Après l’effet papillon, voici l’effet domino ! Ou comment une dĂ©cision prise par la Chine pour protĂ©ger son environnement et ses habitants va impacter les collectivitĂ©s françaises. Le ministère chinois de protection de l’environnement a donc dĂ©cidĂ© de devenir plus regardant sur les dĂ©chets qui sont importĂ©s dans son territoire. C’est ce que rĂ©vèle Federec (la fĂ©dĂ©ration des entreprises du recyclage) dans un communiquĂ© du 21 juillet : « plusieurs catĂ©gories de dĂ©chets sont dĂ©sormais interdites Ă l’importation en Chine comme, par exemple certains plastiques, les papiers en mĂ©lange, les matières textiles (par exemple laine et coton), les laitiers, scories (autres que les laitiers granulĂ©s), croutes d’oxydes et autres dĂ©chets provenant de la fabrication du fer ou de l’acier ».
Il faut admettre que c’est une bonne nouvelle pour ce pays, qui se dĂ©cide Ă agir en matière de protection de l’environnement avec un programme ronflant baptisĂ© « National Sword ». Certains dĂ©chets seront donc interdits ou limitĂ©s, et les usines chinoises qui ne respecteront pas ces nouvelles contraintes (normes environnementales, autorisations d’importation ou conditions techniques) seront carrĂ©ment fermĂ©es. « Il faut donc s’attendre Ă une très forte limitation des volumes, voire l’arrĂŞt des importations », estime Fererec.
Un impact difficile à évaluer pour les collectivités
Par effet domino, donc, les collectivitĂ©s françaises vont donc avoir plus de difficultĂ©s pour trouver des filières de recyclages de leurs matières premières secondaires. Si la profession du recyclage prĂ©voit dĂ©jĂ un impact de cette dĂ©cision chinoise sur son activitĂ©, selon Olivier Castagno, responsable du pĂ´le dĂ©chets de l’association Amorce, « il est encore trop tĂ´t pour estimer les incidences pour les collectivitĂ©s. Cela dĂ©pendra des types de dĂ©chets concernĂ©s. Il faut aussi apprĂ©cier la part des dĂ©chets relevant sur service public des dĂ©chets mĂ©nagers qui seront impactĂ©es. C’est Ă dire la part qui est orientĂ©e vers le grand export. Selon les Ă©tudes existantes, elle est comprise entre 0 et 20%, suivant le type de dĂ©chets, en sachant que tout ne part pas vers la Chine ».
Si les conséquences ne sont donc pas encore connues, l’impact serait bien réel. L’association Amorce prévoit d’ailleurs d’interroger ses adhérents pour mesurer les éventuelles tensions dans le cadre des consultations que lancent les collectivités sur leurs différents flux (1), et auxquelles répondent les entreprises membres de la Fnade et de Federec. Les conséquences pourraient aller d’une décote sur les prix à la fermeture complète de débouchés de recyclage, ce qui obligerait à trouver ailleurs d’autres débouchés.
Des critères qualitatifs à définir
Olivier Castagno reconnait que l’incidence de ce retournement du gouvernement chinois va être difficile à observer, sachant que l’interdiction n’a pas encore été actée – elle est annoncée pour la fin de l’année 2017, « probablement à partir du mois de septembre », selon Federec.
« Les produits les plus concernĂ©s seront ceux de moindre qualitĂ©. Encore faut-il vĂ©rifier que les nouveaux critères, plus qualitatifs, qui seront dĂ©cidĂ©s par la Chine ne soient pas dĂ©jĂ remplis par nos matières premières secondaires », remarque Ă juste titre le reprĂ©sentant d’Amorce.
S’il faut amĂ©liorer la qualitĂ© de ces matières premières secondaires, Federec estime qu’il faudra faire Ă©voluer les installations sur plusieurs points : par la crĂ©ation d’unitĂ©s de lavage, l’amĂ©lioration du tri des matĂ©riaux, la redĂ©finition des normes et standards de qualitĂ©, la crĂ©ation d’unitĂ©s de production nationales.
Les conséquences pour les entreprises du recyclage
Étant en aval de filière, Federec a déjà une idée plus précise de l’impact de cette mesure. Tout d’abord sur le type de déchets impactés  : « Les plastiques sont particulièrement touchés puisque 8 familles sont concernées, principalement issues des plastiques triés, en mélange, ou « à laver » (PE, films plastiques, styréniques, PVC, PET, PET Bouteilles, PC CD/DVD, autres déchets et rebuts plastiques) ».
Sur le plan quantitatif, Federec estime Ă 9 millions de tonnes la quantitĂ© de plastiques importĂ©s par la Chine tous les ans. Et la fĂ©dĂ©ration de souligner que les usines existantes dans le reste du monde n’auront pas la capacitĂ© d’absorber ce surplus. « Cette absence de dĂ©bouchĂ©s oblige notre profession Ă prendre des mesures drastiques sur les volumes et les qualitĂ©s aujourd’hui collectĂ©s (surtri, lavage, valorisations alternatives) et Ă chercher en urgence des solutions de substitution afin d’en limiter les productions », indique-t-elle dans son communiquĂ©.
Enfin, Federec souligne qu’en France, ses centres de tri n’ont pas les capacitĂ©s de stockage suffisantes, et donc que cette annonce du gouvernement chinois va entrainer « une Ă©volution très importante du marchĂ© », obligeant tous les pays producteurs de ces matières Ă en repenser la fabrication, et en complĂ©ment Ă revoir la gestion de leurs dĂ©chets.
Thèmes abordés
Notes
Note 01 Pour celles qui sont propriétaires des matières premières secondaires et qui lancent des consultations Retour au texte








