Chauffés à blanc par cinq années d’austérité sous le mandat de Nicolas Sarkozy, les syndicats de fonctionnaires attendent le gouvernement de Jean-Marc Ayrault au tournant.
Il faut dire que les fonctionnaires ont constitué un gros bataillon d’électeurs pour la gauche lors des dernières présidentielle et législatives. 65 % d’agents du secteur public ont ainsi, lors du second tour du 7 mai dernier, accordé leur vote à François Hollande.
Néanmoins, toutes les centrales ont en tête la contrainte budgétaire à laquelle sont soumis les pouvoirs publics. « Nous sommes bien conscients que la marge de négociation est faible », reconnaît Christian Grolier, secrétaire général FCF FO.
Ce qui n’empêche pas le responsable syndical, à l’instar de ses homologues, de réclamer « des mesures concrètes, qui s’avèrent urgentes ».
Les organisations représentatives des fonctionnaires concentrent aujourd’hui leurs revendications sur deux points :
- La suppression du jour de carence en cas d’absence pour maladie, institué, sous le précédent gouvernement, par la loi de finances pour 2012.
- Une revalorisation du point d’indice, élément constitutif de la rémunération de tous les agents, gelé depuis 2009.
Marquer le changement – « La ministre Marylise Lebranchu nous a affirmĂ© que tous les sujets seraient sur la table des discussions, sans tabou, y compris sur la valeur du point », rapporte Baptiste Talbot, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la CGT Services Publics, relatant la rencontre organisĂ©e par la ministre de la Fonction publique, le 4 septembre 2012, pour prĂ©senter un agenda social aux organisations syndicales.
Pas de tabou, mais pas d’annonce. Notamment sur la suppression du jour de carence, que les syndicats considèrent comme une « mesure symbolique qui marquerait le changement », pour reprendre l’expression de Baptiste Talbot.
Marylise Lebranchu a même confirmé que le précédent gouvernement avait défalqué du budget de l’Etat 225 millions, somme correspondant à ce que l’institution d’un jour de carence permet d’économiser, pour la fonction publique d’Etat.
Elle n’a pas profité de l’occasion pour annoncer que la majorité actuelle reviendrait sur cette décision mais a indiqué que cette question serait abordée lors des discussions sur les rémunérations.
« Politiquement, il serait difficile pour le gouvernement de présenter cette décision à brûle-pourpoint. Il s’agit donc pour eux de l’habiller, ce qu’elle fait en l’intégrant à la problématique des rémunérations », analyse Jean-Claude Lenay, secrétaire national à la Fédération Interco-CFDT.
0,7 % en trois ans – La concertation qui s’ouvre sur les rĂ©munĂ©rations s’avère donc tendue. Le point d’indice n’a progressĂ© que de 0,7 % en trois ans.
Ce qui ne permet pas aux fonctionnaires de faire abstraction de l’inflation dans l’appréciation de leur pouvoir d’achat.
Les propositions se multiplient du côté des syndicats. « Nous n’avons pas de chiffre exact à fixer mais 5 % d’augmentation immédiate suivie d’un rattrapage sur le pouvoir d’achat, soit 12 % au total, pourrait nous sembler satisfaisant », fait valoir Christian Grolier.
Le rattrapage des « pertes accumulées depuis 2000 » constitue aussi une revendication de la CGT.
La FSU, elle, n’a pas hésité à exiger une hausse de 50 points du point d’indice lors de la réunion du 4 septembre.
La DGAFP a immédiatement sorti sa machine à calculer : une telle revalorisation représenterait un coût de 3 milliards, toutes fonctions publiques confondues.
Progressions de carrière – Au-delĂ de la question de la valeur du point, les organisations syndicales sont particulièrement attentifs au thème des progressions de carrière. En insistant sur les dĂ©buts d’échelle, pour les trois catĂ©gories, qui se rapprochent, d’annĂ©e en annĂ©e, du niveau du Smic.
Pour cette raison, la CFDT plaide pour une augmentation « différenciée du point, en répartissant les hausses en fonction d’objectifs politiques bien définis, sur les faibles rémunérations », avance Jean-Claude Lenay.
Sur la méthode, aussi, les syndicats interpellent la ministre. Ils continuent à se montrer satisfaits du ton employé par le nouveau gouvernement. Mais regrettent que la concertation, prélude à la négociation, s’échelonne sur les six prochains mois. « Dans ce calendrier, la négociation s’achèverait au mieux en mai-juin. Or 2013 ne peut être une année blanche sur les rémunérations ! » s’insurge le représentant de la CFDT.
Calendrier – Lors de la confĂ©rence de presse qui suivait la prĂ©sentation de l’agenda social aux syndicats, la ministre n’a pas fait mine de vouloir accĂ©lĂ©rer les discussions.
Tel que cela est prévu, les partenaires sociaux se verront régulièrement, selon le calendrier suivant, avec au menu :
Octobre :
- Bilan de l’évolution globale des rémunérations
Novembre :
- Fusion des corps
- Rémunérations indiciaires (grilles)
- Régimes indemnitaires
Décembre :
- Mobilité entre ministères et fonctions publiques
- Dispositifs d’attractivité et déconcentration des actes de gestion
- Mesures catégorielles
Janvier :
- Recrutements et parcours de carrière
- Formation professionnelle
- Action sociale
Février :
- Formation professionnelle
- Clôture de la concertation et perspectives pour une négociation (calendrier et méthode)
Cet article fait partie du Dossier
Gouvernement : les dossiers Ă risque
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Sommaire du dossier
- Le gouvernement doit résoudre plusieurs dossiers en urgence
- Fonction publique : les agents dans l’attente, sur les rĂ©munĂ©rations surtout
- Décentralisation : de nouveaux pouvoirs accordés aux régions
- Finances locales : quel Fpic pour 2013
- Politique de la ville : vers un nouveau zonage
- Quel financement du logement social
- Moderniser l’Etat sans faire de la RGPP
- Environnement : le chantier de la conférence environnementale
- Transports publics : grandes manœuvres en perspective








