Le projet de loi adopté définitivement par le Parlement le 9 juillet associe d’abord davantage les collectivités, au premier rang desquelles les régions, à la définition des politiques nationales. Une stratégie nationale de l’enseignement supérieur, comportant une programmation pluriannuelle des moyens, est élaborée et révisée tous les cinq ans sous la responsabilité du ministre chargé de l’Enseignement supérieur, indique le texte.
Les prioritĂ©s en sont arrĂŞtĂ©es après une concertation avec les partenaires culturels, sociaux et Ă©conomiques, la communautĂ© scientifique et d’enseignement supĂ©rieur, les ministères concernĂ©s et les collectivitĂ©s.
Sur le même schéma, le projet de loi crée une stratégie nationale de recherche comportant une programmation pluriannuelle des moyens, élaborée et révisée tous les cinq ans sous la coordination du ministre chargé de la recherche, en concertation avec la société civile.
« Cette stratĂ©gie vise Ă rĂ©pondre aux dĂ©fis scientifiques, technologiques, environnementaux et sociĂ©taux en maintenant une recherche fondamentale de haut niveau. Elle comprend la valorisation des rĂ©sultats de la recherche au service de la sociĂ©tĂ©. Ă€ cet effet, elle veille au dĂ©veloppement de l’innovation, du transfert de technologie, de la capacitĂ© d’expertise et d’appui aux politiques publiques et aux associations et fondations, reconnues d’utilitĂ© publique. La culture scientifique, technique et industrielle fait partie de la stratĂ©gie nationale de recherche et est prise en compte dans sa mise en Ĺ“uvre », prĂ©cise le projet de loi.
Les prioritĂ©s en sont arrĂŞtĂ©es après une concertation avec la communautĂ© scientifique et universitaire, les partenaires sociaux et Ă©conomiques et des reprĂ©sentants des associations et fondations, reconnues d’utilitĂ© publique, les ministères concernĂ©s et les collectivitĂ©s territoriales, « en particulier les rĂ©gions ».
Transfert de compétences – La compétence de développement et de diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle est transférée aux régions.
Le projet de loi prĂ©cise que « la rĂ©gion coordonne, sous rĂ©serve des missions de l’État et dans le cadre de la stratĂ©gie nationale de recherche, les initiatives territoriales visant Ă dĂ©velopper et diffuser la culture scientifique, technique et industrielle, notamment auprès des jeunes publics, et participe Ă leur financement ».
Le texte de loi prĂ©cise bien que l’État transfère aux rĂ©gions les crĂ©dits qu’il accordait Ă ces initiatives. Ce transfert de compĂ©tence entrera en vigueur au 1er janvier 2014, « sous rĂ©serve de l’inscription en loi de finances des dispositions relatives au transfert aux rĂ©gions des crĂ©dits prĂ©cĂ©demment accordĂ©s par l’État ».
Et ces crédits sont calculés sur la base de la moyenne actualisée des crédits attribués au cours des trois années précédant le transfert.
SchĂ©mas rĂ©gionaux – Chaque rĂ©gion devra dĂ©finir un schĂ©ma rĂ©gional de l’enseignement supĂ©rieur, de la recherche et de l’innovation qui dĂ©terminera les principes et les prioritĂ©s de ses interventions, et Ă l’élaboration duquel les collectivitĂ©s et les EPCI qui accueillent des sites universitaires ou des Ă©tablissements de recherche seront associĂ©s.
« Ce schéma, que plusieurs régions ont déjà élaboré, sera aussi le moyen d’assurer une articulation cohérente avec les stratégies régionales en matière de développement économique et de formation dont les régions sont également responsables », explique l’ARF dans un communiqué du 25 juin.
La rĂ©gion « fixe les objectifs des programmes pluriannuels d’intĂ©rĂŞt rĂ©gional en matière de recherche et dĂ©termine les investissements qui y concourent. » Elle est consultĂ©e sur les aspects rĂ©gionaux de la carte des formations supĂ©rieures et de la recherche.
Gouvernance – Le rĂ´le des rĂ©gions est encore une fois affirmĂ© dans la future loi : elles devront contribuer Ă l’élaboration du projet d’orientation universitaire et professionnelle des Ă©tudiants.
