La messe semble dite depuis la loi Notre : le gouvernement a souhaitĂ© passer le relais d’une grande partie de l’action publique locale aux mĂ©tropoles. Le fait mĂ©tropolitain a beau satisfaire les Ă©lus des grandes villes, certains, Ă l’instar des acteurs de la ruralitĂ©, dĂ©noncent rĂ©gulièrement leur dĂ©veloppement qu’ils jugent auto-centrĂ©.
La chaire Mutations de l’action publique et droit public de Sciences-Po, Ă Paris, a fait le point sur le sujet le 5 juin dernier et en a profitĂ© pour briser quelques idĂ©es reçues. « Cela n’a aucun sens de parler d’Acte 1, 2 ou 3 de la dĂ©centralisation pour tenter d’Ă©clairer les relations entre mĂ©tropoles et territoires environnants », dĂ©nonce ainsi Mathieu Doat, professeur Ă l’universitĂ© de Perpignan. Ce spĂ©cialiste du droit des collectivitĂ©s territoriales juge en effet totalement inutile de « dĂ©velopper un rĂ©cit qui raconterait une histoire mythifiĂ©e des villes ».
Des métropoles omniprésentes dans la vie des citoyens
Il conçoit plutĂ´t la montĂ©e en puissance des mĂ©tropoles comme « le rĂ©vĂ©lateur d’un changement de monde ». Comprendre : avant la loi Notre, il existait certes des regroupements de compĂ©tences via les intercommunalitĂ©s. Mais en utilisant la notion de mĂ©tropole, le gouvernement a fait un « choix Ă©tymologique » très fort, souligne le chercheur. Le terme signifie en effet « la mère de toutes les villes » en grec ancien.
« Le fait métropolitain, c’est aussi la mise en place d’une institution qui s’occupe des citoyens presque de la naissance jusqu’à la mort », souligne pour sa part David Kimelfeld (PS), le président de la Métropole de Lyon. Cette dernière, qui a absorbé le conseil départemental du Rhône, a un éventail de compétences très larges qui va de la petite enfance à la gestion des crématoriums. « La métropole nous a placés de fait devant de très grandes responsabilités », juge ainsi le successeur de Gérard Collomb.
Le constat n’est pas partagé par Olivier Landel, délégué général de France urbaine. « Ce qu’on appelle métropole, c’est tout simplement le nouveau mot pour parler des communautés urbaines », juge celui qui est également directeur général de l’agence France locale. « Là où cela a vraiment changé la donne, juge-t-il, c’est plutôt parce que ce terme porte en lui les germes de la stigmatisation. Le phénomène métropolitain est souvent vécu comme une volonté d’abaisser le rural. Mais je dis aux élus des campagnes : si on supprime la métropole, vous êtes vraiment sûrs que vous allez vivre mieux ? », interroge-t-il à haute voix.
Non, toutes les mĂ©tropoles ne s’en sortent pas
Une note remarquĂ©e de France stratĂ©gie publiĂ©e Ă l’automne dernier semble bien lui donner raison. L’organe gouvernemental de rĂ©flexion montre ainsi que toutes les mĂ©tropoles ne se portent pas bien, Ă l’instar de Brest et Rouen. Elle met Ă©galement en lumière le fait que le dynamisme des territoires environnants n’est pas forcĂ©ment liĂ© Ă la situation Ă©conomique mĂ©tropolitaine, comme Ă Toulouse. Les territoires relativement Ă©loignĂ©s sont ainsi beaucoup plus dynamiques que l’aire mĂ©tropolitaine de la ville rose.
« Ce discours de rejet des métropoles marche parce qu’on ne communique pas assez sur ce qu’on y fait. Il est temps de parler des alliances de territoires. Evidemment que l’action métropolitaine ne s’arrête pas à ses contours administratifs. Pour une ligne de transport qui va en périphérie mais qui passe par la ville-centre, on va forcément travailler main dans la main », continue Olivier Landel.
David Kimelfeld enfonce le clou. « Nous avons bien conscience qu’il faut mailler le territoire, parce que les problĂ©matiques rebondissent entre acteurs. C’est par exemple la mĂ©tropole qui va rĂ©gler le RSA aux allocataires, mais ce sont les communes qui vont s’occuper de ces demandeurs d’emplois dans les centres communaux d’action sociale (CCAS) ». C’est donc une bonne chose d’avoir « lancĂ© un pacte mĂ©tropolitain », souligne l’élu lyonnais.
Entre guerre des territoires et bienveillance
Et si plus largement, le sentiment de relĂ©gation des communes pĂ©ri-urbaines et rurales reposait aussi sur « une remise en cause du dogme de l’égalité », dĂ©crite par Mathieu Doat ? Plus question dĂ©sormais de proposer les mĂŞmes outils de gouvernance Ă une mĂ©tropole et Ă une commune de 50 000 habitants. Il se nourrirait aussi du sentiment du « moi d’abord » que dĂ©noncent rĂ©gulièrement les Ă©lus ruraux.
Pourtant, le professeur de droit public réfute l’idée des métropoles égoïstes, peu soucieuses des difficultés des territoires qui dépassent leurs frontières. « Nous n’avons aucune idée de la zone d’influence réelle des villes. Elles ne se limitent évidemment pas à leur territoire (…) et sont donc dans la bienveillance. »
L’assertion laisse dubitatif le sĂ©nateur des Landes, Eric Kerrouche (PS). Cet ancien prĂ©sident de communautĂ© de communes explique y avoir vu « plus la guerre de tous contre tous que de l’esprit de partage ». « MĂŞme quand on parle d’inter-territorialitĂ©, c’est parce qu’on en a besoin, pas du tout pour faire de la solidaritĂ© entre collectivitĂ©s », continue celui qui est aussi politologue.
Certes, « les mĂ©tropoles se conçoivent souvent comme des pasteurs » reconnaĂ®t d’ailleurs Mathieu Doat mais « le pouvoir des mĂ©tropoles est absolu. Elles veillent Ă l’obĂ©issance implacable des forces en prĂ©sence. ». Peut-ĂŞtre une explication de l’incomprĂ©hension qui persiste toujours entre ruralitĂ© et grandes villes ?
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