Les Sages ont Ă©cartĂ© quatre questions prioritaires de constitutionnalitĂ© (QPC) prĂ©sentĂ©es par les dĂ©partements de la Seine-Saint-Denis, de la Somme, de l’HĂ©rault et des CĂ´tes-d’Armor, concernant le financement de quatre allocations : RMI, RSA, APA (allocation personnalisĂ©e d’autonomie) et PCH (prestation de compensation handicap).
Simple obligation de maintien des ressources – « Le Conseil a estimĂ© que les questions qu’on lui soumettait n’Ă©taient pas de nature constitutionnelle », a-t-on expliquĂ© au Conseil. Il s’est appuyĂ©, a-t-on ajoutĂ©, sur sa jurisprudence constante concernant la libre administration des collectivitĂ©s territoriales.
L’article 72-2 de la Constitution, dont les dispositions Ă©taient bafouĂ©es selon les requĂ©rants, « n’impose pas, au fil du temps, une compensation glissante et permanente des charges transfĂ©rĂ©es, il appartient seulement Ă l’Etat de maintenir le niveau des ressources transfĂ©rĂ©es », selon un communiquĂ© des Sages.
« Le Conseil constitutionnel a rappelĂ© qu’il avait dĂ©jĂ jugĂ© conformes Ă la Constitution les dispositions contestĂ©es des lois de 2003 relatives au RMI et au RMA (un dispositif abrogĂ© depuis, ndlr). Ces lois ont assurĂ© le transfert de ressources Ă©quivalentes Ă celles qui Ă©taient consacrĂ©es Ă l’exercice par l’État de ces compĂ©tences », ajoute le communiquĂ©. « En l’absence de changement des circonstances, le Conseil n’a pas rĂ©examinĂ© ces dispositions ».
« En ce qui concerne la loi de 2005 qui est venue complĂ©ter le financement des compĂ©tences dĂ©partementales en matière de RMI et RMA, le Conseil constitutionnel a par ailleurs jugĂ© que cette loi, compte tenu de l’Ă©volution des dĂ©penses mises Ă la charge des dĂ©partements, n’a pas eu pour effet d’entraver leur libre administration ».
Pour le Revenu de solidaritĂ© active (RSA), indique encore le communiquĂ©, « la part correspondant Ă l’allocation de parents isolĂ©s a Ă©galement Ă©tĂ© accompagnĂ©e, lors du transfert de l’Etat aux collectivitĂ©s locales, des ressources que lui consacrait l’État. Le Conseil a jugĂ© que les dispositions lĂ©gislatives contestĂ©es n’ont pas davantage eu pour effet de dĂ©naturer la libre administration des dĂ©partements ».
ConformitĂ© sous rĂ©serves pour l’APA et la PCH – En revanche, le Conseil constitutionnel a retenu une conformitĂ© sous rĂ©serves des dispositions lĂ©gislatives relatives au financement de l’allocation personnalisĂ©e d’autonomie (APA) et de la prestation de compensation du handicap (PCH).
Ainsi, le juge émet l’hypothèse où les systèmes permettant le financement de l’APA et de la PCH, « compte-tenu de l’évolution des ressources financières des départements » pourrait conduire à une entrave de leur libre administration, et donc à une inconstitutionnalité.
Si la situation se rĂ©alisait, le juge propose d’imposer au pouvoir rĂ©glementaire d’ajuster le taux de charges nettes par rapport au potentiel fiscal assurant que chaque dĂ©partement peut bĂ©nĂ©ficier d’un concours qui permet que ne soit pas entravĂ©e sa libre administration.
Aussi, si le taux de charges nettes, fixĂ© actuellement Ă 30 % du potentiel fiscal, s’avĂ©rait trop Ă©levĂ©, ce taux devrait ĂŞtre rĂ©duit. Il projette Ă©galement de demander au lĂ©gislateur le soin de prendre les mesures correctrices appropriĂ©es si l’augmentation des charges nettes faisait obstacle Ă la rĂ©alisation de cette garantie de ressources.
Dans ce cas, si les ressources financières prĂ©vues par le lĂ©gislateur s’avĂ©raient insuffisantes pour financer ces deux mĂ©canismes de garantie, les pouvoirs publics devraient modifier les modalitĂ©s de financement du concours pour en permettre l’augmentation.
« Décision politique » et « injuste »
Le prĂ©sident du conseil gĂ©nĂ©ral de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone (PS), a vu une « dĂ©cision politique » dans le rejet par le Conseil constitutionnel des QPC. « Je prends acte de cette dĂ©libĂ©ration, tout en dĂ©plorant la dimension politique – pour ne pas dire partisane – de la dĂ©cision du Conseil constitutionnel », Ă©crit M. Bartolone dans un communiquĂ©.
Pour M. Bartolone, le tribunal administratif de Montreuil et le Conseil d’Etat avaient Ă©tabli « le caractère possiblement inconstitutionnel de l’attitude de l’Etat vis-Ă -vis des dĂ©partements ». « En adoptant cette posture aujourd’hui, le Conseil constitutionnel a voulu faire gagner la droite », ajoute-t-il.
« En d’autres termes, la justice administrative a donnĂ© raison Ă la Seine-Saint-Denis; les juges nommĂ©s par le pouvoir politique lui donnent tort aujourd’hui », poursuit l’Ă©lu socialiste, qui appelle Ă une rĂ©forme de la justice constitutionnelle « Ă la faveur des prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles ».
Le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e des dĂ©partements de France (ADF), Claudy Lebreton (PS), a qualifiĂ© de « totale injustice » la dĂ©cision du Conseil constitutionnel. « Je dĂ©nonce avec vigueur cette dĂ©cision d’une totale injustice », a dit M. Lebreton. « Nous n’allons pas en rester lĂ , loin s’en faut », a prĂ©venu M. Lebreton, en annonçant qu’il rĂ©unirait un bureau de l’ADF le 12 juillet.
« Je regarde du cĂ´tĂ© de la Cour europĂ©enne de justice, m’interrogeant sur le respect par la France de la Charte de l’autonomie locale qu’elle a ratifiĂ©e », a-t-il ajoutĂ©.
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