Un plan d’action gouvernemental pour les centres-villes des villes moyennes, un article du futur projet de loi Elan consacrĂ© Ă la revitalisation des centres-villes, un groupe de travail sĂ©natorial sur la revitalisation des centres-villes et des centres-bourgs… La crise que vivent un certain nombre de coeurs de villes est dĂ©sormais au centre des prĂ©occupations politiques et gouvernementales. Mais les solutions sont parcellaires, et surtout manquent des financements nouveaux, regrettent certains.
Un plan gouvernemental limité
AnnoncĂ© le 14 dĂ©cembre dernier, après un travail menĂ© avec les associations d’Ă©lus, le plan portĂ© par le ministère de la CohĂ©sion des territoires Action Coeur de ville, destinĂ© aux villes Ă rayonnement rĂ©gional, situĂ©es hors d’une mĂ©tropole, prĂ©voit la crĂ©ation d’un nouveau mĂ©canisme, l’opĂ©ration de revitalisation des territoires (ORT).
Elle rĂ©unira au sein d’un mĂŞme contrat, signĂ© par la commune, l’intercommunalitĂ©, l’Etat, les autres partenaires concernĂ©s, l’ensemble des dispositifs d’intervention liĂ©s Ă l’habitat, au dĂ©veloppement Ă©conomique et commercial, au patrimoine… Cinq milliards d’euros sur cinq ans sont annoncĂ©s, financĂ©s par la Caisse des dĂ©pĂ´ts et consignations, Action Logement, l’Anah, en subventions ou en prĂŞts, et une soixantaine de villes choisies chaque annĂ©e pour entrer dans le dispositif.
Mais, avec des financements qui existaient dĂ©jĂ recyclĂ©s dans le plan, un ciblage qui exclut de nombreuses villes, trop petites ou situĂ©es dans la proximitĂ© d’une mĂ©tropole, les critiques n’ont pas tardĂ© Ă fuser.
Pour Caroline Cayeux, la prĂ©sidente de Villes de France, qui a largement portĂ© le dossier depuis des mois, « ce plan permet de focaliser l’attention sur les pĂ´les de centralitĂ© et d’Ă©quilibre que constituent les villes moyennes, et d’autant plus lorsqu’elles ne sont pas dans la proximitĂ© d’une mĂ©tropole. Il est vrai que certains financements annoncĂ©s existaient dĂ©jĂ , mais l’important c’est la coordination de ces financements, et la Caisse des dĂ©pĂ´ts devient un acteur principal ».
La maire de Beauvais estime que « le plan est aussi un moyen d’alerter sur les effets potentiels des rĂ©formes de la carte judiciaire, ou des lignes de transports en commun, dans ces villes, alors mĂŞme qu’on est en train d’enclencher une nouvelle dynamique. »
Le projet de loi arrive
Le projet de loi pour l’Ă©volution du logement, de l’amĂ©nagement et du numĂ©rique (Elan), actuellement en cours d’examen au Conseil d’Etat, et qui sera prĂ©sentĂ© le 4 avril prochain, dĂ©taille dans son article 54 le dispositif de l’ORT. Il prĂ©voit ainsi que, dans les villes ayant conclu une ORT, l’examen des dĂ©cisions d’implantations commerciales pourra ĂŞtre suspendu par arrĂŞtĂ© du prĂ©fet pour une durĂ©e de trois ans, sur le territoire des communes signataires de l’opĂ©ration, dans certaines conditions. Une possibilitĂ© que rĂ©clamait notamment l’association Centres-villes en mouvement.
