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Prospective

“L’action publique de demain” : ça commence aujourd’hui

PubliĂ© le 14/04/2015 ‱ Par Sabine Blanc ‱ dans : France, Toute l'actu RH

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France Stratégie
CommandĂ© par Thierry Mandon, le rapport de France StratĂ©gie sur “l’action publique de demain”, a Ă©tĂ© publiĂ© ce lundi 13 avril. Le secrĂ©taire d’Etat en charge de la RĂ©forme de l’Etat et de la Simplification, s’est rĂ©joui des conclusions de ce document fourre-tout, au point de vouloir les glisser dans les rĂ©formes en cours.

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Il avait beau avoir une bouteille de Vittel devant lui, c’est bien “du petit lait” que buvait Thierry Mandon, le secrĂ©taire d’Etat en charge de la RĂ©forme de l’Etat et de la Simplification, en Ă©coutant Jean Pisani-Ferry prĂ©senter le rapport de France StratĂ©gie sur “l’action publique de demain”, avec le renfort de la marraine et du parrain de ce travail, Anne-Marie Idrac et Martin Vial.

Aux anges, car ce travail qu’il a commandĂ© et qui fait suite au rapport Quelle France dans dix ans est “un acte de foi dans les politiques publiques qui fait du bien Ă  entendre, une exigence de qualitĂ© et d’efficacitĂ©â€ et qu’il “dessine une aventure pour les hommes et les femmes qui peuvent ĂȘtre tentĂ©s par la fonction publique”.

Le petit lait est si goĂ»tu que ce travail sera, promet Thierry Mandon “le cadre explicite des rĂ©formes que nous allons entreprendre”, Ă  commencer par les annonces qu’il doit faire en conseil des ministres le 22 avril sur les services dĂ©concentrĂ©s de l’Etat (voir encadrĂ©) : “je proposerai de viser en rĂ©fĂ©rence les points de votre rapport.” Plus encore, il va “parler au Premier ministre cet aprĂšs-midi [13 avril, NDLR]” de la possibilitĂ© de les glisser dans les rĂ©formes.

Il n’y a pas le choix, si le secrĂ©taire d’Etat veut donner au travail de France stratĂ©gie une chance d’échapper au cimetiĂšre des rapports, dĂ©jĂ  hantĂ©s par des cohortes de documents qui attendent de prendre vie sous forme de mesures concrĂštes. En effet, son horizon,10 ans, “n’est pas si nĂ©buleux”, a soulignĂ© le commissaire gĂ©nĂ©ral Jean Pisani-Ferry en introduction du colloque qui accompagnait sa remise.

L’Etat, ce vieil oncle dĂ©passĂ©

Le constat des auteurs est celui d’une rĂ©forme nĂ©cessaire, car le service rendu par l’Etat n’est pas Ă  la hauteur des moyens qui y sont mis. Il subit les coups de boutoirs d’autres acteurs privĂ©s et ne s’est pas encore adaptĂ© au numĂ©rique. Citoyens, entreprises et agents ne s’y retrouvent plus dans une action publique complexe et lourde. L’alternative ? Aucune, Ă  part subir et dĂ©pĂ©rir encore davantage, estime le commissaire gĂ©nĂ©ral, qui ne voit qu’une porte de sortie :

Si nous ne sommes pas capables de repenser l’action publique, d’autres le feront pour nous.

Avec la dĂ©sagrĂ©able sensation d’ĂȘtre placĂ© entre le marteau et l’enclume : d’un cĂŽtĂ©, le rapport souligne que “la mĂ©thode du ‘rabot’, largement utilisĂ©e jusqu’ici pour contenir la progression des dĂ©penses, est peu efficace, voire contreproductive”, de l’autre, “les contraintes sur les ressources sont dures, elle sont lĂ  pour durer”, affirme Jean Pisani-Ferry.

Un volontarisme en cinq objectifs

“Optimiste” et “proactif”, pour reprendre les adjectifs de l’ancienne prĂ©sidente de la RATP et de la SNCF, Anne-Marie Idrac, le rapport fixe cinq objectifs.

