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Agriculture

Nitrates : « Les projets de dĂ©cret et d’arrĂŞtĂ© du ministère vont Ă  l’encontre d’une politique de la qualitĂ© de l’eau », dĂ©plore Thierry Burlot

Publié le 23/08/2011 • Par Virginie Fauvel • dans : France

Pour répondre aux objectifs de la directive "nitrates" de 1991 pour la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d’origine agricole, les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture veulent publier, à la rentrée 2011, des projets de décret et d’arrêté contestés car susceptibles au final d’augmenter les fuites d’azote dans l’eau. Que penser de cette initiative sachant que plus de la moitié du territoire en France est déjà classé en zone vulnérable, avec une concentration de nitrates dans les eaux souterraines ou de surface dépassant 50 mg/l ? Thierry Burlot, vice-président au conseil régional de Bretagne, en charge de l’eau, de l’environnement et de la biodiversité, nous livre son analyse.

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Comment résumer le problème de la pollution de l’eau par les nitrates, pollution qui concerne plus de la moitié du territoire en France ?

La pollution de l’eau par les nitrates, c’est des excès d’azote dans l’eau. La Bretagne est la 1ère rĂ©gion touchĂ©e par ce phĂ©nomène liĂ© Ă  la question agricole. Le dĂ©veloppement de l’élevage hors sol et de l’agriculture intensive apportent des excĂ©dents de dĂ©jections et d’azote organique. Trop par rapport aux capacitĂ©s d’absorption des sols. Et, comme l’azote est soluble dans l’eau, on le retrouve sous forme de nitrates. Cette pollution est accentuĂ©e en Bretagne du fait d’une hydrologie bien spĂ©cifique : eaux superficielles et d’écoulements, lessivage important et capacitĂ© d’absorption limitĂ©e.
Bien sĂ»r, d’autres rĂ©gions en France sont touchĂ©es mais aucune ne concentre autant d’élevages. Donc la problĂ©matique est diffĂ©rente. C’est le cas notamment de la Beauce par exemple, avec de grandes plaines cĂ©rĂ©alières.  

Les projets de dĂ©crets et d’arrĂŞtĂ©s du ministère vous paraissent-ils logiques au regard de la politique de la qualitĂ© de l’eau ?

Non, bien sûr que non. Toutefois sur cette question des normes, il fait distinguer les 2 dispositions.
La 1ère vise la quantité d’azote produite par les vaches – 80 unités/vache à ce jour. Le texte prévoit d’élever cette quantité en tenant compte de la quantité de lait produite par vache et de la durée de pâturage par an. Ces nouvelles normes ont été sorties par des scientifiques et ne sont pas vraiment contestables sur le fonds. Elles visent à se mettre en adéquation avec ce qui se passe réellement et, en effet, plus une vache reste longtemps au champ, plus elle produit d’azote.
Mais c’est gĂŞnant car ça risque de favoriser la stabulation (le sĂ©jour d’une vache dans un enclos ou bâtiment, NDLR)  et donc la transformation des prairies en champ de blĂ© ou de maĂŻs. Ce qui est totalement contraire Ă  ce que l’on met en Ĺ“uvre aujourd’hui dans les bassins versants pour lutter contre les algues vertes. 

La 2ème disposition vise Ă  modifier le calcul de la surface totale d’épandage de l’exploitation. On voudrait que le calcul de la surface totale du plan d’épandage se fasse non plus sur la surface Ă©pandable mais sur la surface totale. Ce qui reviendrait Ă  augmenter la surface des terres Ă©pandables et donc les quantitĂ©s d’azote. Et ce, sous couvert du respect du bilan agronomique. Non ! la prioritĂ© doit rester la rĂ©duction des fuites d’azote.
Ces textes doivent être présentés à la rentrée 2011 et nous allons faire entendre notre désaccord.

Votre rĂ©gion a une expĂ©rience de plus de 20 ans dans la lutte contre les marĂ©es vertes. Quels conseils donner aux collectivitĂ©s concernĂ©es qui voudraient s’emparer du problème ? 

Le premier conseil, c’est : on ne règle pas cela tout seul. En Bretagne, les programmes d’action sont Ă©tablis en partenariat avec les collectivitĂ©s, les agriculteurs, les chambres consulaires, les associations et la sociĂ©tĂ© civile. Toute la force de la Bretagne, c’est d’être organisĂ©e par rapport aux bassins versants. Nous nous appuyons sur des schĂ©mas d’amĂ©nagement et de gestion des eaux (Sage) et des commissions locales de l’eau qui permettent de faire le lien entre les problĂ©matiques Ă©conomique, sociale, environnementale, et mĂŞme littorale.

Le 2ème conseil, c’est qu’il faut du temps, de l’écoute et une vraie volonté politique. Il n’y aura de développement de l’agriculture en Bretagne que si on règle cette question environnementale.

Dans ce dossier, la politique agricole commune (PAC) est souvent dĂ©signĂ©e comme responsable : elle subventionne ceux qui irriguent et produisent en grande quantitĂ© – en utilisant beaucoup d’intrants. Pensez-vous qu’une rĂ©orientation  des subventions europĂ©ennes  serait un prĂ©alable nĂ©cessaire ?

Tout Ă  fait. Il faut faire en sorte que la nouvelle PAC, Ă  compter de 2013, intègre mieux les enjeux environnementaux. En Bretagne, la PAC, c’est une enveloppe de 585 millions d’euros. C’est donc bien via cette politique que nous pouvons avoir les effets de leviers nĂ©cessaires au dĂ©veloppement pĂ©renne de notre agriculture.
Sur cette question, le Commissaire européen Dacian Ciolos a fait des propositions qui vont dans le bon sens.
Soyons tous attentifs aux futurs dĂ©bats au sein du Parlement europĂ©en. La Bretagne s’est dĂ©jĂ  mobilisĂ©e Ă  Bruxelles pour faire en sorte que la future PAC prenne en compte la dimension territoriale, la diversitĂ© de l’agriculture et aussi pour porter le message que cette PAC nouvelle est une politique sectorielle, mais aussi sociĂ©tale et environnementale. 

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