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Culture

Trois rapports pour une réforme des mécanismes de l’action publique en faveur du cinéma

Publié le 24/04/2014 • Par Agathe Vovard Hélène Girard • dans : France

En l’espace de quelques semaines, trois rapports sont venus apporter un regard critique sur l’action publique en faveur du cinéma. Celui de Serge Lagauche suggère de modifier les règles d'urbanisme, pour assurer un aménagement du territoire harmonieux. Celui de René Bonnell, de réviser le soutien à l’intervention des régions dans la production et la diffusion. Enfin, la Cour des comptes se prononce pour la fin du dispositif « un euro pour deux euros », liant les régions et le Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC).

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Depuis janvier 2014, déjà trois rapports ont été publiés sur les aides publiques aux secteurs cinématographique et audiovisuel. Leurs auteurs mettent en lumière le rôle de l’Etat et des collectivités, qu’il s’agisse de l’ouverture des salles, de la localisation des tournages, du soutien à la production et à la diffusion.
Tous pointent des faiblesses dans les mécanismes mis en œuvre et avancent des solutions. Tour d’horizon des principales recommandations concernant l’action des collectivités.

  1. Le « rapport Lagauche », ou comment mieux lutter contre la concentration cinématographique sur le territoire
  2. Le « rapport Bonnell », ou comment doper l’action des régions
  3. Le rapport de la Cour des comptes, ou comment contenir l’inflation des aides

1-Le « rapport Lagauche », ou comment mieux lutter contre la concentration cinématographique sur le territoire

Un rapport de mars 2014 de Serge Lagauche, ancien sĂ©nateur et Ă©lu de CrĂ©teil (Val-de-Marne), vise Ă  modifier les règles d’urbanisme de manière Ă  assurer un amĂ©nagement cinĂ©matographique harmonieux du territoire, et Ă  protĂ©ger la diversitĂ© de l’offre.
Pour mieux rĂ©guler l’installation des cinĂ©mas, le rapporteur propose d’abord d’autonomiser complètement la procĂ©dure d’autorisation d’amĂ©nagement cinĂ©matographique au regard de la procĂ©dure d’amĂ©nagement commercial, avec un corps de règles cohĂ©rentes et spĂ©cifiques.

L’objectif est de « disjoindre le système de l’amĂ©nagement commercial du système de l’amĂ©nagement cinĂ©matographique tout en gardant les liens nĂ©cessaires pour assurer une bonne articulation de l’autorisation d’amĂ©nagement cinĂ©matographique avec le permis de construire », dĂ©taille Serge Lagauche.

« Compte tenu de l’Ă©volution de la concentration cinĂ©matographique sur le territoire, nous appelons de nos voeux une rĂ©forme. La loi de 2008 (de modernisation de l’économie – LME – du 4 aoĂ»t 2008, ndlr) a enlevĂ© les particularismes du cinĂ©ma. Il s’agit de maintenir la diversitĂ© de l’offre. Le cinĂ©ma est certes une industrie, mais c’est avant tout un art », commente Patrick Brouiller, prĂ©sident de l’association française des cinĂ©mas d’art et d’essai (AFCAE), interrogĂ© par La Gazette.

Reconstruire un lien social et urbain – Le regroupement de plus en plus frĂ©quent, Ă  la pĂ©riphĂ©rie des villes, de zones commerciales avec des multiplexes cinĂ©matographiques « ne semble pas nĂ©cessairement la voie Ă  privilĂ©gier de manière systĂ©matique en terme d’amĂ©nagement culturel du territoire, car cela revient Ă  zoner le territoire par fonction (commerce, culture-loisirs, habitat) plutĂ´t que de tenter de reconstruire un lien social et urbain par le lieu culturel constituĂ© par le cinĂ©ma Â», souligne Serge Lagauche dans son rapport. « La concentration entre les mains d’un mĂŞme opĂ©rateur d’un nombre de salles important peut poser des problèmes d’accès aux films pour les autres salles », ajoute Patrick Brouiller.