Le premier, “rĂ©pondre Ă  des besoins en constante Ă©volution”, implique de penser l’action de l’Etat comme un “work in progress”. “L’Etat doit ĂȘtre dans des perspectives de changement durable et permanent, c’est le grand changement, issu du numĂ©rique, indique Thierry Mandon. Il doit aussi ĂȘtre modeste dans le contenu de la transformation.” Changement durable et permanent, modeste : un paradigme Ă  deux facettes bien utile pour justifier un choc de simplification qui s’est, pour l’instant, transformĂ© en chiquenaude aux allures d’usine Ă  gaz.

Tel un gourmand dans un magasin de chocolat Ă  PĂąques, l’Etat n’a pas rĂ©ussi Ă  se fixer de prioritĂ©s et Ă  s’adapter, contrairement Ă  de nombreux voisins. Il faudrait donc, second objectif, “expliciter les prioritĂ©s et leur allouer les moyens nĂ©cessaires”.

Parmi les bons Ă©lĂšves, figurent la GrĂšce, le Portugal et l’Irlande… , autant de pays dont le service public a subi une sĂ©vĂšre cure d’austĂ©ritĂ© suite Ă  la crise. A contrario, la SuĂšde ou la Finlande sont, comme la France, peu sĂ©lectifs, alors que leur modĂšle est souvent vantĂ©.

Toutefois, le rapport prĂ©cise qu’il “faut se garder ici des visions simplistes” et que choisir peut se traduire par “changer son fusil d’épaule”, explique Anne-Marie Idrac. Ainsi en matiĂšre de santĂ©, il peut ĂȘtre plus judicieux de rĂ©affecter davantage de moyens Ă  la prĂ©vention plutĂŽt qu’aux soins. Et de tailler au passage un costard Ă  la LOLF et autre New public management, “dĂ©rives d’une action publique purement performative.”

Mais fixer des prioritĂ©s se traduit aussi par “l’abandon de certaines missions”, et une plus grande ouverture au secteur privĂ©, “citoyens, associations et entreprises”, ce qui peut faire Ă©cho Ă  la “big society” de David Cameron.

Les normes dans le collimateur

Le troisiĂšme objectif a dĂ» faire plaisir Ă  Thierry Mandon, mais aussi Ă  Alain Lambert, grand pourfendeur de la lourdeur normative : “appuyer la modernisation du pays” en simplifiant la rĂ©glementation. Le rapport invite Ă  poursuivre les efforts entamĂ©s dans ce sens. Il pose Ă©galement la question de l’adaptation de la loi aux start up disruptives du numĂ©rique – AirBnB, Uber
 – en appuyant l’idĂ©e d’Axellle Lemaire, la secrĂ©taire d’Etat au NumĂ©rique, de crĂ©er une catĂ©gorie de donnĂ©es d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral que mĂȘme les acteurs privĂ©s devraient mettre en open data.

Pour “rendre des comptes”, le quatriĂšme objectif, conformĂ©ment Ă  l’article 15 de la DDHC, il faut pouvoir identifier un responsable dans la chaĂźne de responsabilitĂ©. Or la complexitĂ© actuelle de l’organisation de l’action publique ne le permet pas, synthĂ©tise le rapport.

L’aspect humain du changement, autrement dit le management, est l’objet du cinquiĂšme objectif : “impliquer les agents publics”. Avec un constat sans faux semblant : “Il n’existe pas en France, de vĂ©ritable management public” et “on dĂ©pense, voire gaspille, une quantitĂ© importante de potentiel managĂ©rial”. Et d’appeler Ă  sortir des prĂ©s carrĂ©s pour aller dans le champ de la “compĂ©tence collective”. Le rapport invite aussi Ă  laisser davantage d’autonomie aux agents, dont “la capacitĂ© Ă  innover n’est pas suffisamment reconnue et valorisĂ©e”, de bas en haut.

Mode d’emploi thĂ©orique

Ces constats n’ont rien de fondamentalement nouveau et butent toujours sur la question de la mise en oeuvre effective. La seconde partie du rapport dĂ©taille “cinq leviers pour agir”.

Le premier levier coule de source : “sĂ©lectionner et dĂ©finir les missions”.Il suppose de systĂ©matiser le recours Ă  l’évaluation des politiques publiques, “de maniĂšre indĂ©pendante, transparente et plurielle”, Ă  hauteur de 0,01% du budget, ex ante et a posteriori.

Actuellement prĂ©sentĂ©e comme une dĂ©marche unique Ă  un instant T, la revue des missions de l’Etat doit “revenir au moins une fois par quinquennat” soutient l’équipe de France StratĂ©gie.

