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Villes du futur, villes durables

Avec le label E+C-, les bâtiments deviennent éco-responsables

Publié le 04/10/2019 • Par Auteur associé • dans : Dossiers d'actualité

Le siège d'Izuba Energies à Fabrègues (Hérault) comprend une ossature en bois, une isolation en paille et des enduits en terre et paille.
Le siège d'Izuba Energies à Fabrègues (Hérault) comprend une ossature en bois, une isolation en paille et des enduits en terre et paille. D.R.
L'analyse des expérimentations menées depuis 2016 sous le label E+C- pointe la difficulté à articuler performance énergétique et faible empreinte carbone. Retours d'expérience.

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Christiane Wanaverbecq

respectivement rédacteur en chef du « Moniteur », directeur de la rédaction de « La Gazette des communes », directrice de la rédaction de « L’Usine nouvelle » et directeur de la rédaction de « LSA »

Cet article fait partie du dossier

Ville économe

Dans moins d’un an, la future réglementation environnementale (RE 2020) devra traduire les enseignements de la démarche Bâtiment à énergie positive et réduction carbone, expérimentée depuis novembre 2016 sous le label E+C-.

« La publication du texte reste attendue pour mi-2020 », a confirmé Mickaël Thiery, adjoint au sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction au sein de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP) lors du 8 e Congrès international du bâtiment durable « Cities to Be », à Angers, mi-septembre.

Alors que les groupes de concertation se réunissent, l’observatoire Objectif bâtiment énergie-carbone (Obec) met déjà à disposition les informations des 957 bâtiments regroupés au travers de 702 opérations, simplement conçues ou même livrées, depuis trois ans dans le cadre de l’expérimentation E+C-.

Il apporte ainsi des données instructives, à défaut d’être représentatives, sur une part infime de la construction neuve : 4 817 logements (soit à peine 0,36 % des programmes neufs) et 372 605 m2 de tertiaire. Bien difficile dès lors de tirer des conclusions fermes d’un tel panel. D’autant que les maisons individuelles ou accolées (580) et les logements collectifs (230) y sont surreprésentés par rapport aux immeubles de bureaux, encore peu nombreux (53), et à la quarantaine d’équipements, parmi lesquels 15 écoles primaires, 13 collèges et un tribunal.

Trois départements en tête

Leur localisation sur le territoire est elle aussi très disparate. Trois départements caracolent en tête du classement : le Rhône avec 69 bâtiments, la Haute-Garonne avec 51 édifices, et la Seine-Maritime, qui compte 40 projets et chantiers. Aucune opération n’est encore inscrite dans le Loiret ou dans des départements ruraux comme la Lozère ou la Creuse.

Le tableau détaille tout le « contenu carbone », c’est-à-dire les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication des matériaux, mais également à la construction,à l’exploitation et à la déconstruction du bâtiment. Parmi les 957 réalisations étudiées, 10 % seulement atteignent le niveau C2, 58 % le niveau C1, les autres restant à CO. Côté énergie, elles ne sont que huit sur 957 à décrocher le niveau d’énergie positive E4, quand 20 % atteignent le niveau E3 et 57 % le niveau E2.

Un seul bâtiment détient la note E4 C2 depuis 2017. Il s’agit de LowCal, le siège social « low tech » de la société Enertech. « Nous sommes bien sûr fiers de cette notation », se félicite son gérant Thierry Rieser. Il relativise néanmoins : « Nous verrons l’an prochain si les campagnes de mesures de l’Ademe confirment que nous ne dépassons pas le seuil d’émission maximum de 800 kg de CO2/m2 an, et si notre concept est généralisable. »

Si les réalisations sont anonymisées dans le fichier, croiser localisation, typologie et surface de plancher permet de le repérer sous le numéro de code 87. Il côtoie sur le podium une opération de logements collectifs : la résidence Alizari à Malaunay (Seine-Maritime). Ces 31 logements sociaux partageant des services avec une résidence pour personnes âgées ont obtenu la note E3 C2 et le label Passiv’Haus grâce à une construction en béton classique et une conception bioclimatique.

Autre bon élève, Izuba Energies (Hérault) a conçu son siège social comme un démonstrateur du faible impact environnemental. Les 462 m2 sur deux niveaux comprennent une ossature en bois, une isolation en paille et des enduits qui associent terre et paille.

Pourtant, il n’obtient que la note C1, en raison de l’impact de sa pompe à chaleur reliée à des sondes géothermiques sur son bilan carbone. Un exemple qui illustre la difficulté de comparer ces performances, tant l’usage, l’échelle et l’environnement immédiat de chaque bâtiment diffèrent.

Du béton à la terre crue

L’analyse des matériaux de construction employés étonne également. En structure, l’usage du béton prédomine (55 %), devant la terre cuite (26 %), le bois massif et un peu de bois reconstitué très minoritaire (10,8 %).

En façade, les proportions sont quasiment identiques, sauf pour le bois, qui tombe à 2 %, comme la paille, mais remonte à 6,2 % sous la forme de panneaux de bois. En comparaison, la pierre et le verre font figure d’exceptions. Un seul bâtiment de 939 m2 SP est constitué de terre crue. Il s’agit d’une pépinière d’entreprises, le CAP à Saint-Clair-de-la-Tour (Isère), dans une région qui développe une expertise dans la construction en pisé.

Une nouvelle approche qui devrait changer la donne sur le marché des matériaux de construction avec une prise en compte de leur provenance ou de leur recyclabilité… Autant d’éléments qui doivent être indiqués dans les Fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES).

« Les matériaux biosourcés, recyclables ou issus de matières recyclées présentent des atouts indéniables pour réaliser de bonnes performances », explique Julien Hans, directeur énergie et environnement au CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment).

En revanche, Thierry Rieser constate que « les mauvaises notes des polyuréthanes, des PVC ou des aciers galvanisés (omniprésent dans les doublages) obligeront probablement les concepteurs à s’interroger sur les possibilités de substitution ».

Une baisse de 1,5 % au lieu de 5,5 %. Seule certitude la démarche engagée doit maintenant être amplifiée. Le 25 juin, le Haut conseil pour le climat soulignait que les émissions de gaz à effet de serre liées au secteur du bâtiment diminuaient trois fois moins vite que prévu et représentaient 19 % des émissions nationales en 2018 (84 Mt CO2e). La baisse ne représente, en moyenne, que 1,5 % par an sur la période 2015-2018. Or, la trajectoire fixée pour atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris en 2015 est de 5,5 % de baisse chaque année.

 

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