Règles d’urbanisme spĂ©cifiques – Pour Serge Lagauche, il s’agirait ensuite de permettre aux collectivitĂ©s d’adopter des règles d’urbanisme spĂ©ciales pour les salles de cinĂ©ma. Le rapport propose d’instaurer une destination spĂ©cifique « Ă©tablissements de spectacles cinĂ©matographiques » dans les plans locaux d’urbanisme (PLU) pour permettre une rĂ©novation plus aisĂ©e des cinĂ©mas de centre-ville.

L’importance des surfaces requises par un cinĂ©ma et ses caractĂ©ristiques Ă©conomiques d’exploitation ont abouti Ă  l’utilisation des volumes comme les sous-sols et les cours arrières. La rĂ©glementation actuelle ne permet plus la libre utilisation de ces deux espaces.
Serge Lagauche souligne que « les règles Ă©dictĂ©es dans les PLU peuvent ĂŞtre diffĂ©rentes, dans une mĂŞme zone, selon que les constructions sont destinĂ©es Ă  l’habitation, Ă  l’hĂ©bergement hĂ´telier, aux bureaux, au commerce, Ă  l’artisanat, Ă  l’industrie, Ă  l’exploitation agricole ou forestière ou Ă  la location d’entrepĂ´ts. Il s’agirait donc d’ajouter Ă  cette liste, prĂ©vue Ă  l’article R 123-9 du Code de l’urbanisme, les salles de cinĂ©ma qui sont, pour l’instant, agrĂ©gĂ©es dans la catĂ©gorie constructions destinĂ©es au commerce. Â»
Cette nouvelle « destination », créée par dĂ©cret au sein du Code de l’urbanisme, permettrait ensuite aux collectivitĂ©s locales, dans leur PLU, d’adopter des règles d’urbanisme spĂ©cifiques pour les salles de cinĂ©ma.

Nouvelle commission de niveau rĂ©gional – Enfin, Serge Lagauche propose de crĂ©er un premier niveau d’instruction par une commission rĂ©gionale d’amĂ©nagement cinĂ©matographique composĂ©e d’élus issus des collectivitĂ©s et de personnalitĂ©s qualifiĂ©es dans le domaine du cinĂ©ma et de l’amĂ©nagement du territoire.
Le niveau départemental actuel pose question pour les projets d’aménagement cinématographique. « En effet, l’influence des élus locaux territoriaux, très attachés au développement de leurs équipements culturels, semble trop importante à une majorité des personnes auditionnées, car elle fait perdre la distance nécessaire pour permettre un aménagement cinématographique harmonieux du territoire », souligne Serge Lagauche.

L’objectif est de placer les DRAC au centre du fonctionnement du dispositif. Elles ne seraient plus seulement chargĂ©es de la recevabilitĂ© des demandes, mais aussi de leur instruction. « En redonnant au prĂ©fet de rĂ©gion un vrai pouvoir de recours, qu’il n’a plus exercĂ© depuis la loi LME du fait de l’ouverture large du recours administratif Ă  toutes personnes disposant d’un intĂ©rĂŞt Ă  agir, cela permettrait au ministre de la Culture de pouvoir, via son Ă©chelon dĂ©concentrĂ©, reprendre une certaine initiative sur les projets posant de rĂ©els problèmes en terme de diversitĂ© de l’offre cinĂ©matographique ou d’amĂ©nagement culturel du territoire », indique Serge Lagauche dans son rapport.

Projet de loi Pinel – Toutes ces propositions sont Ă©videmment accueillies favorablement par l’AFCAE, qui souhaite qu’elles se traduisent par voie d’amendements dans le projet de loi Pinel relatif Ă  l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, examinĂ© au SĂ©nat en première lecture, après l’AssemblĂ©e, les 16 et 17 avril 2014. 

