Que retenez-vous de lâentretien de Nicolas Sarkozy publiĂ© le 2 mars dans la revue « Architecture dâaujourdâhui » ?
Le PrĂ©sident de la RĂ©publique traite bien Ă©videmment dâarchitecture et dâurbanisme dans lâespace du Grand Paris, mais aussi, et jâaurais envie dâajouter, surtout, de gouvernance institutionnelle. Alors que le 29 avril 2009, Ă la CitĂ© de lâarchitecture et du patrimoine, Nicolas Sarkozy avait en une phrase – la derniĂšre de son discours – douchĂ© les partisans dâune Ă©volution forte et renvoyĂ© Ă ses successeurs le soin de traiter du sujet, il relance aujourdâhui le dĂ©bat sur la gouvernance. Il Ă©tait temps.
Comment expliquez-vous ce blocage ?
Depuis prĂšs dâun an, la droite et la gauche se regardaient en chiens de faĂŻence. Le syndicat Paris MĂ©tropole avait bien Ă©tĂ© portĂ© sur les fonds baptismaux, mais les Ă©lus de la majoritĂ©, dans leur plus grande partie, avaient choisi dâattendre. Nous venons par ailleurs de vivre au Parlement une chose bien Ă©trange. Lors du vote du texte sur les collectivitĂ©s locales, nous avons parlĂ© de tout sauf de lâIle-de-France et du Grand Paris, qui nâĂ©taient pas Ă lâordre du jour. Tout un aprĂšs-midi durant, au SĂ©nat, nous avons dĂ©battu du statut des futures mĂ©tropoles qui nâexisteront quâen province. Rien sur notre ville-monde ! Rien sur le Grand Paris ! Combien de temps encore cela pouvait-il durer, sans que nous tombions dĂ©finitivement dans le ridicule ?
Mais en quoi Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup oscillé sur les institutions, relance-t-il le débat ?
Le PrĂ©sident de la RĂ©publique bouscule le conformisme ambiant. Il choisit de forcer le cours des choses. Pour cela, il consacre le syndicat Paris MĂ©tropole comme prĂ©curseur possible dâune future assemblĂ©e territoriale du Grand Paris. Nicolas Sarkozy invite ainsi, sans ambages, les Ă©lus de la majoritĂ© Ă franchir le Rubicon. Il va plus loin encore pour lâavenir en faisant explicitement rĂ©fĂ©rence au Grand Londres ou Ă New York, et en appelant, sous 10 ans, Ă une rĂ©volution des institutions. Sous cette impulsion nouvelle, gageons quâaprĂšs les rĂ©gionales, les lignes vont bouger. Je ne peux que mâen rĂ©jouir, mais jusquâoĂč irons- nous ?
Le chef de lâEtat ne passe-t-il pas Ă la trappe la question sociale ?
Au contraire ! Nicolas Sarkozy cherche manifestement Ă faire taire les critiques sur la vision trop rĂ©ductrice du bien mal intitulĂ© projet de loi sur le Grand Paris. Il rĂ©affirme que lâintĂ©gration des banlieues Ă notre mĂ©tropole est un enjeu majeur qui passera nĂ©cessairement par une redistribution des richesses.
Quelles doivent ĂȘtre les prioritĂ©s Ă cet Ă©gard ?
Câest avant lâĂ©tĂ© prochain quâil faut rĂ©inventer un mĂ©canisme de solidaritĂ© financiĂšre entre communes, qui viendra se substituer au Fonds de solidaritĂ© de la rĂ©gion Ile-de-France (FSRIF), vidĂ© de sa substance par la rĂ©forme de la taxe professionnelle. Les difficultĂ©s rĂ©elles que connaissent les dĂ©partements, dans leur quasi-totalitĂ©, pour financer les politiques sociales appellent Ă©galement une nouvelle approche, plus globale de la rĂ©partition des compĂ©tences et des richesses. Enfin, si nous voulons atteindre lâobjectif de 70 000 nouveaux logements par an en Ile-de-France et principalement dans la zone dense, il y a urgence Ă revoir la gouvernance, aussi bien que les moyens de cette politique. Tout nous pousse donc Ă repenser notre modĂšle institutionnel, y compris, et peut-ĂȘtre avant tout, la pĂ©riode de difficultĂ©s accrues, aussi bien pour les finances de lâEtat que pour celles des collectivitĂ©s locales.
Pourquoi, dans ces conditions, attendre encore 10 ans ?
Comment, dans ces conditions, attendre 10 ans ? Quel rĂŽle, dans cette pĂ©riode intermĂ©diaire, pour le syndicat Paris MĂ©tropole et pour lâAtelier international du Grand Paris dont le conseil dâadministration est composĂ© de reprĂ©sentants du Gouvernement et dâĂ©lus et dont le conseil scientifique intĂšgre des reprĂ©sentants des dix Ă©quipes dâarchitectes ? Qui dĂ©cidera ? Qui paiera ? Les mĂȘmes questions de gouvernance reviennent sans cesseâŠ
Un consensus sur le Grand Paris paraĂźt bien difficile si on en juge par les rĂ©actions Ă cette interview âŠ
La pĂ©riode prĂ©-Ă©lectorale que nous vivons nâĂ©tait certainement pas propice Ă ce que les uns et les autres fassent les concessions nĂ©cessaires pour avancer sur un sujet aussi dĂ©licat. Les communiquĂ©s du prĂ©sident de la rĂ©gion et du maire de Paris tĂ©moignent assez de cette difficultĂ© de calendrier, câest vrai. Mais dĂšs le 22 mars au matin, lendemain du second tour des rĂ©gionales, il faut, droite et gauche, que nous avancions sur ces sujets et je forme des vĆux pour que chacun mesure la responsabilitĂ© qui est collectivement la nĂŽtre.
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