Sur le plan national, les organisations patronales tiennent un discours depuis longtemps rĂ´dĂ©. Selon la ConfĂ©dĂ©ration gĂ©nĂ©rale des PME (CGPME), la taxe professionnelle (TP) constitue un impĂ´t toujours aussi complexe, symbolisant l’iniquitĂ©, sans Ă©quivalent en Europe et alourdissant la pression fiscale sur l’entreprise.
Autre argument invoquĂ© par le camp patronal : la TP pĂ©nalise l’industrie française, comme le martelait encore Laurence Parisot, dirigeante du Medef, au mois de fĂ©vrier, après l’annonce prĂ©sidentielle de la suppression de la taxe en 2010. Une bonne mesure, jugeait-elle alors. A condition que cet impĂ´t ne soit pas remplacĂ© par un autre qui va pĂ©naliser le mĂŞme secteur d’activitĂ©. Mais pour l’instant, alors que le gouvernement vient de dĂ©voiler ses pistes de compensation, le Medef et la CGPME ne dĂ©sirent pas s’exprimer sur le sujet. Les nĂ©gociations avec les reprĂ©sentants des entreprises n’ont, en effet, pas commencĂ©.
Un mode de calcul contesté
Croissance Plus, association professionnelle d’entrepreneurs dont l’activitĂ© connaĂ®t un fort dĂ©veloppement, accepte de donner son sentiment : Nous avons dĂ©battu en commission de la justification d’un impĂ´t Ă©conomique prĂ©levĂ© par les collectivitĂ©s. Notre conclusion est qu’il est normal que les entreprises participent, au mĂŞme titre que les mĂ©nages, au financement des services et des politiques mises en Ĺ“uvre par les collectivitĂ©s, indique Jean-RenĂ© Boidron, vice-prĂ©sident de l’organisation et crĂ©ateur de Cosmosbay, sociĂ©tĂ© de conseils et de services en informatique. Il faut bien sĂ©parer l’utilitĂ© d’une taxe et la base sur laquelle elle est construite.
Croissance Plus, comme l’ensemble des chefs d’entreprise, rĂ©cuse le mode de calcul de la TP. Nous acceptons le principe des prĂ©lèvements sur les salaires, qui participent au financement de l’assurance contre les risques de la vie, et sur les profits. En revanche, une taxe assise sur autre chose, c’est troublant, voire gĂŞnant, fait valoir Jean-RenĂ© Boidron.
C’est le principal argument des entrepreneurs contre la taxe professionnelle : Elle pĂ©nalise l’investissement, tranche Jean-Claude Chabin, prĂ©sident du conseil de surveillance de Mecalectro. Toutefois, les chefs d’entreprise n’indiquent pas que la TP pèse vĂ©ritablement sur leur stratĂ©gie d’investissement. L’impĂ´t, mĂŞme injuste, doit ĂŞtre intĂ©grĂ© dans l’Ă©tablissement de cette stratĂ©gie, estime Eric Cantarel, directeur gĂ©nĂ©ral d’Oray, fabriquant d’Ă©crans de projection. Une entreprise, si elle veut ĂŞtre pĂ©renne, doit investir. En revanche, le règlement de la TP dĂ©tĂ©riore sa profitabilitĂ©, ce qui la rend plus vulnĂ©rable dans la compĂ©tition mondiale. Mais certains dirigeants peuvent tout de mĂŞme ajuster leurs investissements en fonction de la taxe. En prĂ©fĂ©rant se fournir en matĂ©riel d’occasion, ce qui rĂ©duit la base de TP, illustre GĂ©rard Huot, PDG d’AMI Fonderie.
De ce constat, les chefs d’entreprise dĂ©duisent que la TP est particulièrement nĂ©faste pour le secteur industriel. Et donc « inĂ©quitable ». Eric Cantarel Ă©voque ainsi ses concurrents, sur le territoire national, avec les importateurs de matĂ©riel de projection chinois et qui ne paient pas ou peu de TP, car ils n’ont aucune machine ; juste un entrepĂ´t et deux magasiniers. Or, selon GĂ©rard Huot, chaque territoire a besoin d’industries, la crise est en train de le faire comprendre.
Quelle réforme ?
Sur ce point, les dirigeants d’entreprise sont sĂ»rs que les Ă©lus locaux les rejoignent. Nous, patrons, sommes les associĂ©s des patrons de collectivitĂ© que sont les Ă©lus, affirme Jean-Marc Postupak, dirigeant de MD concept, fabricant de vĂ©randas. Personne ne nie donc l’importance de la participation des entreprises au financement de l’amĂ©nagement du territoire, via un impĂ´t local. Il me semble parfaitement normal de participer au budget des intercommunalitĂ©s, dont le souci majeur est l’attractivitĂ© du territoire, indique, par exemple, Eric Cantarel.
Le monde patronal est divisĂ©, ce qui explique le silence actuel des grandes organisations de chefs d’entreprise. L’Ă©chec de la commission « Fouquet » sur la rĂ©forme de la TP est notamment dĂ» au refus des sociĂ©tĂ©s de service d’envisager une taxation de la valeur ajoutĂ©e, qui aurait accru leur contribution aux finances locales. Cette solution me paraissait pourtant plus juste, mais je ne veux pas entrer en conflit avec les services, indique GĂ©rard Huot. A Croissance Plus, on milite pour la crĂ©ation d’une tranche de l’impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s (IS) dĂ©diĂ© aux collectivitĂ©s locales. Ce serait la garantie qu’une entreprise qui ne rĂ©alise pas de profit ne paie pas d’impĂ´t, argumente Jean-RenĂ© Boidron. Selon Eric Cantarel, une rĂ©forme ambitieuse consisterait Ă rĂ©flĂ©chir Ă rĂ©compenser les « bons Ă©lèves », qui font la preuve d’un sens des responsabilitĂ©s sociale et environnementale. Dans ce sens, une « taxe carbone » lui semblait intĂ©ressante, en dĂ©pit de son caractère complexe.
Réduction des dépenses
Dernière piste Ă©voquĂ©e : la rĂ©duction des dĂ©penses des collectivitĂ©s. Une autre façon de parvenir Ă l’Ă©quilibre financier, avance Jean-Claude Chabin, qui reste sceptique sur les efforts de gestion engagĂ©s. J’en verrai l’efficacitĂ© quand ma contribution diminuera ! conclut-il.
Cet article fait partie du Dossier
Réforme de la TP : maintenir les moyens des collectivités
Sommaire du dossier
- Introduction – Histoire et dĂ©bats autour de la rĂ©forme de la taxe professionnelle
- Comprendre le remplacement de la taxe professionnelle – Infographie interactive
- Calculez les effets de la suppression de la TP pour votre collectivité… et les autres
- La nouvelle Cotisation Ă©conomique territoriale – DĂ©cryptage
- DĂ©bat : la valeur ajoutĂ©e, « le pire des systèmes, Ă l’exception de tous les autres » ?
- Europe : d’un pays Ă l’autre, une multiplicitĂ© de modèles
- Impôt économique local : la parole aux contribuables
- Suppression de la TP : analyses et réactions vidéos
- Documents à télécharger








