En mars 2026, les électeurs choisiront leurs maires. Ils trancheront sur la mobilité, le logement, la transition écologique. Mais ils confieront aussi, sans toujours y penser, la responsabilité d’une réalité encore bien trop souvent ignorée : la gestion des toilettes publiques.
Derrière ce sujet, apparemment anodin, se joue un enjeu universel, concret et quotidien. L’offre d’accès à des sanitaires, en quantité et en qualité, révèle notre rapport à l’espace, la santé, la dignité, l’égalité. Le thème, fait d’expériences plus ou moins agréables, d’innovations locales et entrepreneuriales, mérite d’être traité avec le plus grand sérieux.
Si des efforts se déploient ici et là, si la technologie moderne se met parfois au service des besoins les plus basiques, les attentes demeurent souvent déçues et les problèmes subsistent.
La statistique est imparfaite. Cependant le nombre de solutions et d’expérimentations semble bien en augmentation. Reste, trop largement, des manques, des fermetures, des défauts de maintenance. L’absence ou l’insuffisance de l’offre conduit nombre d’habitants et de passants, de touristes et de professionnels mobiles à des renoncements préoccupants.
Pourtant, tout le monde a des besoins physiologiques fondamentaux, comme uriner toutes les trois ou quatre heures en moyenne, quand on est en bonnes conditions. Les ignorer, c’est jouer sur la santé, l’autonomie, la mobilité. C’est ne pas s’attaquer à des inégalités extrêmement visibles, entre sans-domicile et bien logés, entre hommes et femmes, entre jeunes et personnes âgées, entre valides et malades.
Les plus vulnérables pâtissent au premier chef de ces limites. Certes tout le monde est concerné, mais certains tout particulièrement. Environ 10 % de la population souffre de pathologies digestives. Plus de 12 millions de personnes présentent un handicap, visible ou invisible. Pour ne rien dire du nombre croissant des aînés, quand la France connaît, comme tous les pays, une dynamique de vieillissement prononcée. Toutes ces situations et ces évolutions commandent un nouvel investissement en matière de toilettes dans l’espace public. Précisément pour que celui-ci demeure accessible et agréable pour toutes les catégories d’habitants, de visiteurs et de travailleurs.
En complément de l’offre de sanitaires modernes, de nouveaux outils tentent de voler à notre secours. De la simple recherche Google Maps à des initiatives malignes comme l’application gratuite ICI Toilettes, le paysage bouge … doucement.
Des villes – de tous bords politiques, à l’instar de Strasbourg, Angoulême, Bordeaux, Grenoble… – s’emparent de ces innovations, avec généralement le souci de concilier amélioration du service public et optimisation budgétaire … Sans compter les bénéfices induits en termes de revitalisation et d’attractivité des centres-villes.
En 2026, intégrer explicitement ce sujet, avec volontarisme, dans les programmes locaux, serait une excellente nouvelle, pour tous. Développer et adapter l’offre d’installations spécialement dédiées, innover en mobilisant les toilettes dans les équipements existants et les commerces volontaires, tout ceci peut contribuer à l’amélioration nécessaire d’un service essentiel.
Des sanitaires automatiques, aux toilettes sèches en passant par des relais de commerçants impliqués et soutenus par la collectivité, la complémentarité des solutions est telle aujourd’hui que l’inaction devient difficilement compréhensible…
Ce sujet humain et populaire appelle assurément une considération politique plus marquée. Que les municipales autorisent donc des débats et de nouvelles réalisations autour d’une réalité pressante.
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