Sans surprise, le “millefeuille territorial” reçoit son coup de simplification, afin d’aller “au bout de la logique de dĂ©centralisation”. France stratĂ©gie “propose une structuration autour d’une maille communale redĂ©finie Ă  partir des bassins de vie, dĂ©bouchant Ă  terme sur la suppression du dĂ©partement”. Une proposition qui fait Ă©cho Ă  la position de Manuel Valls avant que le lobbying des dĂ©partements n’aboutisse Ă  la rĂ©surrection de cet Ă©chelon lors de l’examen du projet de loi NOTRe, et au rapport du CGET sur l’intercommunalitĂ©.

La  question du maintien des services dĂ©concentrĂ©s de l’Etat, dĂ©nudĂ©s par la RGPP et la MAP, est posĂ©e dans ces termes : “Hors domaines rĂ©galiens et missions explicitement dĂ©finies, rĂ©examiner quels sont les bĂ©nĂ©fices du maintien des responsabilitĂ©s de l’administration territoriale de l’État au regard de dĂ©lĂ©gations aux collectivitĂ©s ou Ă  des agences”.

Cette idĂ©e rejoint celle qui trotte dĂ©jĂ  dans la tĂȘte de Thierry Mandon, et devrait donc se glisser sans surprise dans les annonces prĂ©vues fin avril, dĂ©but mai, sur la revue des missions de l’Etat.

Le chapitre “clarifier les rĂŽles”, se recentre sur la sphĂšre Ă©tatique. Il suggĂšre par exemple de “gĂ©nĂ©raliser le recours Ă  des comitĂ©s de sĂ©lection pour les nominations “aux emplois supĂ©rieurs”, de redonner Ă  la LOLF “un rĂŽle de pilotage stratĂ©gique” ou encore de “revoir la gouvernance des agences et Ă©tablissements publics pour distinguer plus strictement celle-ci du management.” Des propositions trĂšs “Cour des comptes”.

Les agents, le nerf du changement

Le troisiĂšme point s’attaque au management en invitant Ă  “mettre les gestionnaires publics en situation de responsabilitĂ©â€. Les outils principaux sont le recours accru aux contrats d’objectifs et de gestion, voire tout bĂȘtement la formation des gestionnaires publics au management.

La mĂ©connaissance du numĂ©rique est un point faible Ă  traiter, en vue de favoriser davantage “le management participatif et collaboratif”.

Sur la question des rĂ©munĂ©rations, France StratĂ©gie suggĂšre de mieux payer des agents moins nombreux, de favoriser la mobilitĂ© et d’ouvrir le recrutement pour mieux rĂ©pondre aux besoins.

Financer les transformations de l’action publique

“Diversifier les services publics” constitue le quatriĂšme levier. Il s’agit lĂ  de trouver l’équilibre entre l’égalitĂ© des citoyens devant l’accĂšs au service public et une personnalisation permise par le numĂ©rique.

Le numĂ©rique, constat dĂ©jĂ  ancien, permet une prĂ©sence fine sur les territoires. Toutefois, il ne doit “pas rayer l’humain du process”, met en garde le rapport, a fortiori face Ă  des publics fragiles.

La logique du guichet multicanal avec des agents polyvalents est privilĂ©giĂ©e. Également encouragĂ©e, la co-construction des politiques publiques, facilitĂ©e aussi par le numĂ©rique, Ă  l’instar de Ma ville demain, organisĂ©e par Nantes.

Le dernier point invite Ă  “innover et investir pour transformer” en soulignant l’intĂ©rĂȘt des dĂ©marches de design de service public centrĂ© usager, entre autres. Des moyens doivent ĂȘtre mobilisĂ©s Ă  cet effet, avec une “rĂ©serve interministĂ©rielle de modernisation”, “mĂ©canisme de

soutien aux projets d’investissements de transformation de l’action publique, permettant de rĂ©investir des Ă©conomies de dĂ©penses dans un fonds destinĂ© au financement d’actions de modernisation et Ă  la prise en charge de surcoĂ»ts temporaires induits par des rĂ©formes de politiques publiques.”

Une idĂ©e dont le programme de “transition numĂ©rique de l’Etat et modernisation de l’action publique”, financĂ©  à hauteur de 126 millions d’euros via le programme investissement d’avenir (PIA) donne un avant-goĂ»t.

