoires

Conférence de presse de François Hollande : les annonces qui concernent les collectivités territoriales

Publié le 05/02/2015 • Par avec l'AFP Brigitte Menguy Hugo Soutra • dans : A la une, France

Lors de sa conférence de presse organisée jeudi 5 février à l’Elysée, François Hollande n’a éludé aucun sujet, de la refonte de l’Education jusqu’aux affaires internationales. Elus locaux et professionnels de l’action publique n’ont toutefois pas été en reste, avec des annonces en matière de politique de la ville ou de réforme des institutions. Le président de la République a également présenté sa vision de la laïcité. Extraits des principales mesures intéressant les collectivités territoriales.

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Quel avenir pour la politique de la ville ?

François Hollande a confirmé la tenue « en mars » d’un comité interministériel, consacré à la lutte contre les inégalités et à la mixité sociale, initialement annoncé début mars par Manuel Valls. Il y sera effectivement question des politiques de peuplement et de « la répartition de la population, pour que les logements sociaux soient créés là où ils sont nécessaires mais pas seulement là où ils sont déjà présents. »

Veillant Ă  la stricte application de la loi SolidaritĂ© et rĂ©novation urbaine (SRU), il a prĂ©venu les Ă©lus locaux ne respectant pas les nouveaux quotas de 25% de logements sociaux par commune que les sanctions pourraient ĂŞtre renforcĂ©es. Effectivement, malgrĂ© la multiplication par cinq des pĂ©nalitĂ©s l’an dernier, certains Ă©lus privilĂ©gient toujours les amendes sur l’accueil de populations prĂ©caires.

PlĂ©biscite pour l’intercommunalitĂ© – Faisant peu de cas de la prĂ©gnance des rivalitĂ©s territoriales, François Hollande voit dans l’intercommunalitĂ© la bonne Ă©chelle d’intervention, car elle permettrait selon lui de mieux rĂ©partir la population sur le bassin de vie.
Parallèlement, l’ElysĂ©e rĂ©flĂ©chit Ă  accroĂ®tre le pouvoir des prĂ©fets « pour prendre les dĂ©cisions en matière de construction de logements dans ces villes-lĂ . » « C’est Ă  cette condition que la mixitĂ© sociale pourra devenir une rĂ©alitĂ© » a applaudi Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

Renforcement du tissu social – Au cours du prochain comitĂ© interministĂ©riel, des dĂ©cisions budgĂ©taires devraient Ă©galement ĂŞtre annoncĂ©es en ce qui concerne l’accompagnement des associations, et Ă  travers elles, l’accompagnement des jeunes auprès desquelles elles interviennent tant en matière d’Ă©ducation que de prĂ©vention.
Leurs crédits seront « préservés » et même « augmentés là où c’est nécessaire », « pour que le tissu social soit renforcé en nous appuyant sur les associations, sur la démocratie. »

Depuis les attentats des 7, 8 et 9 janvier, les responsables politiques ont multiplié les contacts avec les acteurs de terrain, vus comme un relais essentiel pour ancrer le pacte républicain dans les quartiers qui se sentent abandonnés. Les doléances des élus locaux, des chargés de réussite éducative, des éducateurs de rue et des associations de prévention spécialisée semblent avoir été entendues.

PrioritĂ© au dĂ©veloppement Ă©conomique – Troisième et dernier objectif affiché : le dĂ©veloppement local. L’hĂ´te de l’ElysĂ©e a ainsi annoncĂ© la crĂ©ation d’une « agence nationale de dĂ©veloppement Ă©conomique sur les territoires », comparable Ă  l’Agence nationale pour la rĂ©novation urbaine (ANRU) mais « Ă  l’Ă©chelle des territoires. » LĂ  encore, l’idĂ©e reste de casser les « ghettos ».
Les acteurs locaux et notamment régionaux, qui viennent d’en récupérer la compétence à travers la loi NOTRe, n’ont pas tardé à réagir.

Lire : François Hollande engage-t-il une recentralisation du développement économique ?

En matière d’économie, le président de la République a également promis que des réformes seraient engagées « en faveur de l’emploi des jeunes et de l’insertion des chômeurs de longue durée. »

« Des efforts »… mais encore « trop d’Ă©checs » –  Ces annonces relatives aux quartiers populaires et Ă  leur environnement interviennent alors que « malgrĂ© les importants efforts engagĂ©s depuis trente ans » dans le cadre de la politique de la ville, « il y a encore trop d’échecs : concentration des populations et des pauvres dans les mĂŞmes lieux, inĂ©galitĂ©s massives, chĂ´mage trop Ă©levĂ©, discriminations insupportables » a justifiĂ© le prĂ©sident de la RĂ©publique, sous forme de liste Ă  la PrĂ©vert.

