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Données publiques

Rapport Gorce sur l’open data et la vie privĂ©e : des hypothĂšses anxiogĂšnes peu convaincantes

PubliĂ© le 16/04/2014 ‱ Par Sabine Blanc ‱ dans : France

opendata
Maksim Kabakou - Fotolia.com
Les sĂ©nateurs GaĂ«tan Gorce et François Pillet ont prĂ©sentĂ© mercredi 16 avril 2014 les conclusions de leur rapport sur l’open data et la protection de la vie privĂ©e. Ils avancent vingt propositions dont certaines pourraient aboutir Ă  davantage de frilositĂ©. L’ampleur des risques, point de dĂ©part de ce travail, reste floue.

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Paradoxalement la remise du rapport sĂ©natorial sur l’open data et la protection de la vie privĂ©e a dĂ©butĂ© par un vieux rĂ©flexe Ă  l’encontre de l’esprit de la gouvernance ouverte : le rapport Ă©tait proposĂ© en accĂšs restreint dĂšs ce mercredi pour les journalistes, « pour donner des Ă©lĂ©ments nourrissant les articles », en attendant une mise Ă  disposition pour tout le monde vendredi 18 avril. Peine perdue, le voici.

La prĂ©sentation du rapport a aussi commencĂ© par des propos rassurants du sĂ©nateur GaĂ«tan Gorce (PS, NiĂšvre), co-auteur, adressĂ©s Ă  ceux qui craignent que ce travail ne viennent freiner l’ouverture des donnĂ©es publiques : « Nous n’avons pas travaillĂ© dans cet Ă©tat d’esprit », a-t-il promis. Des termes rĂ©itĂ©rĂ©s par son co-auteur, François Pillet (UMP, Cher). Au contraire, il s’agirait de rassurer pour mieux libĂ©rer

« Menaces considĂ©rables » – Il faut dire que GaĂ«tan Gorce n’a pas la rĂ©putation d’ĂȘtre un ami de l’open data. Aux origines de ce travail, il y a en effet un billet alarmiste du sĂ©nateur taclant « l’ingĂ©nuitĂ© numĂ©rique » et appelant Ă  « stopper les dĂ©veloppements de l’Open-Data tant qu’un cadre juridique respectueux de la vie privĂ©e n’aura pas Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© », arguant des « menaces considĂ©rables que [ce projet] reprĂ©sente dĂ©jĂ  pour le respect de la vie privĂ©e.[…] Certes, aucune information « personnelle » dĂ©tenue par les administrations ne sera en principe directement accessible : sauf que, par recoupement des donnĂ©es brutes fournies par les tribunaux, les services d’Ă©tat-civil ou ceux du cadastre, voire avec celles (le Big-Data) dont des entreprises sont dĂ©jĂ  en possession (comme Google ou Facebook), on pourra trĂšs facilement reconstituer le profil de chacun d’entre nous. C’est mĂȘme la perspective d’un fichage gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  des fins privĂ©es qui rĂ©apparaĂźt ainsi subrepticement », s’insurgeait le sĂ©nateur.

Cette position avait provoquĂ© une bronca des acteurs de l’ouverture des donnĂ©es, agents de l’Etat et sociĂ©tĂ© civile, et pour cause : le cadre lĂ©gal, protecteur, existe dĂ©jĂ , et s’articule autour de deux grands textes fondateurs datant de 1978, la loi Cada pour la partie accĂšs aux donnĂ©es, et la loi Informatique et libertĂ©s pour la protection de la vie privĂ©e. C’est ce qu’indique d’ailleurs le rapport, Ă  rebours des discours alarmistes de naguĂšre : « Le cadre juridique de l’open data est relativement protecteur. Les premières données diffusées à ce stade ne paraissent pas, à de rares exceptions, présenter de danger pour la vie privée de nos concitoyens. »

La recommandation numĂ©ro 1 dĂ©bute d’ailleurs par un rappel Ă  la loi et Ă  la politique d’open data impulsĂ©e par le gouvernement Fillon et poursuivie depuis :

Poser le principe que l’administration est tenue de mettre en ligne progressivement, en les anonymisant si nécessaire, toutes les bases de données qu’elle détient et qui seraient susceptibles d’être communiquées à un citoyen s’il en fait la demande ou qui font l’objet d’une diffusion publique sur un autre support.

