Alors que le Grenelle II de l’environnement vient d’ĂŞtre adoptĂ©, le gouvernement publie son avant-projet de schĂ©ma national des infrastructures de transport (SNIT). Comment ces projets seront-ils financĂ©s ?
Olivier Deleu, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral TDIE : On ne sait pas. VoilĂ le problème. La table des matières de l’avant-projet du SNIT comporte une page qui s’appelle « financement » et qui traite, en fait, du coĂ»t des projets annoncĂ©s. La question du financement n’est en fait pas du tout abordĂ©e dans ce document. Le problème, c’est que sans financement, le SNIT risque de se transformer en simple annonce.
C’est ce qui s’Ă©tait passĂ© pour le ComitĂ© interministĂ©riel d’amĂ©nagement et de dĂ©veloppement du territoire (CIADT), en 2003, qui n’a servi Ă rien car il n’y avait pas de financement en face. Les seuls projets qui ont avancĂ© sont ceux en concession – car l’Etat n’a pas eu d’argent Ă investir – et le ferroviaire (TGV axe Paris- Strasbourg – 1ère tranche et le Rhin-RhĂ´ne), car il y a une volontĂ© politique Ă dĂ©velopper ce mode de transport.
A TDIE, nous dĂ©taillerons nos propositions de financement Ă l’automne, mais nous pouvons dĂ©jĂ dire que deux systèmes pourraient ĂŞtre retenus :
- La concession, car elle a vocation Ă s’Ă©tendre : c’est un système qui a fait ses preuves. C’est certes critiquable car c’est l’usager qui paie en bout de course, mais cela fonctionne.
- L’Ă©pargne : La France est l’un des pays d’Europe qui Ă©pargne le plus (16 Ă 17%). TDIE propose que l’Ă©pargne des français serve, en partie, Ă financer certaines infrastructures qu’ils utilisent, dont notamment les transports collectifs en milieu urbain.
L’avant-projet du SNIT prĂ©voit la construction d’environ 900 km d’autoroutes. N’y a t-il pas une contradiction avec l’esprit du Grenelle ?
O.D. Non, il n’y a pas de contradiction. PrĂ©voir la construction de 900 km dans un document valable jusqu’en 2025 ou 2030 est assez raisonnable. On est dans l’Ă©paisseur du trait ! Le gouvernement avait annoncĂ© 4,5% des 170 milliards affectĂ©s aux routes. Nous avons refait le calcul : nous sommes Ă 5%. C’est donc assez exact.
Cet argent va servir Ă financer quelques maillons manquants :
- La RN154 pour le contournement de Paris,
- La Route Centre Europe Atlantique (RCEA) pour les axes Mâcon/ La Rochelle et la partie Est,
- A51 Ă Gap dans les Hautes-Alpes,
- Plus quelques contournements d’agglomĂ©rations.
En contrepartie de la cession, en 2005 , du rĂ©seau autoroutier de l’Etat, les sociĂ©tĂ©s concessionnaires devaient financer le reste du rĂ©seau et sa modernisation. Aujourd’hui, ces sociĂ©tĂ©s dĂ©gagent de bons profits mais prĂ©fèrent rĂ©investir Ă l’Ă©tranger. Quid de la notion de service public et des promesses du gouvernement Villepin ?
O.D. A TDIE, nous avons toujours Ă©tĂ© contre cette dĂ©cision de privatisation. Pour une fois, nous avions en France un système de financement par le biais de l’Agence pour le financement des infrastructures de transport de France (AFITF), qui fonctionnait bien. Puis, d’un seul coup d’un seul, l’Etat dĂ©cide, pour dĂ©sendetter le pays, de privatiser ses infrastructures routières. Il vend le tout pour 15 milliards ; sa promesse (de faire de la cession une source de financement du reste du rĂ©seau , NDLR) Ă©tait intenable. Elle Ă©tait surtout faite pour cacher une erreur funeste.
A partir du moment oĂą l’Etat annonce qu’il fait du ferroviaire sa prioritĂ©, pas Ă©tonnant que les grands groupes de BTP (Eiffage, Vinci, le groupe espagnol Abertis et la banque australienne Macquarie) – auxquels ont Ă©tĂ© concĂ©dĂ©es les sociĂ©tĂ©s autoroutières françaises – choisissent d’investir dans d’autres pays.
Références