« Les régions, qui ont investi près d’un milliard d’euros dans l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation en 2011, sont tout à fait prêtes à assumer la responsabilité d’animateur et de fédérateur des acteurs sur le territoire, que le texte leur confie », explique aussi l’ARF.
Certaines dispositions, notamment en matière de gouvernance, concernent également les collectivités. Ainsi, le projet de loi indique que les conseils d’administration des universités comprennent chacun « au moins deux » représentants des collectivités ou de leurs groupements, dont au moins un représentant de la région, désignés par ces collectivités ou groupements – dans l’article actuel du Code de l’éducation, le nombre de ces représentants est fixé à « deux ou trois ».
Contrats pluriannuels d’établissement – Le texte instaure en outre des contrats pluriannuels d’établissement qui associent la ou les rĂ©gions et les autres collectivitĂ©s accueillant des sites universitaires ou des Ă©tablissements de recherche, les organismes de recherche et le centre rĂ©gional des Ĺ“uvres universitaires et scolaires (Crous).
Ces contrats prennent en compte les orientations fixĂ©es par les schĂ©mas de dĂ©veloppement universitaire ou les schĂ©mas d’enseignement supĂ©rieur et de recherche dĂ©finis par les communes, les EPCI Ă fiscalitĂ© propre, les pĂ´les mĂ©tropolitains et les dĂ©partements.
« Les stratĂ©gies en matière d’enseignement supĂ©rieur et de recherche poursuivies, sur un territoire donnĂ©, par les collectivitĂ©s accueillant des sites universitaires ou des Ă©tablissements de recherche et leurs groupements et les contrats pluriannuels d’Ă©tablissement font l’objet d’un document d’orientation unique », prĂ©cise encore le projet de loi.
CommunautĂ©s d’universitĂ©s et Ă©tablissements – Le texte crĂ©e Ă©galement des communautĂ©s d’universitĂ©s et Ă©tablissements, qui sont des Ă©tablissements publics Ă caractère scientifique, culturel et professionnel.
Leurs conseils d’administration, qui déterminent la politique des établissements, dont les questions et ressources numériques, approuvent leur budget et en contrôlent l’exécution, comprennent notamment des représentants des collectivités territoriales, dont au moins un de chaque région concernée, des EPCI et des associations, qui représentent au moins 30 % des membres du conseil d’administration.
Sur le plan de la gouvernance pour la recherche, est enfin institué un Conseil stratégique de la recherche, qui comprend notamment un représentant des régions.
Stages et logement étudiant – La future loi comporte pour finir des dispositions diverses.
- Une nouvelle mesure introduite contre l’avis du gouvernement par l’Assemblée fin mai oblige ainsi les administrations publiques à verser une gratification mensuelle aux stagiaires « lorsque la durée de stage au sein d’une même structure est supérieure à deux mois consécutifs ou, au cours d’une même année scolaire ou universitaire, à deux mois consécutifs ou non ».
- La loi indiquera aussi dĂ©sormais que « les stages ne peuvent pas avoir pour objet l’exĂ©cution d’une tâche rĂ©gulière correspondant Ă un poste de travail permanent de l’entreprise, de l’administration publique, de l’association ou de tout autre organisme d’accueil ».
- Les titulaires d’un doctorat pourront maintenant postuler aux concours interne d’entrĂ©e Ă l’ENA.
- La future loi prĂ©cisera aussi que les locaux affectĂ©s au logement des Ă©tudiants et transfĂ©rĂ©s aux collectivitĂ©s ou aux EPCI qui ont demandĂ© Ă assumer la charge de la construction, de la reconstruction, de l’extension, des grosses rĂ©parations, et de l’Ă©quipement de ces locaux « restent affectĂ©s au logement Ă©tudiant dans les mĂŞmes conditions ».
- Les collectivités peuvent en outre être associées aux fondations de coopération scientifique.
- Le projet de loi propose enfin d’indiquer dans le Code de l’éducation que le service public de l’enseignement supérieur contribue à l’attractivité et au rayonnement des territoires au niveau local, régional et national. Et que le service public de l’enseignement supérieur participe au développement et à la cohésion sociale du territoire national, par la présence de ses établissements.