La carte des préfectures de région se précise

Le calendrier sur la rĂ©forme des services dĂ©concentrĂ©s a Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© lundi 13 avril, le jour mĂȘme oĂč Europe1 dĂ©voilait une carte provisoire des prĂ©fectures de rĂ©gion : lors du conseil des ministres du mercredi 22 avril, “le gouvernement prĂ©sentera les principes et le calendrier de la rĂ©forme de l’Etat en rĂ©gions, Ă  la suite de la nouvelle carte adoptĂ©e par le Parlement. Seront Ă©galement arrĂȘtĂ©es les mesures d’accompagnement des agents dans le cadre de cette rĂ©forme. […] Les fonctions des prĂ©fets prĂ©figurateurs des rĂ©gions seront dĂ©terminĂ©es, et les directeurs d’ARS et les recteurs dĂ©signĂ©s. Ils seront chargĂ©s de prĂ©figurer et coordonner la rĂ©forme, de conduire le dialogue avec les Ă©lus et les organisations syndicales, pour arrĂȘter le projet territorial Ă  la base de la rĂ©forme.

La suite aura lieu cet Ă©tĂ©, aprĂšs la phase de concertation : “le gouvernement pourra arrĂȘter par dĂ©cret la liste des chefs-lieux provisoires, nĂ©cessaires Ă  l’organisation des Ă©lections. Les chefs-lieux dĂ©finitifs seront arrĂȘtĂ©s en juillet 2016, aprĂšs renouvellement des conseils rĂ©gionaux en 2015.”

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“L’action publique de demain” : ça commence aujourd’hui

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Henri Tanson

15/04/2015 08h39

Encore une Ă©tude pour rien. Encore un article pour rien…
Nous ne sommes plus dans les annĂ©es 80 quand nous pouvions encore dĂ©cider de notre politique. Pourtant depuis, nous avons ratifiĂ© Maastricht et Lisbonne, non? Alors, notre polititique doit en tenir compte. Je n’ai rien lu dans cet article qui l’Ă©voque de prĂšs ou de loin!
De qui se moque-t-on?
Le service public, Ă  travers l’article 106 du traitĂ© TFUE, doit ĂȘtre mis en concurrence avec le privĂ©: il est donc condamnĂ© puisque sa raison d’ĂȘtre n’est pas de faire concurrence au privĂ© mais de permettre Ă  tous d’en profiter…
Pourquoi des personnes qui semblent compĂ©tentes, n’en parlent pas?
LĂ  est la question: incompĂ©tence ou mensonge?….
L’UE n’a aucune volontĂ© de dĂ©fendre le modĂšle social français et nous n’avons pas les moyens de dĂ©sobĂ©ir aux traitĂ©s!…
Notre seule espoir, si nous voulons prĂ©server nos services publics, notre modĂšle social, c’est d’appliquer l’article 50 du TUE et de sortir de ces mauvais traitĂ©s. LĂ©galement, sereinement. Mais le plutĂŽt possible.

haute provence

15/04/2015 09h13

quelle hypocrisie dans les propos, les intentions et sur le terrain .
nous n’avons jamais Ă©tĂ© aussi « bridĂ©s » avec aussi peu de responsabilitĂ©n et de confiance de la part de notre hyerarchie

Quand on nous parle de « bien ĂȘtre au travail », d’exceptionnelle progression professionnelle et que, en contre partie on supprime le nombre d’admis par liste d’aptitude et le nombre de mois de rĂ©duction suite Ă  l’entretien annuel , on mesure le double langage dont on est l’objet afin de calmer les esprits . Si on ajoute Ă  ce tableau la suppression de certaines primes et le fait qu’Ă  la retraite notre pension hors prime est une misĂšre, on sait que nous serons bientĂŽt les nouveaux pauvres …

murakami

15/04/2015 10h12

Il y a aussi un autre point qui me semble important et qui n’est pas aborbĂ© tout au moins pour la fonction publique d’Ă©tat dans laquelle je travaille : l’absence totale de GPEC et une logique catĂ©gorielle au dĂ©triment d’une logique des mĂ©tiers et des compĂ©tences.
Il faudrait supprimer les catégories A , B et C et créer une véritable politique de formation pour adapter les compétences aux emplois.

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