Les Strasbourgeois restent les champions de France de la petite reine. Le vĂ©lo reprĂ©sente, selon la mairie, près de 18 % des dĂ©placements dans le grand centre et 10 % dans l’ensemble de la ville. Les habitants circulent Ă©galement en tramway. Car dans la capitale alsacienne, ce mode de transport, abandonnĂ© comme partout en France Ă l’orĂ©e des annĂ©es 1960, a fait son retour avec une première ligne mise en service en 1994. Mais pas question de le cantonner aux faubourgs de la ville, il traverse le centre-ville Ă proximitĂ© de la cathĂ©drale et de la place KlĂ©ber.
C’est depuis le centre de supervision de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), l’opĂ©rateur historique installĂ© dans le quartier Cronenbourg, que le rĂ©seau d’une centaine de tramways et de 240 bus est pilotĂ©. « L’entreprise a Ă©tĂ© créée par les Allemands en 1877. Ă€ l’Ă©poque, il s’agissait de vĂ©hicules hippomobiles, rappelait Jean-Philippe Lally, le directeur gĂ©nĂ©ral de la CTS en octobre 2018. Nous enregistrons 250 voyages par an et par personne.
C’est le meilleur rĂ©sultat en France, hors Paris, mais c’est encore loin de l’Allemagne et de la Suisse. » La CTS, qui exploite 6 lignes de tram et 27 de bus, assure 442 000 voyages par jour, avec une progression constante (2,8 % en 2017). Elle est dĂ©tenue majoritairement par EuromĂ©tropole de Strasbourg (EMS).
C’est en 2020 que se termine son contrat de concession avec la mĂ©tropole, qui lui a demandĂ© de faire 5 millions d’euros d’Ă©conomies pour le prolonger. L’objectif est atteint. La compagnie a fait appel Ă davantage de sous-traitance, notamment sur les lignes de la seconde couronne les moins frĂ©quentĂ©es. Son effectif est passĂ© de 1 600 Ă 1 500 personnes et elle va se transformer en sociĂ©tĂ© publique locale (SPL).
Aujourd’hui, « 47 % des dĂ©penses sont couvertes par les recettes, ce qui est rare en France », se fĂ©licite Jean-Philippe Lally. La CTS est aussi propriĂ©taire de l’ensemble du matĂ©riel roulant.
Sa filiale pour la location de vĂ©los, VĂ©lhop, créée en 2010, est l’antithèse du VĂ©lib’ parisien. « Nous avons refusĂ© le système ”one way” avec des bornes pour reposer son vĂ©lo, prĂ©vient Camille Janton, la directrice commerciale de la CTS. Car cela reprĂ©sente un coĂ»t pour la collectivitĂ©. Nous avons optĂ© pour la location Ă la demi-journĂ©e ou Ă la journĂ©e, avec obligation de rapporter le vĂ©lo au point de dĂ©part. S’ils le prĂ©fèrent, les Strasbourgeois peuvent marcher. La ville n’est pas si grande. »
VĂ©lhop privilĂ©gie le contact, car s’il y a une vingtaine de stations pour louer son vĂ©lo, on peut aussi passer par des boutiques.
Alors que la mĂ©tropole compte passer en zone Ă faibles Ă©missions (ZFE), les transports en commun montrent l’exemple. La flotte de bus roule majoritairement au gaz naturel pour vĂ©hicules (GNV) – les premiers datent de 2010 – et les bus diesel ont basculĂ© rĂ©cemment vers le « gas to liquid » (GTL, du gaz transformĂ© en carburant liquide), mais ce n’est qu’une solution transitoire.
« Nous avons dĂ©cidĂ© de n’acheter que des bus Ă©lectriques et avons lancĂ© un premier appel d’offres pour un accord-cadre de 20 vĂ©hicules, explique Jean-Philippe Lally. Depuis deux ans, nous menons des essais et nous avons choisi de faire une recharge de nuit en fin de service. »
Un projet de réseau express métropolitain
Sur la billettique aussi, la mĂ©tropole alsacienne est Ă l’avant-garde. « Nous avons Ă©tĂ© les premiers, il y a trois ans, Ă avoir une validation NFC sur smartphone », rappelle le directeur gĂ©nĂ©ral de la CTS. L’intĂ©gration tarifaire a Ă©tĂ© effectuĂ©e fin 2016 pour les TER.
