Dans le contexte de la « modernisation de l’action publique » (1), certains universitaires développent l’idée d’un nouvel « impératif délibératif » (2).
L’action publique moderne ne pourrait plus faire l’économie d’une participation citoyenne élargie pour nourrir et légitimer la prise de décision politique.
C’est ce qu’expriment 63% des Français en estimant important ou très important d’être consultés sur leurs services publics municipaux (3). Ils sont pourtant encore 65 % à penser que la concertation consiste à « faire croire qu’on écoute les citoyens tout en décidant sans eux » (4). Désormais seuls acteurs politiques à bénéficier d’un relatif crédit auprès de nos concitoyens (5), c’est aux maires que revient de résoudre cet apparent problème de méthode.
Il est temps de renouveler les pratiques en s’inspirant d’expériences de participation citoyenne ayant montré leur efficacité dans le partage de l’action publique. Voici quelques clés pour nourrir les projets de mandature et faire vivre ce fameux « impératif délibératif » tout en redonnant du souffle à la vie locale.
RĂ©pondre aux attentes quotidiennes – Transport, sĂ©curitĂ©, Ă©cole, emploi, cadre de vie… Au fil des enquĂŞtes d’opinion, les Français rĂ©affirment les sujets sur lesquels ils souhaitent ĂŞtre consultĂ©s. Vivre ensemble, dĂ©veloppement durable, solidarité… Pourquoi s’obstiner Ă rentrer dans le dĂ©bat public par l’angle des concepts ? L’entrĂ©e par un sujet concret permet toujours de « tirer le fil » de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral et du projet politique partagĂ©.
Aller Ă la rencontre des citoyens – Le format de la rĂ©union publique en mairie ou l’empilement de comitĂ©s ad hoc ne suffisent plus Ă crĂ©er les conditions du dĂ©bat public local. Elus et agents gagneront Ă se dĂ©placer jusqu’aux usagers pour Ă©changer avec d’autres habitants que le petit cercle des râleurs et des initiĂ©s. Pour parler Ă©ducation avec les parents d’élèves que l’on ne voit jamais, une sortie d’école ne semble-t-elle pas tout indiquĂ©e ?
Associer les agents – Dès le dĂ©but du mandat, le personnel municipal pourra ĂŞtre associĂ© Ă l’atteinte de cet objectif d’échange renouvelĂ© avec les usagers. Premiers vecteurs de l’image de la municipalitĂ©, les agents en contact avec le public en sont aussi les artisans au quotidien. Une consultation interne, sans empiĂ©ter sur le dialogue social au sein de la collectivitĂ©, devra alors porter sur le fonctionnement du service public municipal lui-mĂŞme.
Faire confiance Ă l’imagination – Chaque instance de dialogue doit ĂŞtre dotĂ©e d’un pĂ©rimètre d’intervention prĂ©cis. A l’intĂ©rieur de ce pĂ©rimètre, les participants doivent disposer d’une vĂ©ritable autonomie. Bourse aux idĂ©es et autres budgets participatifs peuvent contribuer Ă renforcer l’implication des habitants concernĂ©s. Attention nĂ©anmoins Ă ne pas morceler la parole citoyenne et alourdir les ressources nĂ©cessaires en multipliant les instances « sectorielles » de consultation.
Donner Ă voir et Ă comprendre – « Informer, c’est choisir », comme disent les journalistes. Se concentrer sur quelques dĂ©marches participatives sincères, fortes et visibles permettra de rappeler les principes directeurs du projet municipal tout en rythmant un mandat. Rappelons Ă©galement qu’il n’y a pas de consultation rĂ©ussie sans information visible et accessible… avant, pendant et après le dĂ©bat.
Garantir le suivi et permettre l’évaluation – Votes Ă©lectroniques, comitĂ©s d’évaluation avec citoyens tirĂ©s au sort, observatoires des engagements interviewant pĂ©riodiquement les Ă©lus… Des dispositifs pĂ©rennes originaux peuvent permettre aux usagers de juger en toute indĂ©pendance du respect des engagements. Ils les appellent d’ailleurs de leurs vĹ“ux. En outre, faute avouĂ©e Ă©tant Ă demi-pardonnĂ©e, un Ă©cart honnĂŞtement constatĂ© par rapport aux objectifs portera moins Ă consĂ©quence qu’un dĂ©ni de rĂ©alitĂ©.
DĂ©velopper la participation digitale – VidĂ©os et photos sur smartphones, blogs et rĂ©seaux sociaux… Les canaux d’expression numĂ©rique enrichissent dĂ©sormais la dĂ©mocratie locale de nombreuses collectivitĂ©s. Certaines ont mĂŞme judicieusement choisi de consulter et d’outiller (formation au web-journalisme, Ă©quipements…) de jeunes citoyens pour concevoir et animer leurs nouveaux outils d’information et de participation digitale.
Ecouter… pour rĂ©pondre – En matière de dialogue citoyen, rien n’est pire qu’une consultation qui ne dĂ©bouche… sur rien. Au-delĂ du fait qu’on ne consulte les citoyens que lorsque leur avis peut ĂŞtre prise en compte, il conviendra de s’engager Ă apporter une rĂ©ponse Ă la question posĂ©e.
Rappelons néanmoins que tout n’a pas lieu d’être débattu et que toute instance participative n’est pas légitime pour incarner l’intérêt général. Que la décision consécutive à une consultation aille ou non dans le sens de l’avis généralement exprimé, elle devra être assumée et expliquée. C’est aussi ce qu’attendent nos concitoyens.
Cet article est en relation avec le dossier
Thèmes abordés
Notes
Note 01 La modernisation de l’action publique est l’un des thèmes centraux de la réforme de l’État depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République Retour au texte
Note 02 « L’impératif délibératif » : Loïc BLONDIAUX et Yves SINTOMER - Presses Universitaires de France – Rue Descartes. 2009/1 – N° 63 Retour au texte
Note 03 Résultats du baromètre du service public municipal 2013 - Université de Lille 1, Stratécom et Médias Conseil Retour au texte
Note 04 Résultats du baromètre de la concertation 2013 - Harris Interactive pour ResPublica Retour au texte
Note 05 Enquête d’avril 2013 sur le rapport des Français à leur commune et à leur maire - Harris Interactive Retour au texte








