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Economie

Les Assises du tourisme désignent les régions en chef de file

Publié le 08/07/2014 • Par Aude Raux • dans : A la une, France

toureiffel
flickr CC by Luke,Ma
Organisées du 23 novembre 2013 au 5 avril 2014, les Assises du tourisme ont réuni quelque 400 hôteliers, restaurateurs, voyagistes, représentants de syndicats, de ministères, de collectivités territoriales. Au total, neuf groupes de travail, 33 000 contributions via une consultation en ligne, et des Assises régionales à travers toute la France ont abouti au plan de bataille présenté par le gouvernement le 19 juin. L'action des collectivités territoriales s'articulera davantage autour de l'échelon régional.

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« Il faudrait prendre une loupe pour trouver, dans les 30 mesures annoncĂ©es en conclusion des Assises du tourisme, celles qui impactent les collectivitĂ©s locales » ! observe Jean-Pierre Serra, prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration du Tourisme. Cette structure rĂ©unit les trois organisations institutionnelles du tourisme territorial français : Offices de Tourisme de France (OTF), RĂ©seau National des Destinations DĂ©partementales (Rn2D) et FĂ©dĂ©ration Nationale des ComitĂ©s RĂ©gionaux du Tourisme (FNCRT). Ainsi, seule une dĂ©cision, la n°3, s’adresse directement aux collectivitĂ©s territoriales. Objectif annoncĂ© : « Diversifier les destinations et promouvoir l’ensemble du territoire en s’appuyant sur les stratĂ©gies de marques fortes existantes : Bourgogne, Grands Sites en Midi-PyrĂ©nĂ©es, Only Lyon etc. La promotion Ă  l’international de ces destinations se fera en lien avec le GIE Atout France. Au niveau local, la rĂ©forme territoriale consacrera le rĂ´le pilote des rĂ©gions. »

« Le millefeuille administratif nous empĂŞche de rassembler nos forces » – Cela dit, les acteurs du tourisme saluent l’organisation par l’Etat de ces assises dĂ©diĂ©es au tourisme qui auront permis de reconnaĂ®tre enfin ce secteur comme un levier de dĂ©veloppement, une filière Ă©conomique Ă  part entière, susceptible de redresser la France. En tĂ©moigne Antoine Cachin, prĂ©sident de l’Institut français du Tourisme : « c’est la première fois que l’Etat prend position afin d’affirmer combien le tourisme est important pour la compĂ©titivitĂ© française. La prise de conscience est cruciale. Et si l’Etat met, certes, l’accent sur le tourisme au niveau national, cela va irriguer les territoires dans le cadre des contrats de rĂ©gions ». Ainsi, l’ensemble des territoires qui sont concernĂ©s et les contrats de destination devraient aider Ă  la crĂ©ation de « marques », autour des rĂ©gions ou d’Ă©vĂ©nements. Comme l’a dĂ©clarĂ© Laurent Fabius, ministre des Affaires Ă©trangères : « le millefeuille administratif nous empĂŞche de rassembler nos forces, notamment financières, il nuit du mĂŞme coup Ă  notre compĂ©titivitĂ©. Nous avons dĂ©cidĂ© que ce serait les rĂ©gions qui joueraient le rĂ´le de chef de file. »

Lire l’interview de Christian Mantei, directeur gĂ©nĂ©ral de Atout France, l’agence de dĂ©veloppement touristique de la France

