« Il n’y a pas la mĂŞme casse partout, mais tous les maires ont un fort sentiment d’exaspĂ©ration. » Pour François Rebsamen, maire socialiste de Dijon et prĂ©sident de Dijon MĂ©tropole, l’ardoise des dĂ©gradations et celle du manque Ă gagner nĂ©cessitent des rĂ©ponses prĂ©cises de l’État. Ce n’est plus seulement qui va payer, mais aussi, qui va compenser, aider et allĂ©ger les charges ?
Ordre public, activitĂ© Ă©conomique et dĂ©penses exceptionnelles des collectivitĂ©s… Le menu Ă©tait sans doute trop riche pour le ministre de l’Économie, qui a dĂ©calĂ© Ă deux semaines les rĂ©ponses que les maires de grandes villes et prĂ©sidents de mĂ©tropoles attendaient pourtant ce mercredi 13 fĂ©vrier.
Une rĂ©union d’urgence
Dimanche 10 fĂ©vrier, face aux « millions d’euros » de « prĂ©judices subis par les habitants et les commerçants des grandes villes et des agglomĂ©rations (…) pris en otage par des casseurs », les Ă©lus de France urbaine ont rĂ©clamĂ© au Premier Ministre une rĂ©union d’urgence.
Mercredi matin, durant une heure trente, les patrons des grandes collectivitĂ©s – parmi lesquels, notamment, Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et prĂ©sident de France urbaine ; Alain JuppĂ© maire de Bordeaux ; François Baroin, maire de Troyes et prĂ©sident de l’Association des maires de France (AMF) ; Martine Aubry, maire de Lille ; François Rebsamen ; Alain Robert, maire de Rouen ; AndrĂ© Rossinot, prĂ©sident du Grand Nancy ; Emmanuel GrĂ©goire, premier adjoint au maire de Paris ; ou encore Philippe Saurel, prĂ©sident de Montpellier MĂ©diterranĂ©e mĂ©tropole – ont Ă©tĂ© reçus par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, secrĂ©taire d’état Ă ses cĂ´tĂ©s, et Laurent Nunez, secrĂ©taire d’État auprès du ministre de l’IntĂ©rieur.
Une comprĂ©hension dans l’Ă©coute
« Ils ont reconnu la nĂ©cessitĂ© d’agir, avoue Olivier Landel, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de France urbaine. Nous avons senti qu’ils avaient dĂ©jĂ cette image forte de dĂ©gradations dans les collectivitĂ©s, mais qu’ils n’en imaginaient pas l’ampleur avant que chaque maire n’expose sa situation. »
« Nous avons eu une comprĂ©hension dans l’écoute, on ne va pas le nier, mais nous n’avons obtenu aucune rĂ©ponse aux questions que nous avons posĂ©es, complète François Rebsamen. Alors que nous assistons Ă une guĂ©rilla urbaine. » Car face aux dĂ©gradations commises sur le mobilier urbain, les chantiers endommagĂ©s, les heures supplĂ©mentaires des policiers municipaux, les agents contraints de dĂ©monter en amont puis de rĂ©installer le mobilier les samedis et dimanches ou encore des agents d’entretien devant Ă©galement intervenir le week-end, les maires font aussi le compte du manque Ă gagner. « Ă€ Dijon, aucun bus et tramway ne circule entre 13 et 20 h, les parkings du centre-ville sont vides », dĂ©taille le maire, qui a aussi exonĂ©rĂ© les commerçants de leur droit de terrasse, depuis quatre mois « pour un montant de 300 000€. »
Sortir les dépenses du périmètre de la contractualisation
« Des commerces sont Ă l’agonie, nous ne pouvons pas rester sans rien faire et les abandonner. Le problème est national, il appelle donc une solidaritĂ© nationale et des mesures d’urgence », insiste Jean-Luc Moudenc, qui assure avoir « relayĂ© l’incomprĂ©hension de nos concitoyens » sur la question du maintien de l’ordre et des dĂ©rives se poursuivant samedi après samedi.
À Bruno Le Maire, les élus ont réclamé : un renforcement du maintien de l’ordre ; la prise en charge, totale ou partielle, des coûts supportés par les collectivités ; une exonération, et pas un simple étalement des charges sociales et des impôts incombant aux commerçants affectés.
Ils ont aussi demandé que les dépenses de fonctionnement supplémentaires engagées par les collectivités soient retirées du périmètre de la contractualisation.
Ils veulent aussi ĂŞtre informĂ©s des mesures qui sont prises en faveur des commerçants « car les maires sont leurs premiers interlocuteurs alors qu’ils ne sont pas toujours au courant », dĂ©plore Olivier Landel.
En référer au Premier ministre
Pour l’ensemble des Ă©lus prĂ©sents, Bruno Le Maire a pris note « mais il a chaque fois rĂ©pondu qu’il devait en rĂ©fĂ©rer au Premier Ministre », commente François Rebsamen qui, mĂŞme sans rĂ©ponse franche sur le sujet de la contractualisation, a pris « comme un engagement de sa part de plaider notre cause et il n’est mĂŞme pas envisageable pour moi que ces charges ne soient pas dĂ©comptĂ©es. »
Le plus gros reste maintenant Ă faire. Un groupe de travail doit se mettre en place très rapidement, associant le gouvernement et les Ă©lus, afin d’aboutir Ă un plan d’action d’ici deux semaines. « Il est nĂ©cessaire que se mette en place une vraie coopĂ©ration entre l’Etat et les villes touchĂ©es », affirme le prĂ©sident de France urbaine qui estime Ă 30 millions d’euros l’impact sur les contribuables locaux.
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