En mars prochain, 34 874 communes renouvelleront leurs conseils municipaux. Parmi elles, des milliers de petites et moyennes villes où la démocratie locale fonctionne encore comme elle devrait : des élu·es qui ressemblent à leurs administré·es. Des ouvrier·es, des aides-soignant·es, des artisan·es, des employé·es, aux côtés d’enseignant·es ou de cadres. Des conseils municipaux à l’image de la population.
Nous le savons, parce que nous en faisons partie. Cette réalité a été mesurée par le collectif démocratiser la politique. Si nous voulons ne plus rester des cas particuliers et isolés, sans réel statut d’élu·es et déconsidéré·es par les plus hauts niveaux du pouvoir, alors il faut que nous le rendions visible.
Ce que révèlent les données
Le rapport Tous les mêmes ? du collectif « Démocratiser la politique », fondé sur 2,17 millions de candidatures analysées sur vingt ans, pose des constats sans appel. Les classes populaires et moyennes représentent 56 % de ces candidatures : l’engagement existe, il est massif. Mais plus on monte dans la hiérarchie du pouvoir, plus la sélection sociale s’intensifie. À l’Assemblée nationale, seuls 6 % des député·es sont issu·es des classes populaires. Aux européennes, 87 % des élu·es appartiennent aux classes supérieures. Ce phénomène, que le rapport nomme « l’escalier du pouvoir », fonctionne quel que soit le parti.
Dans les grandes villes, le déséquilibre est criant, et il risque de l’être à nouveau le 22 mars prochain. Là où se concentrent les centres de décision, le pouvoir se referme sur une minorité socialement homogène. Mais ce n’est pas le cas partout.
Les petites communes : un modèle à revendiquer
Le rapport montre aussi que dans les territoires ruraux et les petites villes, les classes populaires et moyennes trouvent parfois davantage d’espace pour exercer le pouvoir. Quand les classes supérieures ne monopolisent pas la compétition locale, les conseils municipaux reflètent mieux la société. Vous qui lisez ces lignes, vous êtes peut-être dans cette situation. Votre liste ressemble à votre commune. C’est un fait démocratique majeur — il mérite d’être mesuré et revendiqué. Dans les centres du pouvoir, la compétition se fait plus rude, et le collectif « Démocratiser la politique » l’a montré : les classes supérieures présentent les positions les plus éligibles (les 70% des candidatures les plus proches de la tête de liste). Nos candidatures existent, mais elles subissent un plafond de verre.
Après neuf mois de campagne pour la parité sociale – relayée massivement dans les médias et lors de nombreux événements – le déploiement d’outils d’accompagnement des candidat·es, plusieurs dizaines de listes se sont engagées à faire mieux. Concrètement, elles ont fait des choix qui paraîtront radicaux à certain·es : non renouvellement des élu·es sortant·es, obligation faites aux partis politiques, mettre en priorité les classes populaires en positions éligibles. Là où les avancées sont encore trop faibles, nous avons tout de même candidaté, pour continuer à mener ce combat sur le long terme.
Nous sommes désormais une communauté transpartisane, de candidat·es et d’élu·es de grandes, moyennes et petites communes, et nous vous proposons de nous rejoindre.
Le Pari-Score : mesurer, publier, mettre la parité sociale à la portée de chacun·e
Le collectif « Démocratiser la politique » a conçu le Pari-Score — un test de parité sociale en ligne, gratuit. En renseignant les professions des candidat·es de votre liste, vous obtenez en quelques minutes un diagnostic de sa composition sociale, comparable aux données de votre actuel conseil municipal, résumé en une lettre de A+ à F-. Ce lundi 9 mars, à 18h30, l’outil a été dévoilé et accompagné d’une carte participative pour évaluer les listes candidates dimanche prochain. Les résultats appliqués aux conseils municipaux de 2020 sont effarants : à Roubaix : 8 % de classes supérieures dans la population, 67 % parmi les élu·es, score F-, comme à Marseille ou Lyon, tandis que le conseil de Paris accède tout juste au score F.
Heureusement, dans d’autres communes, des efforts énormes ont été fait par certaines listes pour aller vers la parité sociale : à Poitiers, la liste majoritaire sortante (écolo-citoyenne) propose une liste en score C, contre un conseil municipal actuel en score F, tandis qu’à Toulouse, la liste insoumise obtient un score A, contre un conseil municipal actuel en score F-. En osant publier votre Pari-Score sur la carte du collectif démocratiser la politique, vous rendez visible une révolution démocratique à construire : celle vers la parité de classe sociale en politique.
Notre appel
Nous avons fait le test. Nous allons publier nos résultats. Non parce que nos listes sont parfaites, mais parce que la transparence est le premier pas. Comme l’écrivaient les signataires de la tribune parue dans Regards en novembre 2025 : chaque liste peut « faire mieux » en mesurant, publiant et expliquant ses choix — en visant une part des classes supérieures en positions éligibles entre 15 et 20 %, soit leur poids réel dans la population (moyenne nationale et seuil de tolérance). Au lendemain du premier tour, nous appelons également à la vigilance, afin que les classes populaires ne paient pas le prix des négociations entre partis lors des fusions de liste, comme c’est bien souvent le cas.
Nous appelons chaque liste candidate à évaluer son Pari-Score, à le publier, et à faire savoir que chez elle, la démocratie n’est pas un mot creux. Pendant que la plupart des listes des métropoles peinent à sortir de l’entre-soi, nos candidatures, territoires et certaines listes de grandes villes prouvent que l’engagement populaire est massif. Il est temps que cela se sache.
Signataires
- Youssef Aqira, « Roissy social et écologiste – liste union de la gauche »
- Sami Benfers, « Ambition citoyenne / Marseille écologie »
- Amara Boudib, « Mieux vivre à Montluel »
- Isabelle Gallaga, « Mieux vivre à Montluel »
- Dawari Horsfall, “Massy Verte et Citoyenne”
- Soufiane El Mounafis, « Montfermeil Gauche Ecologie – liste union de la gauche » ·
- Lydia Frentzel, « Printemps marseillais »
- Ayodélé Ikuesan, « Le 18ème c’est nous »
- Zoubida Meguenni, « Marseille écologie »
- Léonore Moncond’huy (maire sortante Les Ecologistes), « Poitiers collectif »
- Fadella Ouidef, « Printemps marseillais »
- François Piquemal (député), “Demain Toulouse”
- Julie Reynard, « Poitiers collectif »
- Nassim Sidhoum, « Fier de Roubaix »
- Thomas Simon, « Grenoble Alpes Collectif »
- Dieynaba Sy, « Noisy unie »
- Leïla Tonnerre, « Union Solidaire et Populaire pour Grasse »
- Florian Vertriest, « Fier de Roubaix »
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