« Coûts déraisonnables de gestion » – Les rapporteurs sont particuliĂšrement inquiets des possibilitĂ©s de rĂ©identification des citoyens, en particulier par recoupement. Dans ce sens, ils prĂ©conisent des mesures qui contiennent, en germe, des arguments pour ceux qui sont hostiles Ă  l’open data ou qui ont simplement d’autres prioritĂ©s. La deuxiĂšme partie de la premiĂšre recommandation pose ainsi une limite :

L’administration ne pourrait s’y opposer qu’en raison des coûts déraisonnables de gestion que cette mise en ligne imposerait (notamment les coûts d’anonymisation éventuelle), ou du risque avéré, qu’en dépit des précautions prises, des informations personnelles puissent être ré-identifiées.

Alors que le rapport plaide pour une clarification du cadre, il introduit lui-mĂȘme du flou : qu’entend-on par « raisonnable » ? Quid des inĂ©galitĂ©s territoriales ? Il renvoie aux acteurs privĂ©es et aux citoyens le financement de l’anonymisation dans la proposition 19, Ă  rebours du mouvement de suppression des redevance suite au rapport Trojette :

Garantir le financement par l’État des mesures d’anonymisation des données personnelles contenues dans des jeux de données publiques. Ne pas renoncer par principe au prélèvement d’une redevance en présence de coûts d’anonymisation élevés. Encourager le financement coopératif de l’anonymisation.

De mĂȘme, la recommandation 4 demande Ă  ĂȘtre prĂ©cisĂ©e :

Le cas échéant, examiner l’opportunité d’étendre les cas, définis par la loi, dans lesquels, compte tenu de l’intérêt général qui s’y attache, des jeux de données incluant des données personnelles peuvent, par exception, être diffusés en ligne et ouverts aux réutilisations.

Redite – Les propositions 7 et 8 relĂšvent encore de la redite, mĂȘme si l’application en serait sans doute difficile, comme dans le cas des bases de donnĂ©es de santĂ© auxquels certains organismes ont dĂ©jĂ  accĂšs :

En cas de risque avéré sur les données personnelles, impossible à éliminer par des procédés d’anonymisation, refuser l’ouverture des données ou, si le bénéfice social attendu de cette ouverture est jugé trop important, procéder à une ouverture restreinte de cette base. Concevoir à cette fin un continuum de solutions d’accès aux données, allant de l’open data, jusqu’aux modes d’accès les plus sélectifs.

Mesure non chiffrĂ©e – Les quatre propositions pour « renforcer l’assistance aux acteurs de l’open data » relĂšvent du bon sens. Elles sont dĂ©jĂ  aussi mis en oeuvre d’une certaine façon. Ainsi la « structure dédiée à la protection des données à caractère personnel et chargée d’assister les administrations », dont la crĂ©ation est demandĂ©e, existe dĂ©jĂ  : c’est la Cnil, Ă  la diffĂ©rence prĂšs qu’elle n’est pas rattachĂ©e Ă  Etalab, et dont GaĂ«tan Gorce est d’ailleurs membre. Elle vient de publier les rĂ©sultats d’une consultation sur le sujet, y compris sur Data.gouv. Par ailleurs, les sĂ©nateurs n’ont pas chiffrĂ© le coĂ»t de ces mesures.