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2-Le « rapport Bonnell », ou comment doper l’action des régions

Un autre rapport, sur le financement de la production et de la distribution cinĂ©matographiques Ă  l’heure du numĂ©rique, remis en janvier 2014 au prĂ©sident du CNC par RenĂ© Bonnell, auteur et producteur de films, invite Ă  encourager l’action rĂ©gionale, qui a tendance Ă  s’orienter davantage vers l’investissement audiovisuel.
Il prĂ©conise de relancer le partenariat entre le Centre national du cinĂ©ma et de l’image animĂ©e (CNC) et les rĂ©gions (mĂ©canisme du 1€ de la part de l’Etat pour 2€ des rĂ©gions), en incluant dans l’abondement du CNC la distribution, afin d’inciter les rĂ©gions Ă  accompagner un film soutenu lors de sa sortie en salles.

Triple objectif – Le dispositif pourrait, selon RenĂ© Bonnell, ĂŞtre revu avec un triple objectif :

  1. « partager le risque du dĂ©veloppement, en exerçant un effet de levier plus puissant sur les fonds investis par les rĂ©gions via les crĂ©dits de l’aide au dĂ©veloppement » ;
  2. « relier ce soutien en amont Ă  une intensification de l’aide financière rĂ©gionale Ă  la production cinĂ©matographique assortie d’un coefficient de rĂ©injection plus fort dans l’économie locale » ;
  3. « distraire une partie de l’enveloppe de l’aide Ă  la distribution pour inciter les rĂ©gions Ă  investir dans ce type de soutien ».

« Les sommes débloquées par le CNC n’auraient pas besoin d’être élevées, car elles seraient complémentaires aux dépenses d’édition nationales et les régions seraient encouragées à compléter un financement aux retombées exclusivement locales : presse, insertions publicitaires, accueil des équipes de tournage, etc. Le film étant ainsi valorisé et plus visible, les élus se sentiraient confortés dans leur décision de soutenir les tournages de film sur leur territoire », souligne René Bonnell dans son rapport.

« En matière de décentralisation, il y encore beaucoup de progrès à accomplir : en 2012, 38 % des jours de tournage de longs métrage ont eu lieu en Ile-de-France, 31 % en région et 31 % à l’étranger », conclut le spécialiste.
 
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3-Le rapport de la Cour des comptes, ou comment contenir l’inflation des aides

A l’inverse du rapport « Bonnell », qui préconise un renforcement du dispositif « un euro pour deux euros », celui de la Cour des comptes, publié le 2 avril 2014 sous le titre « Les soutiens à la production cinématographique et audiovisuelle : des changements nécessaires », préconise d’y mettre fin.

Les Sages de la rue Cambon proposent de le remplacer par un « conventionnement au cas par cas des dispositifs les plus innovants ». Ils estiment que les mécanismes qui permettent de lever des sommes considérables en faveur de la production cinématographique – 601 millions d’euros en 2012, +88% entre 2001 et 2012 , soit une progression 4 fois plus rapide que celle du budget de l’Etat ! – doivent conduire à une meilleure complémentarité entre aides de l’Etat et aides des collectivités pour un but commun : la localisation des dépenses de tournage sur le sol français.
 
Absence d’objectifs prĂ©cis – Or cette croissance a eu lieu « sans remise en cause ni rĂ©vision du modèle, et sans que les rĂ©sultats obtenus permettent d’en attester aujourd’hui la complète pertinence ». La Cour pointe au passage l’absence d’évaluation des rĂ©sultats, d’objectifs prĂ©cis et de prioritĂ©s explicites assignĂ©es Ă  ces aides.

La Cour critique aussi les dispositifs fiscaux, « conçus pour attirer et maintenir les productions sur le territoire national [qui] s’inscrivent dans une vaine surenchère Ă  l’échelle europĂ©enne. Â»

Les magistrats financiers recommandent de les rĂ©guler au niveau de l’Union europĂ©enne, « afin d’en freiner l’extension au niveau national ». La Cour des comptes relève aussi des « redondances Â» en matière fiscale, et recommande en consĂ©quence d’exclure du bĂ©nĂ©fice de certains dispositifs de droit commun les sociĂ©tĂ©s de production cinĂ©matographique et audiovisuelle, afin de concentrer le soutien du CNC aux aides des collectivitĂ©s « sur les facteurs susceptibles de favoriser la localisation des tournages » en France.
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