Le texte de loi doit maintenant être publié au Journal officiel pour être applicable, et sous réserve que le Conseil constitutionnel ne soit pas saisi par 60 députés ou 60 sénateurs.
Vote et réactions parlementaires
Les socialistes et les radicaux de gauche ont votĂ© Ă main levĂ©e pour l’ultime version du texte issue de la commission mixte paritaire entre sĂ©nateurs et dĂ©putĂ©s. Les Ă©cologistes ont choisi de s’abstenir, au lieu de voter contre comme en première lecture. Le Front de gauche a votĂ© contre, l’UMP et l’UDI aussi, pour des raisons radicalement diffĂ©rentes.
« C’est le quatrième texte structurant concernant la jeunesse » et il apporte « une volontĂ©, de bonnes bases » pour le supĂ©rieur et la recherche, a soulignĂ© son rapporteur, Vincent Feltesse (PS), tout en notant qu’il restait des sujets Ă rĂ©soudre, notamment les moyens budgĂ©taires.
Ce projet de loi, « prĂ©cisĂ© et très largement amĂ©liorĂ© par de nombreux amendements Ă toutes les Ă©tapes », a atteint « un Ă©quilibre qui permet de rĂ©pondre Ă l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral », a estimĂ© la ministre de l’Enseignement supĂ©rieur Geneviève Fioraso.
Les dĂ©putĂ©s Ă©cologistes, qui se sont abstenus, ont vu « plusieurs avancĂ©es », sur la reconnaissance du statut des doctorants ou sur un fonctionnement plus dĂ©mocratique Ă leurs yeux des conseils d’administration des universitĂ©s, qui ont rendu, a justifiĂ© Isabelle Attard, le texte « sensiblement meilleur ».
Au nom du Front de gauche, Marie-George Buffet a jugĂ© que la version finale du texte ne donnait toujours pas « de signe clair de rupture avec la loi LRU », risquait d’entraĂ®ner « la disparition Ă terme d’un certain nombre d’universitĂ©s de proximitĂ© », « fragilis(ait) les oeuvres universitaires » et ne lev(ait) pas les inquiĂ©tudes sur le devenir de la recherche fondamentale et des sciences humaines et sociales.
A l’inverse, l’UMP et de l’UDI ont martelĂ© que le projet de loi n’allait pas assez loin dans l’autonomie des universitĂ©s. Une « rĂ©gression » qui va dĂ©boucher sur « des universitĂ©s ingouvernables », va crĂ©er de « la frustration pour les bacheliers gĂ©nĂ©raux qui se trouveront davantage Ă©vincĂ©s des BTS et IUT », « nĂ©glige l’orientation professionnelle » et supprime l’agence d’Ă©valuation de la recherche « devenue bouc Ă©missaire », a dĂ©noncĂ© Patrick Hetzel (UMP).
S’il a notĂ© quelques apports conservĂ©s par le compromis sĂ©nateurs-dĂ©putĂ©s, Rudy Salles (UDI) a Ă©pinglĂ© le nouveau mode de pilotage des universitĂ©s comme « un poids mort » avec « des rigiditĂ©s empilĂ©es au prĂ©texte d’une idĂ©e de l’Ă©galitĂ© ».
Face aux critiques sur l’absence d’une programmation de moyens budgĂ©taires, la ministre a rĂ©torquĂ© que le budget 2013 de l’enseignement supĂ©rieur et de la recherche bĂ©nĂ©ficiait d’une « augmentation globale de 2,3 % », qu’il « sera(it) maintenu Ă ce mĂŞme niveau en 2014 dans un contexte budgĂ©taire contraint » et que plus de 1 000 crĂ©ations de postes Ă©taient prĂ©vues chaque annĂ©e du quinquennat.
Elle a ajoutĂ© que 4 milliards d’euros du plan d’investissements d’avenir annoncĂ© par Jean-Marc Ayrault bĂ©nĂ©ficieraient directement au supĂ©rieur et Ă la recherche.
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