Les discussions en sĂ©ance publique sur le projet de loi de confiance dans la vie politique ont Ă©tĂ© longues Ă l’AssemblĂ©e nationale. Très longues. Toute la semaine dernière, les sĂ©ances finissaient au beau milieu de la nuit. Tout ça pour rien ? En tout cas, les textes finalement votĂ©s dans la nuit de vendredi 28 juillet par les dĂ©putĂ©s ressemblent fortement aux textes sortis des bureaux de la commission des lois, elle qui avait rĂ©tabli la rĂ©daction initiale des projets de loi, supprimant ainsi nombre de modifications apportĂ©es par les sĂ©nateurs.
- Le papier sur les textes votés par la commission des lois : Confiance dans l’action publique : retour à la case départ
Les textes arrivent désormais en commission mixte paritaire (CMP), durant laquelle sept députés et sept sénateurs tenteront de trouver un compromis concernant les dispositions qui ne font pas consensus. Cette réunion aura lieu demain (mardi 1er août).
Si un accord devait ĂŞtre trouvĂ© en CMP, les deux textes devraient ĂŞtre adoptĂ©s dĂ©finitivement dans la foulĂ©e par les deux chambres du parlement. Mais un accord semble difficile. Philippe Bas (PS), prĂ©sident de la commission des lois du SĂ©nat, et rapporteur des textes, expliquait ainsi, dans un entretien Ă Contexte le 26 juillet dernier, qu’un accord en CMP Ă©tait possible, à condition que la rĂ©serve parlementaire soit conservĂ©e. Un prĂ©requis qui ne colle pas avec la volontĂ© de la majoritĂ© de l’AssemblĂ©e nationale.
En cas de dĂ©saccord, les deux projets de loi devront Ă nouveau ĂŞtre Ă©tudiĂ©s, tour Ă tour, par le SĂ©nat et l’AssemblĂ©e nationale. Reste Ă savoir si ces nouvelles lectures auraient lieu dans la prĂ©cipitation d’ici la fin de semaine et la fin de la session parlementaire, ou si elles se dĂ©rouleraient au mois d’octobre.
On fait le point sur le sort qui a été réservé aux mesures qui concernent les collectivités.
Suppression de la réserve parlementaire
Tout comme les membres de la commission des lois de l’AssemblĂ©e nationale, les dĂ©putĂ©s ont votĂ©, en sĂ©ance publique, la suppression de la rĂ©serve parlementaire. La justification première de cette mesure est la fin des « dĂ©rives clientĂ©listes ». Mais sa suppression est loin de faire l’unanimitĂ©. Car cette enveloppe d’environ 140 millions d’euros est, pour beaucoup de parlementaires, indispensable aux petites communes. Beaucoup d’entre eux estiment Ă©galement que cette suppression peut aboutir Ă des dĂ©putĂ©s hors sol, loin des prĂ©occupations de leur circonscription.
Dans sa version actuelle, le texte prĂ©voit l’extinction de la rĂ©serve parlementaire d’ici fin 2024. Pour l’instant, aucune compensation n’a Ă©tĂ© mise en place. La question de la mise en place d’un fonds de compensation sera abordĂ©e dans le cadre de la discussion sur le projet de loi de finances pour 2018.
A noter que l’AssemblĂ©e nationale a Ă©galement supprimĂ© la rĂ©serve ministĂ©rielle.
Retour de la peine complĂ©mentaire obligatoire d’inĂ©ligibilitĂ©
La commission des lois de l’AssemblĂ©e nationale avait mis en place l’inĂ©ligibilitĂ© de toute personne qui n’Ă©tait pas en mesure de prĂ©senter un bulletin n°2 (B2) de son casier judiciaire dĂ©pourvue d’un certain nombre d’infractions. En sĂ©ance publique, les dĂ©putĂ©s ont dĂ©cidĂ© de revenir Ă la version prĂ©cĂ©dente du texte, qui met en place, pour les mĂŞmes infractions, une peine complĂ©mentaire et systĂ©matique d’inĂ©ligibilitĂ©.