Au delĂ Â de cet article 54, rien n’est prĂ©vu en terme d’outil foncier, de mesures fiscales,…
RĂ©my Pointereau, sĂ©nateur (LR) et co-prĂ©sident du groupe de travail sĂ©natorial sur la revitalisation des centres-villes et des centres-bourgs, juge que « le plan d’action n’est pas forcĂ©ment Ă la mesure du problème : il ne prĂ©voit pas de crĂ©dits nouveaux, pas de mesure structurelle sĂ©rieuse sur la fiscalitĂ©, les implantations commerciales. Par ailleurs la localisation des opĂ©rations de revitalisation du territoire est dĂ©cidĂ©e par le gouvernement, ce qui constitue une forme de recentralisation. On aurait prĂ©fĂ©rĂ© un appel Ă projet avec une commission d’attribution ».
Ce sont en effet les prĂ©fets de rĂ©gion qui doivent dresser une liste de communes correspondant aux critères, et suffisamment impliquĂ©es sur le sujet. Cette liste remontera au ministère de la CohĂ©sion des territoires, mĂŞme si certaines associations d’Ă©lus, comme Villes de France, seront associĂ©es – une sĂ©ance est prĂ©vue le 26 mars pour dĂ©signer les premiers bĂ©nĂ©ficiaires du plan.
Une proposition de loi en vue
Le groupe de travail coprĂ©sidĂ© par RĂ©my Pointereau et Martial Bourquin (PS) mène des auditions jusqu’Ă fin mars, et devrait dĂ©poser une proposition de loi dĂ©but avril. « Nous voulons proposer un pacte pour la revitalisation plus ambitieux, qui concernerait l’ensemble des communes. Il faut accompagner la modernisation du commerce de proximitĂ© en aidant au passage au numĂ©rique, refonder le dispositif de rĂ©gulation commerciale, avec des règles d’implantation plus strictes, permettre de construire des stratĂ©gies de dĂ©veloppement Ă©conomique et commercial au travers des SCOT et PlU-I, qui seraient plus prescriptifs qu’aujourd’hui », rĂ©sume-t-il.
Le volet fiscalité sera aussi abordĂ©, avec une rĂ©flexion sur une fiscalitĂ© nouvelle sur les surfaces en pĂ©riphĂ©rie, pour financer les opĂ©rations en centre-ville, ou l’instauration de zones franches en pĂ©riphĂ©rie. « Il faut se donner des moyens financiers Ă travers la fiscalitĂ© », rĂ©sume le sĂ©nateur.
Une première liste d’une cinquantaine de communes bĂ©nĂ©ficiaires du plan Action Coeur de ville devrait donc ĂŞtre connue dĂ©but avril. Elles pourront commencer Ă Â travailler, mĂŞme si le dispositif des ORT ne sera disponible qu’une fois le projet de loi Elan votĂ©, au mieux fin juillet, voire cet automne.
Les maires dans l’attente
L’Association des maires de France a organisĂ© une journĂ©e nationale le 6 mars sur la requalification des centres-villes et centres-bourgs. Pierre Jarlier, maire de Saint-Flour, qui coprĂ©sidait la rencontre, rĂ©sume les attentes exprimĂ©es par les maires : « Les Ă©lus ont insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de ramener de la mixitĂ© sociale en centre-ville. La maitrise foncière en centre ancien pose aussi problème, c’est très lourd financièrement, cela prend du temps. Les surfaces commerciales sont inadaptĂ©es aux besoins actuels des commerçants. Il faut des politiques incitatives facilitant l’acquisition du foncier. Le dispositif d’investissement locatif Malraux doit aussi ĂŞtre revu ».
La question de l’implication des Ă©lus dans l’Ă©volution du commerce de pĂ©riphĂ©rie a Ă©galement Ă©tĂ© abordĂ©e, ainsi que celle de la fiscalitĂ© des locaux commerciaux, avec une rĂ©vision des valeurs locatives qui s’est faite au dĂ©triment des commerces de proximitĂ©.
« Le plan gouvernemental est une rĂ©elle avancĂ©e, il va permettre une approche transversale des difficultĂ©s des centres-villes, reste Ă voir les moyens mis en place compte tenu de l’enjeu considĂ©rable, qui mĂ©rite un vĂ©ritable Plan Marshall ».
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