« L’idĂ©e d’un rĂ©seau express mĂ©tropolitain Ă l’horizon de 2030 pour la deuxième couronne est envisagĂ©e, car il permettrait Ă la population d’aller deux ou trois fois plus vite qu’en bus. Il faut dĂ©velopper le cadencement et la frĂ©quence. Il n’y a actuellement pas assez de trains, constate Jean-Baptiste Gernet, du mouvement de BenoĂ®t Hamon GĂ©nĂ©ration-s, adjoint au maire de Strasbourg chargĂ© des mobilitĂ©s alternatives et de la logistique urbaine. L’enjeu est de dĂ©gager une capacitĂ© de financement de 20 Ă 30 millions d’euros par an. »
Alors que le tramway a franchi le Rhin et la frontière en direction de la ville allemande de Kehl, des extensions sont encore programmĂ©es. Mais la mĂ©tropole veut surtout dĂ©velopper les bus Ă haut niveau de service (BHNS). « Nous sommes saturĂ©s au niveau des infrastructures de tramway », indique-t-on Ă la CTS. Le plus grand des trois dĂ©pĂ´ts de la compagnie se trouve au siège de Cronenbourg (39 trams et une centaine de bus). Sous un vaste hangar, des bus sont branchĂ©s pour faire le plein de gaz. Plus loin, les tramways sont nettoyĂ©s. Dans l’atelier de maintenance, 75 personnes assurent l’essentiel des rĂ©visions pĂ©riodiques et annuelles, mais aussi la grande inspection dĂ©cennale.
« Tout est dĂ©montĂ©, raconte Olivier Hiessler, le responsable coordination et industrialisation de la maintenance. Nous changeons les compresseurs, l’intĂ©rieur de la rame, les parois extĂ©rieures et les bogies sont remis Ă neuf. » Un lève-train permet de dĂ©solidariser les bogies. Dans un autre atelier, moteurs de bus, bogies, pantographes… sont rĂ©novĂ©s et une cabine de peinture peut accueillir une demi-rame.
Mais la voiture n’est pas enterrĂ©e. ContestĂ©, le grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg a reçu l’aval du gouvernement. MĂŞme s’il prĂ©voit une voie dĂ©diĂ©e aux bus et aux vĂ©hicules en covoiturage, « c’est un projet lancĂ© il y a quarante ans, tempĂŞte Jean-Baptiste Gernet. Aujourd’hui, construire une autoroute Ă trois kilomètres du centre n’a pas de sens ». Le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), est lui, dĂ©sormais, favorable au GCO. Il n’est pas si simple de se dĂ©barrasser de la voiture…
« De constants efforts pour donner une place au vélo »
Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire de Strasbourg chargé des mobilités alternatives
Quelle est la part du vélo dans les déplacements à Strasbourg ?
En 2009, le vélo représentait 8 % des déplacements pour toute la métropole, y compris en seconde 
Que pensez-vous du plan vĂ©lo dans la future loi d’orientation des mobilitĂ©s ?
J’ai prĂ©sidĂ© le groupe MobilitĂ© active aux Assises de la mobilitĂ©, en dĂ©cembre 2017. C’est un peu paradoxal : nous sommes dans quelque chose d’inĂ©dit, avec pour la première fois un plan vĂ©lo, et c’est insuffisant. Élisabeth Borne dit qu’il faut arrĂŞter de traiter le vĂ©lo avec condescendance.
Or, avec tous les projets Ă venir, nous avions Ă©valuĂ© les besoins Ă 200 millions d’euros et nous n’en aurons que 50 millions par an. Un dĂ©but de rĂ©ponse qui n’est pas Ă la hauteur de l’enjeu de tripler la part du vĂ©lo dans les dĂ©placements.
De nouvelles mobilitĂ©s arrivent en free floating. Un casse-tĂŞte Ă venir…
On parle de mobilitĂ© active pour la marche et le vĂ©lo car ces modes de dĂ©placement procurent des bĂ©nĂ©fices pour la santĂ© et l’environnement. La trottinette Ă©lectrique ne rĂ©pond pas Ă cet enjeu et pose en outre un problème de cohabitation. Elle ne doit pas rouler sur les trottoirs.
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Ville économe
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Sommaire du dossier
- Rendre la ville intelligente permet de faire des économies
- Avec le label E+C-, les bâtiments deviennent éco-responsables
- L’Ă©lectricitĂ© en circuit court, un vrai courant alternatif
- Lumière sur le rechargement des véhicules électriques par les lampadaires
- Strasbourg, pionnière de la mobilité décarbonée
Thèmes abordés