Moins polĂ©mique que son premier ministre Manuel Valls faisant Ă©tat d’un apartheid, François Hollande a estimĂ© que « la RĂ©publique – qui reconnaĂ®t tous ses enfants, oĂą qu’ils soient nĂ©s et oĂą qu’ils vivent – a le devoir de faire que chacun de ses citoyens puisse rĂ©ussir sa vie et ne pas avoir le sentiment qu’il est sĂ©grĂ©gĂ©, sĂ©parĂ©, discriminĂ©, Ă©cartĂ©, mis de cĂ´tĂ©, parce qu’il vivrait dans le mĂŞme ensemble, le mĂŞme quartier. »

Pas de statistiques ethniques – « Quand il y a des fatalitĂ©s de destins parce qu’on vit dans une cité », qu’on n’a pas accès « aux bonnes filières aux bonnes Ă©coles », il y a « une souffrance, une colère » et « la sĂ©paration, le sentiment de la sĂ©grĂ©gation, qui sont des insultes pour la RĂ©publique » a-t-il poursuivi dans la mĂŞme veine.

Pour autant, François Hollande a fermĂ© la porte Ă  toute discrimination positive – pour l’accès Ă  l’emploi ou au logement par exemple – ainsi qu’Ă  la crĂ©ation de statistiques ethniques.
RĂ©clamĂ©es par certains Ă©lus ou bailleurs sociaux dĂ©sireux de lĂ©gitimer leurs pratiques officieuses, il a jugĂ© ces dernières discriminantes « puisqu’on va mettre des personnes sur des listes, qui auront des droits que les autres n’auront pas », allant mĂŞme jusqu’Ă  les accuser de faire courir le risque d’oublier la notion d’égalitĂ©, promesse de la RĂ©publique « faite pas seulement de droits mais aussi de conditions. »

Lire aussi : Quand les attentats bousculent les politiques de cohésion sociale

Institutions : des réformes « consensuelles »

Questionné sur de possibles réformes institutionnelles à venir, François Hollande a assuré que l’autorisation du droit de vote des étrangers ne serait engagée que si elle fait consensus. Rappelant y être pour sa part favorable, mais qu’une révision constitutionnelle nécessitait une majorité des trois cinquièmes à l’Assemblée et au Sénat, il a précisé qu’il ne tenait « qu’à l’opposition de pouvoir participer à cette introduction, pour l’instant elle s’y refuse. »

Responsabilisation des parlementaires – François Hollande n’est pas convaincu « qu’une rĂ©forme du mode de scrutin majoritaire allait rĂ©pondre Ă  l’exigence d’unitĂ© rĂ©publicaine ». Aussi a-t-il dit « laisser les parlementaires faire eux-mĂŞmes la proposition » d’introduire une part de proportionnelle aux Ă©lections lĂ©gislatives ou de rĂ©duire le nombre de dĂ©putĂ©s.

A l’adresse des acteurs publics en gĂ©nĂ©ral, François Hollande, qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  lĂ©gifĂ©rer par ordonnance et Ă  utiliser Ă  plusieurs reprises la procĂ©dure d’urgence au cours des derniers mois, a rĂ©clamĂ© une accĂ©lĂ©ration du temps des institutions, les invitant Ă  « dĂ©passer toutes les contraintes administratives, les lourdeurs, les procĂ©dures. »

Prise de dĂ©cision : s’inspirer des collectivitĂ©s – Selon lui, les dĂ©putĂ©s comme les sĂ©nateurs devraient aller « beaucoup plus vite » dans l’examen et le vote des lois. « Dans une entreprise, quand il y a une dĂ©cision Ă  prendre, ça ne prend pas des semaines ou des mois. Dans une collectivitĂ© territoriale aussi, ça va vite » a pris en exemple l’ancien prĂ©sident du conseil gĂ©nĂ©ral de Corrèze et maire de Tulle.

« Le parlement devrait réfléchir sur les procédures. Est-ce que c’est possible de faire pendant plusieurs mois un débat sur un texte qu’on considère comme urgent, avec plusieurs lectures, avec des nuits passées ? Il nous faut changer ces procédures, c’est vrai pour le Parlement, c’est vrai pour le gouvernement », a-t-il plaidé.

Vers une laïcité stricte… appliquée toute en souplesse

Thème brandi Ă  tout-va depuis les Ă©vĂ©nements tragiques du mois dernier, la laĂŻcitĂ© a Ă©tĂ© tout naturellement de nouveau Ă©voquĂ©e lors de la confĂ©rence de presse de François Hollande. Celui-ci a estimĂ© que la laĂŻcitĂ© n’Ă©tait « pas nĂ©gociable » et qu’elle ne devait pas « subir des accommodements. »

Le monde local trop laxiste ? – Une rĂ©fĂ©rence Ă  peine voilĂ©e Ă  cette laĂŻcitĂ© Ă  gĂ©omĂ©trie variable que les acteurs locaux connaissent bien au quotidien, celle qui permet de rĂ©pondre aux demandes confessionnelles pour Ă©viter l’exclusion de certains usagers du service public.

