Vous venez de remettre votre rapport sur le projet de loi de modernisation de lâaction publique territoriale et dâaffirmation des mĂ©tropoles. Quelles sont vos principales conclusions ?
La commission des lois a Ă©tĂ© saisie dans un dĂ©lai relativement court. Elle a relevĂ© un certain nombre de prĂ©alables. Ainsi, elle a demandĂ© au gouvernement de profiter du dĂ©bat public qui commence le 30 mai pour prĂ©ciser le calendrier dâexamen des volets 2 et 3 du projet de loi.
Elle a Ă©galement rappelĂ© que si le texte a fait lâobjet dâune concertation approfondie par le gouvernement et les associations reprĂ©sentatives de la diversitĂ© du territoire français, cela ne doit pas faire disparaĂźtre les deux initiatives attendues par les 20 000 Ă©lus consultĂ©s lors des Etats gĂ©nĂ©raux de la dĂ©mocratie territoriale, Ă savoir lâallĂ©gement des normes et lâamĂ©lioration du statut de lâĂ©lu.
La commission sâest donc attachĂ©e Ă simplifier le texte initialâŠ
MĂȘme si le gouvernement a largement pris en compte les Ă©lĂ©ments de la pensĂ©e du SĂ©nat sur la dĂ©centralisation, le texte restait trop complexe, trop normatif, et pas assez souple. Nous nous sommes donc attachĂ©s Ă le simplifier.
Pour lâorganisation de lâaction publique, nous avons fait le choix de laisser Ă la confĂ©rence territoriale – qui doit se rĂ©unir Ă lâĂ©chelon rĂ©gional – le soin de sâorganiser elle-mĂȘme, librement, et dâinviter Ă ses travaux les membres les plus intĂ©ressants en fonction de lâordre du jour. Nous avons voulu consacrer le principe de libre administration.
Nous avons aussi souhaitĂ© donner la possibilitĂ© aux collectivitĂ©s dâadopter entre elles des conventions pour lâorganisation des compĂ©tences. Ce fonctionnement dĂ©coule de celui de la confĂ©rence territoriale, dâoĂč la suppression du pacte de gouvernance territoriale.
Le texte de la commission modifie Ă©galement les compĂ©tences des chefs de file…
Nous ne pouvons pas dissocier le tourisme du dĂ©veloppement Ă©conomique, câest pourquoi la rĂ©gion doit en ĂȘtre le chef de file. Nous avons rajoutĂ© aux rĂ©gions lâinnovation pour montrer le lien Ă©troit entre la recherche et la compĂ©titivitĂ©.
En ce qui concerne le dĂ©partement, nous lui avons reconnu le rĂŽle irremplaçable de chef de file dans ses domaines de compĂ©tences par nature, Ă savoir lâaction et la cohĂ©sion sociale, et lâautonomie des personnes.
La notion dâamĂ©nagement du territoire comme Ă©chelon de solidaritĂ© des territoires devra ĂȘtre prĂ©cisĂ©e, elle, pendant le dĂ©bat.
Le troisiĂšme niveau, celui des communes, Ă©tait humiliant puisquâon leur avait confiĂ© la qualitĂ© de lâair et la mobilitĂ© durable… Pour nous, lâamĂ©nagement local fait bien partie des compĂ©tences du bloc communal. Le plan local dâurbanisme (PLU) doit Ă©galement ĂȘtre coproduit par la commune.
Quelles modifications ont été apportées au niveau des métropoles ?
Nous avons considĂ©rĂ© qu’il faut une taille critique. Mais cela ne suffit pas. Il faut une intĂ©gration trĂšs poussĂ©e, une synergie dans l’exercice des compĂ©tences intĂ©grĂ©es par l’Ă©chelon intercommunautaire.
Mais une mĂ©tropole doit Ă©galement avoir une politique qui s’exerce sur son territoire. Elle produit ses effets par rapport Ă sa rĂ©gion si elle constitue un moteur de dĂ©veloppement.
Comme le SĂ©nat l’a toujours dit, les mĂ©tropoles de dimension europĂ©enne ne sont pas plĂ©thores. C’est toujours un exercice dangereux d’en dĂ©terminer les critĂšres. Mais il fallait un nombre limitĂ©, d’oĂč le seuil que nous avons instaurĂ©.
Et en mĂȘme temps, le fait mĂ©tropolitain apparaĂźt dans des espaces plus nombreux.
Toutes les mĂ©tropoles n’ont pas la prĂ©tention de jouer Ă l’Ă©chelle europĂ©enne. Mais elles ont quand mĂȘme un rĂŽle Ă jouer Ă l’Ă©chelon rĂ©gional. Aussi avons-nous ajoutĂ© la possibilitĂ© de crĂ©er une communautĂ© urbaine si une intercommunalitĂ© rĂ©unit au moins deux des fonctions de commandement suivants :
- siÚge du chef-lieu de région,
- siĂšge d’un centre hospitalier universitaire,
- siĂšge d’un pĂŽle universitaire,
- prĂ©sence d’au moins deux pĂŽles de compĂ©titivitĂ©,
- prĂ©sence d’au moins deux pĂŽles d’excellence.
Et en ce qui concerne les métropoles au régime particulier ?
Concernant la mĂ©tropole de Paris, pour la commission des lois, elle est trĂšs problĂ©matique dans sa structuration intercommunale. Elle devra avoir son schĂ©ma dĂ©finitif au 1er janvier 2017, et se concentrera sur la problĂ©matique du logement et de la performance Ă©nergĂ©tique de lâhabitat.
En ce qui concerne Aix-Marseille-Provence, nous sommes devant un territoire qui présente un atout mais qui est trÚs morcelé. Les inégalités territoriales et sociales ne font que se creuser.
Le gouvernement a fait le choix de passer en force. Le SĂ©nat considĂšre que ce nâest pas la solution. Nous estimons que les orientations prises par le gouvernement sont les bonnes mais on ne parviendra pas Ă doter ce territoire de vrais moyens financiers sâil nây a pas, Ă terme, une seule intercommunalitĂ© qui fĂ©dĂšre les six existantes.
Compte tenu de lâopposition massive des maires au projet de loi initial, il convient dâouvrir un espace de concertation et une confĂ©rence des maires doit donc ĂȘtre constituĂ©e sans dĂ©lai.
Quant à Lyon, le dispositif est bien adapté au territoire.
Comment envisagez-vous le débat en séance publique, qui doit débuter le 30 mai ?
Le gouvernement nâentend pas accĂ©lĂ©rer le dĂ©bat. Lâexamen du projet de loi va donc se dĂ©rouler dans le cadre dâune navette parlementaire complĂšte entre les deux chambres. Le dĂ©bat va ĂȘtre long et intĂ©ressant. Pour lâaction publique, ce sont des Ă©chĂ©ances trĂšs importantes.








