Le contenu du projet de loi de finances (PLF) pour 2016 était très attendu par les élus locaux, nombreux à devoir faire face à une équation budgétaire difficile, voire parfois insoluble.
Au final, ce texte souffle Ă la fois le chaud et le froid sur l’annĂ©e qui vient. D’un cĂ´tĂ©, il impose une nouvelle baisse de 3,67 milliards d’euros des dotations de l’Etat en 2016 qui viendra s’ajouter Ă celles de 2014 et 2015 ; de l’autre, il rĂ©nove en profondeur l’architecture de la DGF du bloc communal tout en accordant une poignĂ©e de mesures pour soutenir l’investissement public local.
2016, une année de consolidation et de stabilisation
C’est justement cet investissement qui est l’objet de toutes les attentions. « L’investissement des collectivitĂ©s nous prĂ©occupe et, en 2015, nous n’avons jamais vu un marchĂ© aussi atone ce qui laisse prĂ©sager très peu d’investissements au final », remarque Jean-Sylvain Ruggiu, le directeur secteur public de la Caisse d’Epargne-BPCE.
NĂ©anmoins, malgrĂ© ce constat, il se montre optimiste pour les mois qui viennent : « Après la très grande instabilitĂ© liĂ©e Ă la loi NOTRe, 2016 sera une annĂ©e de consolidation et de stabilisation pour les collectivitĂ©s qui pourront donc commencer Ă bâtir des politiques de dĂ©veloppement dans un contexte davantage sĂ©curisĂ©. »
D’autant que, comme le souligne le responsable de la banque Ă l’Ă©cureuil, « l’unitĂ© d’action territoriale sera plus grande que par le passĂ©, avec des communes nouvelles, des intercommunalitĂ©s plus larges et des rĂ©gions fusionnĂ©es. Cela devrait donner davantage de dynamisme Ă de nombreux territoires. »
Pour Jean-Sylvian Ruggiu, l’un des chantiers prioritaires des collectivitĂ©s consistera Ă « rattraper le gros retard français dans le dĂ©veloppement des infrastructures numĂ©riques. Un dĂ©fi qui ne sera pas Ă©vident compte tenu de l’impact de la baisse des dotations sur le niveau d’Ă©pargne brute des collectivitĂ©s. Sans compter que l’endettement n’apparaĂ®t que comme une solution partielle puisque, dans le contexte actuel europĂ©en de vigilance accrue sur la dette publique, « l’Ă©talement dans le temps de la dette des collectivitĂ©s locales est possible mais ne peut ĂŞtre une rĂ©ponse systĂ©matique » pour retrouver des marges de manĹ“uvre budgĂ©taires.
« DGF, deux rĂ©formes pour le prix d’une ! »
Après cet état des lieux, Karine Delamarche, sous-directrice des finances locales et action économique de la DGCL, est entrée dans le vif du sujet en présentant le contenu du projet de loi de finances pour 2016 et, en particulier de la réforme de la dotation globale de fonctionnement (DGF).
« En rĂ©alitĂ©, concernant la DGF, ce texte propose deux rĂ©formes pour le prix d’une : l’architecture de la dotation forfaitaire des communes et des intercommunalitĂ©s et la rĂ©forme des trois dotations de pĂ©rĂ©quation (DSU, DSR, DNP) », explique-t-elle avant d’en dĂ©tailler les tenants et les aboutissants.
Ă€ lire aussi - Premium
L’intĂ©gralitĂ© du dĂ©cryptage du PLF 2016 par la DGCLPour vanter les avantages de cette rĂ©forme, la DGCL assure qu’elle permettra d’accroĂ®tre le montant de DGF, ou au moins d’attĂ©nuer la baisse des dotations pour 72 % des communes.
A l’autre bout du spectre, 94 communes perdront plus de 5 % de leurs recettes rĂ©elles de fonctionnement.
Pour les intercommunalitĂ©s Ă fiscalitĂ© propre, 80 % d’entre elles bĂ©nĂ©ficieront aussi d’une attĂ©nuation de la baisse des dotations tandis que 10 intercommunalitĂ©s connaĂ®tront une rĂ©duction de leurs dotations supĂ©rieure Ă 5 % de leurs recettes rĂ©elles de fonctionnement.
« On nie le niveau d’intĂ©gration intercommunal »
Des ratios qui ne rassurent pas vraiment Franck Claeys, le directeur Ă©conomie et finances territoriales Ă l’AMGVF. Il s’inquiète pour les 28 % des communes qui devront faire face Ă la fois Ă la baisse des dotations, et Ă une perte de DGF liĂ©e Ă la rĂ©forme.
