La feuille de route de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, publiée début septembre, semble indiquer la fin à venir des machines à voter. Dans ce plan d’action, le ministre de l’Intérieur explique que différentes « mesures de simplification, concourant à la sécurité informatique, juridique et matérielle des scrutins électoraux seront proposées ». Parmi ces mesures : l’interdiction des machines à voter. Ce qui ne plaît pas aux différentes communes qui continuent à y recourir. En 2012, elles étaient encore 64, soit 1,1 millions d’électeurs.
Ce n’est pas la première fois que ce sujet est posé sur la table. Car cela fait presque 50 ans que le vote par machine figure dans le droit électoral (loi n° 69-419 du 10 mai 1969 modifiant certaines dispositions du code électoral), et presque 50 ans que cela fait débat.
D’ailleurs, Ă la suite de difficultĂ©s survenues au cours du premier tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2007, le gouvernement a gelĂ© en 2008 le pĂ©rimètre des communes utilisatrices. C’est ce que rappelle un rapport sĂ©natorial de 2014 consacrĂ© au vote Ă©lectronique, qui prĂ©cise que depuis ce moratoire, seules les 83 communes concernĂ©es en 2007 sont aujourd’hui encore autorisĂ©es Ă utiliser de tels appareils.
Des risques non négligeables
Les auteurs de ce rapport, Alain Anziani (PS) et Antoine Lefèvre (LR), se montraient particulièrement pessimistes quant Ă l’avenir de ces machines Ă voter. Selon eux, les difficultĂ©s sont trop nombreuses : l’impossible traçabilitĂ© pour l’électeur, l’opacitĂ© du vote ou encore les difficultĂ©s Ă assurer parfaitement l’intĂ©gritĂ© du secret du vote.
Par conséquent, les deux sénateurs préconisaient une pérennisation du moratoire qui est en vigueur depuis 2007. Ces derniers insistaient également sur la nécessité de compléter la liste des conditions exigées par la loi pour permettre l’utilisation des machines à voter et d’abandonner toute aide financière de l’Etat à leur achat. Une manière indirecte de sonner le glas des achats de nouvelles machines, puisque celles-ci représentent un coût élevé (entre 4 000 et 6 000 euros).
Le seul avantage dĂ©celĂ© par les rapporteurs du rapport sĂ©natorial rĂ©side dans le gain de temps que ces dispositifs permettent de rĂ©aliser grâce au dĂ©pouillement Ă©lectronique. Car, toujours selon ce rapport, la prĂ©sence de machines Ă voter ne joue pas sur la participation Ă©lectorale (ils ont, pour ce faire, comparĂ© la participation dans des communes utilisant ces dispositifs Ă la moyenne de participation nationale durant l’Ă©lection municipale des 23 et 30 mars 2014). C’Ă©tait pourtant bien l’objectif principal de leur mise en place.
Cette question devrait revenir très prochainement sur la table, le ministre de l’IntĂ©rieur ayant l’intention de prĂ©senter un projet de loi pour porter rĂ©forme de l’organisation des scrutins durant le premier semestre 2018, dans lequel une disposition sera consacrĂ©e Ă l’interdiction des machines Ă voter.
Les mairies en colère
Une probable interdiction qui n’est pas du goĂ»t des maires des diffĂ©rentes communes qui utilisent encore ces dispositifs. Claude Capillon, maire de Rosny-sous-Bois et prĂ©sident de l’AVVE (l’association des villes pour le vote Ă©lectronique) demande d’ailleurs que le dĂ©bat soit portĂ© sur la place publique Ă l’occasion du projet de loi, « afin de mettre fin aux fantasmes et d’Ă©claircir les choses ».
Jean-Yves Sénant, maire d’Antony (Hauts-de-Seine) a de son côté adressé une lettre au Président de la République. Il y assure que « parmi les villes qui utilisent aujourd’hui les machines à voter, vous n’en trouverez pas une seule qui ait regretté ce choix. » Partant de l’expérience de sa commune, il explique que ces machines à voter ont permis « de simplifier l’organisation des scrutins, de gagner un temps précieux dans l’acquisition des résultats, et d’en fiabiliser le déroulement en excluant tout risque de fraude, contrairement au vote papier ».
GĂ©rard Martin, adjoint au maire chargĂ© des Ă©lections Ă Issy-les-Moulineaux, trouve mĂŞme l’intention du gouvernement « aberrante ». « La fraude est presque impossible. Le protocole de prĂ©paration avant chaque Ă©lection est très strict, avec notamment l’intervention d’un huissier. » Claude Capillon prĂ©cise que « les machines sont simplement branchĂ©es Ă l’Ă©lectricitĂ©, elles ne sont pas connectĂ©es Ă Internet. Ce sont en fait de simples caisses enregistreuses, qui Ă©vitent par ailleurs les erreurs humaines lors du dĂ©pouillement. »
Ces caisses enregistreuses simplifient aussi la vie des habitants. GĂ©rard Martin raconte ainsi que « la queue est moins longue les jours d’Ă©lection. Les habitants, dont les personnes âgĂ©es, se sont habituĂ©s Ă ces dispositifs. C’est très simple d’utilisation. »
Un avis partagĂ© par Anne-Elisabeth Guingant, responsable services, Ă©tat-civil et population de la ville de Ploemeur : « la commune utilise des machines Ă voter depuis longtemps. Tout le monde y est attachĂ©, que ce soit le maire ou les habitants. » Elle ajoute que « ces machines sont un investissement important pour la ville. Elles sont très peu utilisĂ©es, et fonctionnent donc encore très bien. »
Vers un vote par Internet
Toutefois, Jean-Yves Sénant concède dans sa lettre qu’une telle mesure s’imposera « à toutes les villes de France le jour où l’Etat fera le choix d’un vote totalement dématérialisé ». Mais « faire de la suppression des machines à voter un préalable nécessaire » à l’arrivée du vote par Internet lui paraît parfaitement incohérent.
Et en effet, le vote par Internet va de l’avant. Dans sa feuille de route, le ministre de l’IntĂ©rieur indique que « les conditions de mise en Ĺ“uvre du vote Ă©lectronique feront l’objet d’un examen approfondi, tenant compte des enjeux de sĂ©curitĂ© des systèmes d’information ». De plus, Emmanuel Macron a annoncĂ© le 3 octobre dernier le retour du vote par Internet en 2022 pour les Français de l’Ă©tranger (mis en place en 2012 pour les Ă©lections lĂ©gislatives, mais annulĂ© pour l’Ă©dition 2017 pour des raisons de sĂ©curitĂ©). Une lame de fonds ?
Répondre à la crise de la représentation
D’autres mesures concernant le système Ă©lectoral sont attendues si l’on se rĂ©fère Ă la feuille de route de la Place Beauvau. Elles seront inclues dans le projet de loi visant une rĂ©forme de l’organisation des scrutins, qui sera dĂ©posĂ© au parlement durant le premier semestre 2018. Le but est de rĂ©pondre Ă la crise de la reprĂ©sentation par une simplification du système Ă©lectoral. Avec notamment des rĂ©flexions sur la mise en Ĺ“uvre du vote par Internet, sur une dĂ©matĂ©rialisation des procurations, sur une dĂ©matĂ©rialisation de la propagande Ă©lectorale et sur une normalisation des bulletins de vote.
Références
Domaines juridiques