Sans oublier sa volontĂ© de faire du tourisme l’un des Ă©lĂ©ments clefs de l’influence et de l’attractivitĂ© de la France Ă  l’international. « AttractivitĂ© pour laquelle les rĂ©gions vont jouer un rĂ´le essentiel », souligne AndrĂ© Chapaveire, prĂ©sident de la FNCRT, avant de prĂ©ciser : « nous souhaitons que le projet de loi actuel renforce ce chef de filât en rendant prescriptif le schĂ©ma de dĂ©veloppement touristique adoptĂ© Ă  l’échelle rĂ©gionale ». AndrĂ© Chapaveire, Ă©galement vice-prĂ©sident du conseil rĂ©gional d’Auvergne en charge du dĂ©veloppement touristique et du thermalisme, en veut pour preuve l’adoption, par sa collectivitĂ©, d’un schĂ©ma rĂ©gional de dĂ©veloppement touristique et de loisirs (2010-2015). Après avoir rĂ©unis, pendant un an, autour de la mĂŞme table, les Ă©lus des quatre dĂ©partements, les comitĂ©s dĂ©partementaux du tourisme (CDT), les offices de tourisme et les professionnels du tourisme, le schĂ©ma a Ă©tĂ© adoptĂ© Ă  l’unanimitĂ©. « Chaque acteur s’y retrouvait. La clef de la rĂ©ussite du schĂ©ma c’est qu’il soit partagĂ© et non pas imposĂ© d’en haut. On a fait de la mutualisation, plutĂ´t que d’empiler quatre schĂ©mas dĂ©partementaux et un schĂ©ma rĂ©gional ». Le prĂ©sident de la FNCRT regrette que le projet de loi actuel supprime Ă©galement l’obligation de crĂ©er des ComitĂ©s RĂ©gionaux du Tourisme (CRT) : « nous savons que des Ă©volutions sont nĂ©cessaires pour nos structures. Certains territoires s’y sont dĂ©jĂ  engagĂ©s fortement en fusionnant les CRT avec les agences de dĂ©veloppement. »

un verre de bordeaux

Bordeaux, une marque forte. Crédit Flickr CC by nd vancityhotshots

Destination vs frontières administratives – Jean-Luc Boulin, directeur de la Mission des Offices de tourisme et Pays touristiques d’Aquitaine (MOPA), se fĂ©licite, aussi, de la consĂ©cration de la rĂ©gion : « ce changement d’échelle territoriale va permettre, en matière de marketing, de mettre l’accent sur les destinations et non plus, comme avant, sur les dĂ©partements. C’est intĂ©ressant si les Ă©lus des collectivitĂ©s territoriales arrivent Ă  sĂ©parer la promotion de ce qui est la qualification de l’offre et l’animation touristique locale ».

Jusqu’à présent, quand un département subventionnait un comité départemental du tourisme, il s’attendait à ce que le CDT fasse la promotion du département. Désormais, selon lui, on pourra davantage développer le marketing puisque les destinations ne seront plus forcément liées à une réalité administrative. La région pourra faire la promotion de plusieurs marques sur son territoire. Par exemple, dans sa région : Bordeaux et le Pays Basque qui sont des marques fortes, contrairement à l’Aquitaine qui n’est pas une destination touristique en tant que telle. La décision 3 est ainsi importante à ses yeux pour les collectivités territoriales car cela va permettre de revisiter les stratégies : « désormais, c’est l’approche client qui va être privilégiée et non plus l’approche administrative. Les marques citées (Bourgogne, Grands Sites en Midi-Pyrénées, Only Lyon etc.) sont en effet inscrites dans l’imaginaire client depuis longtemps. On va pouvoir travailler sans se soucier des frontières classiques. La région aura alors intérêt à jouer un rôle de coordination afin d’éviter tout doublon. Comme, par exemple, la promotion de la vallée de la Dordogne qui est à cheval sur six départements et trois régions. »

Précision de Jean-Pierre Serra : « parfois il y a adéquation entre la marque et l’échelon administratif, comme pour la Bretagne. Mais, ce n’est pas toujours le cas. Il faut alors créer un comité de coordination de marque dans lequel tous les acteurs travailleront ensemble. On doit s’adapter au contexte local. »

André Chapaveire partage leur enthousiasme : « Le renforcement de marques de destination lisibles, visibles et cohérentes à l’international est une bonne chose. La visibilité de la France à l’international en matière touristique a trop souffert de l’empilement d’actions de promotion tout azimut. » À l’écouter, une marque forte est avant tout une marque définie par le touriste lui-même. Il faut donc bâtir une marque de destination à partir d’un partenariat solide entre les collectivités, les professionnels et l’Etat. Comme c’est le cas, par exemple, avec les contrats de destination, lancées par Sylvia Pinel, ancienne ministre de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Un exemple de cette promotion mutualisée : la marque « Val de Loire » lancée par les régions Centre et Pays-de-la-Loire, en partenariat avec 5 départements et les principaux offices de tourisme du territoire.