A la tentative d’une dĂ©finition et du choix tant attendu entre « laĂŻcitĂ© souple » et « laĂŻcitĂ© stricte », François Hollande rĂ©pond que « la laĂŻcitĂ© doit ĂŞtre comprise pour ce qu’elle est : la libertĂ© de conscience, et donc de religion. » Il Ă©vacue ainsi toute modification de la loi de  1905. La laĂŻcitĂ© « doit se transmettre et doit s’apprendre, et ce sera fait Ă  l’Ă©cole tout au long de la scolarité », a-t-il ajoutĂ©.

Outillage du CFCM – Enfin, le prĂ©sident a reconnu que le Conseil français du culte musulman (CFCM) n’avait « pas la capacitĂ© suffisante de faire prĂ©valoir un certain nombre de règles, de principes, partout sur le territoire », et demandait au gouvernement « de travailler pour renforcer la reprĂ©sentativitĂ© de cette organisation, et surtout de travailler avec elle pour rĂ©gler des questions bien prĂ©cises : les aumĂ´niers, dans les armĂ©es, dans les prisons, la sĂ©curitĂ© des mosquĂ©es, la formation des imams, etc… »

Un nouveau « contrat civique » pour la cohésion nationale

Soucieux de renforcer la cohésion nationale à l’heure où les Français s’interrogent sur la manière de transmettre aux jeunes les valeurs de la République, François Hollande a répété son souhait d’élargir le service civique, rejetant d’emblée son caractère obligatoire et sans préciser les moyens budgétaires alloués à cette ambition.

Triplement des missions – Concrètement, « tout jeune qui se prĂ©sentera Ă  partir du 1er juin de cette annĂ©e pourra faire un service civique » de « huit mois », alors qu’actuellement il y a « quatre fois plus de demandes » que de missions proposĂ©es.
Cette ambition « va supposer de mettre toutes les collectivitĂ©s, toutes les associations, tous les ministères en capacitĂ© de proposer 150 000 ou 160 000 missions dans un dĂ©lai particulièrement court, enfin qui peut s’Ă©taler sur plusieurs mois », a prĂ©cisĂ© M. Hollande.

A l’heure actuelle, le budget de 170 millions d’euros votĂ© pour 2015 (dont 150 millions proviennent de l’État) doit permettre d’accueillir 45.000 jeunes, 10.000 de plus que l’an dernier.
L’Ă©tĂ© dernier, le gouvernement avait dĂ©cidĂ© d’augmenter ses crĂ©dits de 100 millions sur trois ans, pour les porter Ă  221 millions en 2017. Après les attentats, il avait dĂ©jĂ  relevĂ© son objectif Ă  moyen-terme : le prĂ©sident de la RĂ©publique proposait que 100 000 services civiques soient proposĂ©s Ă  l’horizon 2017, ce qui aurait demandĂ© 600 millions d’euros selon le prĂ©sident de l’Agence du service civique, François ChĂ©rèque. François Hollande a promis que l’Agence du service civique serait « renforcĂ©e ».

Lire aussi : Le service civique plutôt que le service militaire

« Engagement civique » et « brassage social » – Les associations, qui Ă©taient très hostiles Ă  l’idĂ©e d’un service civique obligatoire, se sont rĂ©jouies des annonces du prĂ©sident.
« Le service civique a fait ses preuves comme moyen de dĂ©velopper l’engagement civique et le brassage social », a rĂ©agi auprès de l’AFP Marie Trellu-Kane, prĂ©sidente d’Unis-CitĂ©, estimant que trouver les missions nĂ©cessaires dans un dĂ©lai si court va reprĂ©senter « un challenge ».

Nadia Bellaoui, prĂ©sidente du Mouvement associatif, s’est Ă©galement dite dĂ©terminĂ©e Ă  « relever le dĂ©fi ». « On est prĂŞts dès demain Ă  organiser en rĂ©gions une capacitĂ© plus importante des associations Ă  accueillir les jeunes, et Ă  travailler avec les collectivitĂ©s, les Ă©tablissements publics, les parcs nationaux ».

Extension du SMA – Autres mesures annoncĂ©es lors de cette confĂ©rence de presse : la crĂ©ation d’une « rĂ©serve citoyenne », sorte de « service civique senior » votĂ© en septembre dernier dans le cadre de la loi sur l’adaptation de la sociĂ©tĂ© au vieillissement, pour « tous les Français, tous ceux qui veulent participer Ă  l’élan collectif, donner le meilleur d’eux-mĂŞmes. » Objectif ? Valoriser l’engagement bĂ©nĂ©vole des personnes âgĂ©es dans des missions « socialement utiles » et non rĂ©munĂ©rĂ©es.

Par ailleurs, le service militaire adaptĂ© (SMA) – un dispositif d’insertion via les armĂ©es qui existe depuis des dĂ©cennies en outre-mer –  sera expĂ©rimentĂ© en mĂ©tropole, avec la crĂ©ation prochaine de trois centres.

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