La raison de ce retour en arrière – et ce, alors que l’exigence d’un casier judiciaire vierge pour pouvoir se prĂ©senter Ă une Ă©lection Ă©tait une promesse de campagne d’Emmanuel Macron – est simple : une telle disposition prĂ©senterait un risque Ă©levĂ© d’inconstitutionnalitĂ©. En effet, certains estiment que cela reviendrait Ă instaurer une peine automatique contrevenant au principe de proportionnalitĂ© de toute condamnation, ajoutĂ© au fait que cette sanction judiciaire ne serait pas prononcĂ©e par un juge.
Les infractions entraĂ®nant une peine complĂ©mentaire d’inĂ©ligibilitĂ©, dĂ©finies par ce texte, sont :
- les crimes
- l’exhibition et les agressions sexuelles
- le harcèlement sexuel ou moral
- les discriminations
- les manquements au devoir de probitĂ© pour les fonctionnaires : concussion, corruption, trafic d’influence, prise illĂ©gale d’intĂ©rĂŞts, atteintes Ă la libertĂ© d’accès et Ă l’Ă©galitĂ© des candidats dans les marchĂ©s publics et les dĂ©lĂ©gations de service public, dĂ©tournement de biens, entraves Ă l’action de justice
- faux et usage de faux en écriture publique
- certaines fraudes électorales
- certaines fraudes fiscales
- atteintes à la transparence des marchés financiers
- injures ou diffamations publiques
- provocation Ă la haine raciale, sexiste ou Ă raison de l’orientation sexuelle.
Cette peine complĂ©mentaire d’inĂ©ligibilitĂ© sera donc automatique. C’est-Ă -dire qu’en cas de commission de l’une de ces infractions, la personne se verra appliquer une peine de dix ans d’inĂ©ligibilitĂ©, sauf dĂ©cision explicite et motivĂ©e du juge.
Interdiction des emplois familiaux
Cette mesure a pour objectif l’interdiction d’embaucher un membre de sa famille en tant que collaborateur pour les ministres, les parlementaires et les exĂ©cutifs locaux (autoritĂ© territoriale dans le texte). La sanction prĂ©vue pour les Ă©lus locaux qui s’aventureraient Ă employer un membre de leur « famille proche »Â (conjoint, partenaire de pacs, concubin, parents et enfants ainsi que ceux du conjoint, partenaire de pacs ou concubin) est une peine de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende. Il est Ă©galement prĂ©cisĂ© que la violation de cette interdiction emporte de plein droit la cessation du contrat.
D’autre part, lorsqu’une autoritĂ© territoriale dĂ©cidera d’embaucher des personnes « du second cercle » (frère ou sĹ“ur, conjoint de celui-ci ou de celle-ci, neveux ou nièce, ancien conjoint), elle devra en faire la dĂ©claration auprès de la Haute autoritĂ© pour la transparence de la vie publique (HATVP).
Financement des partis politiques et comptes de campagne
Le SĂ©nat l’avait refusĂ©. L’AssemblĂ©e nationale, elle, l’accepte. Le gouvernement sera habilitĂ©, si le texte ne bouge plus, Ă crĂ©er par ordonnance une Banque de la dĂ©mocratie. Celle-ci aura pour but de simplifier le financement des campagnes Ă©lectorales de certaines formations politiques. De plus, le texte prĂ©voit la mise en place d’un « mĂ©diateur du crĂ©dit » qui aura pour objectif de faciliter le dialogue entre banques, candidats et partis. Est Ă©galement prĂ©vu la mise en open data des comptes de campagne.
Dernière mesure : le fait que le mécanisme de traitement des données du ministère de l’Intérieur en matière d’élections respectera désormais l’absence d’appartenance à un parti politique ou à une tendance politique des candidats et élus, sans demande expresse de leur part, dans les communes de moins de 3500 habitants. Cette disposition vise en fait les deux traitements automatisés de données à caractère personnel dénommés « Application élection » et « Répertoire national des élus », dans lesquels les élus pourront apparaître comme « sans étiquette ».
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