« Les personnes Ă hauts revenus et Ă bas revenus se dĂ©placent et ainsi se cĂ´toient pendant la journĂ©e », rappelait, en novembre dernier, une note de l’Insee. S’appuyant sur les donnĂ©es de mobilitĂ© issues de la tĂ©lĂ©phonie mobile, elle se penchait sur la manière dont les habitants Ă hauts et bas revenus se rĂ©partissent et se croisent Ă Paris, Lyon et Marseille. Et rĂ©vĂ©lait, notamment, que la mixitĂ© sociale Ă©tait plus forte en journĂ©e sur les lieux d’activitĂ©, que pendant la nuit dans les quartiers de rĂ©sidence.
Un tout nouvel outil, le Mobiliscope, dĂ©voilĂ© dans une nouvelle version le mercredi 7 avril 2021 par le CNRS, permet d’en apprendre encore plus sur les populations prĂ©sentes Ă chaque heure, dans chaque territoire d’une agglomĂ©ration.
Zoomer sur des phénomènes invisibles
Le Mobiliscope, qui s’appuie sur des donnĂ©es du Cerema, et a reçu le soutien de l’ANCT, « montre de manière visuelle comment Ă©volue la composition sociale d’une ville ou d’un quartier au cours de la journĂ©e, grâce aux donnĂ©es d’enquĂŞtes de dĂ©placement ». Un outil qui permet aux « acteurs locaux » d’agir « au bon endroit, au bon moment ».
Dans sa nouvelle version, cet outil intègre des informations pour 10 000 communes françaises, soit l’équivalent de 65 % de la population, collectĂ©es lors d’enquĂŞtes rĂ©alisĂ©es depuis 2009. Il permet donc de zoomer très prĂ©cisĂ©ment sur « la sĂ©grĂ©gation dans les villes au cours de la journĂ©e ».
« Scientifiques et acteurs publics peuvent ainsi observer des phĂ©nomènes de gentrification ou paupĂ©risation au quotidien, qui seraient invisibles s’ils s’en tenaient aux seuls lieux de rĂ©sidences, mais aussi faire coĂŻncider les temporalitĂ©s de l’action publique avec celles des populations et des territoires », souligne le communiquĂ©.
Ségrégation sociale
On peut ainsi observer les dĂ©placements des cadres depuis la banlieue ouest de Lyon vers les centres d’affaires, le matin, et, en sens inverse, Ă la fin de la journĂ©e. Plusieurs filtres permettent, en effet, de se concentrer sur une partie seulement de la population, en analysant leur nombre ou la part qu’ils reprĂ©sentent dans chaque zone du territoire analysĂ©.
La sĂ©grĂ©gation sociale, observĂ©e au niveau rĂ©sidentiel, « se reproduit au cours de la journĂ©e en dĂ©pit (ou justement Ă cause) des dĂ©placements quotidiens : les plus riches et les plus pauvres demeurent, en journĂ©e, les groupes sociaux pour lesquels l’entre-soi est le plus fort, au contraire des classes moyennes systĂ©matiquement plus dispersĂ©es sur le territoire que ce soit la nuit ou le jour », analysent les concepteurs du Mobiliscope.
Assignation à résidence
L’outil permet notamment d’observer « l’assignation Ă rĂ©sidence », telle que dĂ©crite en 2018 par Emmanuel Macron, Ă propos des habitants des QPV. Ainsi, selon les donnĂ©es collectĂ©es Ă Dijon, les habitants en QPV ne sortent que très peu des territoires oĂą ils vivent, et il y a toujours moins de 30% de personnes n’habitant pas dans les QPV dans le secteur « Dijon – Fontaine d’Ouche ».
Représentation spatiale des inégalités femmes-hommes
Parmi les autres grandes tendances qui se dĂ©gagent, il ressort que la paritĂ© femmes-hommes dans les quartiers « diminue fortement en journĂ©e, avec des zones qui deviennent majoritairement fĂ©minines et d’autres majoritairement masculines, en lien avec le volume, la localisation et les horaires des activitĂ©s (professionnelles et domestiques) auxquelles les deux sexes sont inĂ©galement assujettis ».
Cette chorĂ©graphie des personnes sur un territoire au cours d’une journĂ©e rejoint la question de l’accessibilitĂ© des Ă©quipements de proximitĂ©, passĂ©e au premier plan avec la crise sanitaire et les confinements, et la popularisation du concept de « ville du quart d’heure ». La plateforme donnera sans doute du grain Ă moudre aux partisans des politiques temporelles, qui amènent Ă repenser les rythmes de la ville et les fonctions dĂ©volues aux diffĂ©rents Ă©quipements qui la composent. Surtout que l’ensemble des donnĂ©es prĂ©sentĂ©es peuvent ĂŞtre tĂ©lĂ©chargĂ©es d’un simple clic.
Des données très fines
Les donnĂ©es utilisĂ©es par le Mobiliscope permettent d’aller encore plus loin que les donnĂ©es de tĂ©lĂ©phonie mobile utilisĂ©es, par exemple, dans l’étude de l’Insee. En effet, elles fournissent « non seulement des informations sociologiques (âge, sexe, catĂ©gorie socioprofessionnelle), mais aussi les motifs de dĂ©placement et les modes de transport utilisĂ©s » (1). Cette prĂ©cision a cependant un coĂ»t : les enquĂŞtes sont renouvelĂ©es tous les dix ans. Ainsi, les informations relatives Ă l’agglomĂ©ration de Bayonne datent de 2010, celles des alentours de Caen ont Ă©tĂ© collectĂ©es en 2011.
Thèmes abordés
Notes
Note 01 Le Mobiliscope utilise et transforme des données concernant « 2 528 000 déplacements réalisés par 792 000 personnes interrogées au cours de vastes enquêtes publiques. En France, ces enquêtes sont commandées par les collectivités, tous les dix ans environ, et réalisées selon une méthodologie standardisée du Cerema (sauf pour l’Ile-de-France) », précise le communiqué Retour au texte