Certaines prĂ©conisations semblent par ailleurs traduire une mĂ©connaissance du sujet de travail. « Nous ne sommes pas de grands techniciens », a prĂ©cisĂ© M. Pillet. Mais nul besoin de possĂ©der un diplĂŽme d’ingĂ©nieur en informatique pour comprendre que, Ă  l’heure du web, cette proposition est techniquement inapplicable :

Prévoir que l’administration définisse une stratégie de rapatriement ou de suppression des jeux de données compromis, afin de remédier rapidement à la diffusion accidentelle d’informations personnelles.

Une fois qu’un jeu de donnĂ©es est mis en ligne en open data, il est tĂ©lĂ©chargeable par n’importe qui sur son ordinateur, duplicable, rediffusable. Wikileaks ou l’affaire Snowden sont lĂ  pour montrer que mĂȘme les organismes les plus puissants sont dĂ©munis une fois une information diffusĂ©e sur la toile.

RelativitĂ© culturelle – Autre dimension qui aurait mĂ©ritĂ©e davantage d’examen,  celle de la relativitĂ© culturelle de la notion de donnĂ©es personnelles : en France, on ne peut pas connaĂźtre le montant des impĂŽts des individus, et l’INSEE avait Ă©tĂ© prise en faute Ă  ce sujet. Mais en NorvĂšge, ce chiffre est public. Et comme l’a rappelĂ© Alexandre LĂ©chenet, datajournaliste au Monde, “est-ce que les donnĂ©es nominatives des mĂ©decins sont des donnĂ©es personnelles ?”, faisant allusion Ă  l’affaire FourmisantĂ©. Les sĂ©nateurs ont expliquĂ© s’en ĂȘtre tenu Ă  la dĂ©finition lĂ©gale actuelle.

La portĂ©e de ces propositions semble d’autant plus limitĂ©e que les deux exemples mis en exergue concernant les problĂšmes liĂ©s Ă  l’anonymisation semblent, d’une part Ă©loignĂ©es des « grandes menaces », d’autres part, ne relĂšvent pas de donnĂ©es publiques mais de bases de donnĂ©es d’utilisateurs mises Ă  disposition par des opĂ©rateurs privĂ©es, en l’occurence AOL et Netflix.

« Une minorité des données détenues par les collectivités territoriales » – On peut de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale dĂ©plorer que le rapport ne propose pas davantage d’informations s’agissant de la part des bases de donnĂ©es dĂ©jĂ  mises en open data et contenant des donnĂ©es personnelles anonymisĂ©es. Les deux sĂ©nateurs ne se sont pas attelĂ©s Ă  cette recension, mĂȘme sur un Ă©chantillon de portails. Les propos assez laconiques de M. Pillet sur twitter relativisent d’ailleurs l’ampleur des donnĂ©es concernĂ©es :

Quoiqu’il en soit, les deux sĂ©nateurs ne sont pas convaincus par la politique d’opendata. « On ne sait pas trop pourquoi le gouvernement a engagĂ© le processus », entre bĂ©nĂ©fices pour la dĂ©mocratie et l’économie, a indiquĂ© GaĂ«tan Gorce, Ă©voquant l’absence de stratĂ©gie, malgrĂ© pourtant la feuille de route, publique, du gouvernement.

En parallĂšle, une mission commune d’information du SĂ©nat se penche sur l’ouverture des donnĂ©es publiques, avec des a priori plus favorables puisque sa rapporteuse, Corinne Bouchoux (EELV, Maine-et-Loire), siĂšge Ă  la Cada. InterrogĂ© sur les suites lĂ©gislatives, GaĂ«tan Gorce a rĂ©pondu qu’elles dĂ©pendraient des conclusions de cette MCI, attendues au mois de juin.

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Commentaires

Rapport Gorce sur l’open data et la vie privĂ©e : des hypothĂšses anxiogĂšnes peu convaincantes

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fabien

28/04/2014 10h57

Quand on voit Facebook, Google et Apple combien ils sont prĂȘts Ă  dĂ©penser pour rĂ©cupĂ©rer de la data c’est vraiment l’avenir. ça sera Ă  qui aura le plus de donnĂ©es.
merci pour l’article vraiment sympa.

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