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Flickr CC by nd TMAB2003

« Une France Ă  deux vitesses » – Mais, parmi ce concert de louanges, une voix discordante s’élève. Celle de Didier Arino, directeur de Protourisme, cabinet d’études et de conseils : « ces Assises sont une aberration totale. Je ne comprends pas pourquoi miser sur les rĂ©gions si, comme le prĂ©voit la rĂ©forme territoriale, elles s’agrandissent. Il faudrait planifier un Ă©chelon intermĂ©diaire sinon, on risque de se retrouver face Ă  une dĂ©sertification touristique en dehors des gros pĂ´les que sont l’Ile de France et Paca. Rien n’est prĂ©vu pour aider, par exemple, l’Indre ou les Hautes PyrĂ©nĂ©es qui en ont le plus besoin. On va avoir une France Ă  deux vitesses. Le fossĂ© va se creuser : cela va renforcer les pĂ´les dĂ©jĂ  forts et affaiblir les pĂ´les dĂ©jĂ  faibles. Et, en attendant la rĂ©forme territoriale, tout est figĂ© en matière de tourisme. On ne sait pas Ă  quel saint se vouer, Ă  quel interlocuteur s’adresser ».

Une critique relayée par Jean-Pierre Serra : « Pendant les Assises territoriales du tourisme, tout semblait aller dans le bon sens jusqu’à ce que, patatras, on change de gouvernement : le tourisme n’est plus représenté à temps plein par un ministre, on nous l’a saucissoné en trois ministères. Comment va-t-on partir au combat quand on est ainsi en ordres dispersés ? François Hollande avait annoncé vouloir faire du tourisme une grande cause nationale. Mais, en fait, c’est la promotion du tourisme à l’international qui devient une grande cause nationale ». Or, selon le président de la Confédération du Tourisme, « le tourisme n’est pas qu’une affaire de promotion, c’est une question de développement territorial : regardez les transports ou la couverture numérique, cela profite non seulement aux touristes, mais aussi aux habitants des territoires. Le tourisme crée de l’emploi et préserve les commerces de proximité. Sa dimension sociale est essentielle ».

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Commentaires

Les Assises du tourisme désignent les régions en chef de file

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CHABLAIS

08/07/2014 04h23

S’il est bon de se regrouper pour ĂŞtre plus efficace, alors il est inutile de l’imposer. On peut en effet penser que la vallĂ©e de la loire ou le massif du vercors sont plus porteurs que les Ă©lĂ©ments qui les composent.
Par contre, les stations de sports d’hiver sont bien trop concurrentes pour ne dĂ©pendre que d’un seul office de tourisme. Imaginons demain la promotion de MĂ©ribel, Courchevel et Val d’Isère!! Bon courage Ă  l’Ă©lu ou au Directeur de l’OT. Le risque est grand de voir les acteurs du secteur (remontĂ©es mĂ©caniques, rĂ©sidences de tourisme, magasins d’articles de sport,..) se regrouper pour assurer la promotion de leur domaine skiable en dehors de tout support public.
Comme quoi, Ă  l’instar de la langue selon Esope, le transfert aux interco de la compĂ©tence tourisme risque d’ĂŞtre la pire comme la meilleure des choses.

Montagnon

09/07/2014 10h11

D’autres exemples existent qui font fi des frontières administratives : le collectif Montagnes du Jura rĂ©unit depuis 11 ans 3 dĂ©partements (AIn, Doubs, Jura), 2 rĂ©gions (Franche-ComtĂ© et RhĂ´ne-Alpes) et l’Etat (Datar et Direccte) pour promouvoir une destination qui a du sens au yeux de la clientèle…

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