« D’autant qu’une troisième baisse des dotations en trois ans ne se gère pas du tout comme la première baisse qui est intervenue en 2014 », fait-il observer, appelant Ă rĂ©flĂ©chir Ă cette rĂ©forme « Ă travers le prisme de la soutenabilitĂ© ».
Autre problème soulevĂ© : le choix de crĂ©er une dotation de base pour toutes les communes, fixĂ©e Ă 75 euros/hab. « C’est une prime Ă la non intĂ©gration intercommunale : il est implicitement considĂ©rĂ© que les besoins d’une commune appartenant Ă une intercommunalitĂ© intĂ©grĂ©e Ă 10 % sont identiques Ă ceux d’une commune appartenant Ă une interco intĂ©grĂ©e Ă 90%. Il y a un problème de cohĂ©rence des politiques publiques », explique Franck Claeys, qui regrette Ă©galement que la rĂ©forme, en l’Ă©tat, ne prenne pas suffisamment en compte l’effort fiscal de chaque collectivitĂ©.
Une réforme au bénéfice des maires ruraux ?
Bref, le tableau dressĂ© par le reprĂ©sentant des grandes villes n’est pas tendre avec la rĂ©forme. Et pour cause, au regard des premières simulations rĂ©alisĂ©es par l’entreprise Simco, il apparaĂ®t nettement que ce sont les petites communes et les communes rurales qui sortiront gagnantes de la rĂ©forme de la DGF, au dĂ©triment des grandes villes.
Ainsi, pour Etienne Cailly, l’un des trois co-fondateurs de Simco, la nouvelle architecture, si elle est menĂ©e Ă son terme, atteindra bien son objectif de rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s historiques de DGF.
« La rĂ©forme profite essentiellement aux communes rurales et notamment, parmi elles, les communes les plus Ă©talĂ©es et ayant un poids fort dans leur communautĂ© », explique-t-il, chiffres Ă l’appui.
Ă€ lire aussi - Premium
Retrouvez l’ensemble des simulations prĂ©sentĂ©es par Simco« RĂ©duire les Ă©carts types c’est bien, mais l’objectif d’une politique publique doit-il ĂŞtre de rĂ©duire des Ă©carts ou de prendre en compte les diffĂ©rences de charges entre territoires ? », interroge Franck Claeys, de l’AMGVF.
« Cette rĂ©forme vise d’abord Ă flatter les parlementaires issus des territoires ruraux », ajoute-t-il, alors mĂŞme que les communes rurales bĂ©nĂ©ficient dĂ©jĂ de la moitiĂ© de l’enveloppe d’un milliard d’euros pour soutenir l’investissement du bloc communal.
De son cĂ´tĂ©, Françoise Larpin, associĂ©e et directrice nationale du secteur public local chez KPMG, juge que « cette nouvelle rĂ©forme, dans le contexte actuel, va gĂ©nĂ©rer Ă juste titre de l’angoisse dans certains territoires, mais aussi de l’assurance du cĂ´tĂ© des communes rurales. Si elle n’aide pas les communes en difficultĂ©s, elle aura ratĂ© sa cible. »
Et la responsable de KPMG d’Ă©numĂ©rer les dĂ©fis qui attendent les communes en 2016 : mise en place de plans pluriannuels d’investissements, renforcement de la mutualisation avec l’intercommunalitĂ© mais aussi avec les autres communes, le dĂ©partement ou certains organismes et services de l’Etat, maĂ®trise de la masse salariale avec des outils de gestion prĂ©visionnelle des emplois et des compĂ©tences, etc.
Mais malgrĂ© tous ces efforts, Françoise Larpin est catĂ©gorique : « Personne ne pourra Ă©chapper Ă renoncer, abandonner ou rĂ©duire certains projets ou services publics Ă la population ! »
La métropole du Grand Paris entre en jeu
En plus de ces contraintes majeures, les communes de la région Ile-de-France devront également composer avec la création, au 1er janvier 2016, de la métropole du Grand Paris.
Ce nouvel EPCI à fiscalité propre et à statut particulier viendra ajouter une couche de complexité à une situation déjà difficile, comme en témoigne le schéma suivant (cliquez pour agrandir) :
Pour en savoir plus sur l’architecture financière et fiscale de la mĂ©tropole du Grand Paris, c’est par ici.
Cet article est en relation avec les dossiers
Cet article fait partie du Compte-rendu
Le décryptage du PLF 2016 et de la réforme de la DGF
1 / 4
article suivantSommaire du dossier
- PLF 2016 et réforme de la DGF : qui tirera son épingle du jeu ?
- L’impact du PLF 2016 sur les collectivitĂ©s locales dĂ©cryptĂ©
- [Exclusif] L’impact chiffrĂ© de la rĂ©forme de la DGF
- L’architecture financière et fiscale de la mĂ©tropole du Grand Paris
Thèmes abordés







