Dans moins d’un an, la future rĂ©glementation environnementale (RE 2020) devra traduire les enseignements de la dĂ©marche Bâtiment Ă Ă©nergie positive et rĂ©duction carbone, expĂ©rimentĂ©e depuis novembre 2016 sous le label E+C-.
« La publication du texte reste attendue pour mi-2020 », a confirmĂ© MickaĂ«l Thiery, adjoint au sous-directeur de la qualitĂ© et du dĂ©veloppement durable dans la construction au sein de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP) lors du 8 e Congrès international du bâtiment durable « Cities to Be », Ă Angers, mi-septembre.
Alors que les groupes de concertation se rĂ©unissent, l’observatoire Objectif bâtiment Ă©nergie-carbone (Obec) met dĂ©jĂ Ă disposition les informations des 957 bâtiments regroupĂ©s au travers de 702 opĂ©rations, simplement conçues ou mĂŞme livrĂ©es, depuis trois ans dans le cadre de l’expĂ©rimentation E+C-.
Il apporte ainsi des donnĂ©es instructives, Ă dĂ©faut d’ĂŞtre reprĂ©sentatives, sur une part infime de la construction neuve : 4 817 logements (soit Ă peine 0,36 % des programmes neufs) et 372 605 m2 de tertiaire. Bien difficile dès lors de tirer des conclusions fermes d’un tel panel. D’autant que les maisons individuelles ou accolĂ©es (580) et les logements collectifs (230) y sont surreprĂ©sentĂ©s par rapport aux immeubles de bureaux, encore peu nombreux (53), et Ă la quarantaine d’Ă©quipements, parmi lesquels 15 Ă©coles primaires, 13 collèges et un tribunal.
Trois départements en tête
Leur localisation sur le territoire est elle aussi très disparate. Trois dĂ©partements caracolent en tĂŞte du classement : le RhĂ´ne avec 69 bâtiments, la Haute-Garonne avec 51 Ă©difices, et la Seine-Maritime, qui compte 40 projets et chantiers. Aucune opĂ©ration n’est encore inscrite dans le Loiret ou dans des dĂ©partements ruraux comme la Lozère ou la Creuse.
Le tableau dĂ©taille tout le « contenu carbone », c’est-Ă -dire les Ă©missions de gaz Ă effet de serre liĂ©es Ă la fabrication des matĂ©riaux, mais Ă©galement Ă la construction,Ă l’exploitation et Ă la dĂ©construction du bâtiment. Parmi les 957 rĂ©alisations Ă©tudiĂ©es, 10 % seulement atteignent le niveau C2, 58 % le niveau C1, les autres restant Ă CO. CĂ´tĂ© Ă©nergie, elles ne sont que huit sur 957 Ă dĂ©crocher le niveau d’Ă©nergie positive E4, quand 20 % atteignent le niveau E3 et 57 % le niveau E2.
Un seul bâtiment dĂ©tient la note E4 C2 depuis 2017. Il s’agit de LowCal, le siège social « low tech » de la sociĂ©tĂ© Enertech. « Nous sommes bien sĂ»r fiers de cette notation », se fĂ©licite son gĂ©rant Thierry Rieser. Il relativise nĂ©anmoins : « Nous verrons l’an prochain si les campagnes de mesures de l’Ademe confirment que nous ne dĂ©passons pas le seuil d’Ă©mission maximum de 800 kg de CO2/m2 an, et si notre concept est gĂ©nĂ©ralisable. »
Si les rĂ©alisations sont anonymisĂ©es dans le fichier, croiser localisation, typologie et surface de plancher permet de le repĂ©rer sous le numĂ©ro de code 87. Il cĂ´toie sur le podium une opĂ©ration de logements collectifs : la rĂ©sidence Alizari Ă Malaunay (Seine-Maritime). Ces 31 logements sociaux partageant des services avec une rĂ©sidence pour personnes âgĂ©es ont obtenu la note E3 C2 et le label Passiv’Haus grâce Ă une construction en bĂ©ton classique et une conception bioclimatique.
Autre bon élève, Izuba Energies (Hérault) a conçu son siège social comme un démonstrateur du faible impact environnemental. Les 462 m2 sur deux niveaux comprennent une ossature en bois, une isolation en paille et des enduits qui associent terre et paille.
Pourtant, il n’obtient que la note C1, en raison de l’impact de sa pompe Ă chaleur reliĂ©e Ă des sondes gĂ©othermiques sur son bilan carbone. Un exemple qui illustre la difficultĂ© de comparer ces performances, tant l’usage, l’Ă©chelle et l’environnement immĂ©diat de chaque bâtiment diffèrent.
Du béton à la terre crue
L’analyse des matĂ©riaux de construction employĂ©s Ă©tonne Ă©galement. En structure, l’usage du bĂ©ton prĂ©domine (55 %), devant la terre cuite (26 %), le bois massif et un peu de bois reconstituĂ© très minoritaire (10,8 %).
En façade, les proportions sont quasiment identiques, sauf pour le bois, qui tombe Ă 2 %, comme la paille, mais remonte Ă 6,2 % sous la forme de panneaux de bois. En comparaison, la pierre et le verre font figure d’exceptions. Un seul bâtiment de 939 m2 SP est constituĂ© de terre crue. Il s’agit d’une pĂ©pinière d’entreprises, le CAP Ă Saint-Clair-de-la-Tour (Isère), dans une rĂ©gion qui dĂ©veloppe une expertise dans la construction en pisĂ©.
Une nouvelle approche qui devrait changer la donne sur le marchĂ© des matĂ©riaux de construction avec une prise en compte de leur provenance ou de leur recyclabilité… Autant d’Ă©lĂ©ments qui doivent ĂŞtre indiquĂ©s dans les Fiches de dĂ©claration environnementale et sanitaire (FDES).
« Les matériaux biosourcés, recyclables ou issus de matières recyclées présentent des atouts indéniables pour réaliser de bonnes performances », explique Julien Hans, directeur énergie et environnement au CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment).
En revanche, Thierry Rieser constate que « les mauvaises notes des polyurĂ©thanes, des PVC ou des aciers galvanisĂ©s (omniprĂ©sent dans les doublages) obligeront probablement les concepteurs Ă s’interroger sur les possibilitĂ©s de substitution ».
Une baisse de 1,5 % au lieu de 5,5 %. Seule certitude la dĂ©marche engagĂ©e doit maintenant ĂŞtre amplifiĂ©e. Le 25 juin, le Haut conseil pour le climat soulignait que les Ă©missions de gaz Ă effet de serre liĂ©es au secteur du bâtiment diminuaient trois fois moins vite que prĂ©vu et reprĂ©sentaient 19 % des Ă©missions nationales en 2018 (84 Mt CO2e). La baisse ne reprĂ©sente, en moyenne, que 1,5 % par an sur la pĂ©riode 2015-2018. Or, la trajectoire fixĂ©e pour atteindre les objectifs fixĂ©s par l’Accord de Paris en 2015 est de 5,5 % de baisse chaque annĂ©e.
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Ville économe
Sommaire du dossier
- Rendre la ville intelligente permet de faire des économies
- Avec le label E+C-, les bâtiments deviennent éco-responsables
- L’Ă©lectricitĂ© en circuit court, un vrai courant alternatif
- Lumière sur le rechargement des véhicules électriques par les lampadaires
- Strasbourg, pionnière de la mobilité décarbonée
Thèmes abordés









