Dans quelques semaines, nous élirons nos équipes municipales. Ce scrutin est souvent présenté comme celui du « quotidien », de la proximité, du concret. Qu’y a-t-il de plus concret que le droit de vivre et travailler sans violence, d’accéder à ses droits, de participer aux décisions qui concernent sa commune ? Pourtant, au niveau local, les violences sexistes et sexuelles demeurent massives et compromettent cette promesse républicaine. Les inégalités structurent encore l’accès au pouvoir. Un chemin vers des municipales idéales existe, il repose sur trois exigences politiques claires.
Des listes sans hommes violents : l’exemplarité comme condition primordiale
Les municipales idéales sont d’abord des élections sans hommes auteurs de violences.
Sans candidats mis en cause pour violences sexistes ou sexuelles. Sans responsables politiques qui ferment les yeux. Sans partis qui protègent leurs élus au détriment des victimes. Sans ce flou organisé par des candidats mis en examen autour des procédures en cours. Sans silences complices, sans attentes de jugement utilisées comme prétexte à l’inaction.
Les communes sont des lieux de pouvoir, d’autorité et de proximité. On y délivre des subventions, des logements, des postes, des responsabilités. On y accueille des enfants, des familles, des femmes victimes de violences. On ne peut pas, d’un côté, proclamer la lutte contre les violences, et de l’autre, tolérer dans ses rangs des hommes qui ne respectent pas le corps et les droits des femmes.
L’impunité locale tue la confiance démocratique. L’exemplarité n’est pas un supplément d’âme. C’est une condition de la légitimité politique.
Un réel partage du pouvoir : la parité ne suffit pas
Les municipales idéales sont aussi celles d’un partage réel du pouvoir. Pas une parité d’affichage ou des délégations genrées cantonnées aux « affaires sociales » ou à l’« enfance ». 2026 doit être l’année où les femmes accèdent au fauteuil de maire, de présidente d’intercommunalité, aux postes stratégiques, aux finances, à l’urbanisme, à la sécurité, aux ressources humaines : là où les décisions se prennent vraiment.
L’expérience l’a montré : là où les femmes sont réellement en situation d’agir, les politiques locales évoluent. Les priorités changent. Les violences sont mieux prises en compte. L’égalité n’est pas un thème secondaire : c’est un sujet transversal, au cœur de l’action municipale.
Des programmes qui prennent au sérieux les droits des femmes
Enfin, les municipales idéales portent des programmes qui prennent au sérieux l’égalité entre les femmes et les hommes, construits avec les actrices de terrain, comme le CIDFF.
Cela signifie notamment :
- former systématiquement les élu·es et les agent·es à l’identification et la prévention des violences ;
- mettre en œuvre des politiques ambitieuses en direction des familles monoparentales,
- majoritairement portées par des femmes ;
- penser l’espace public, l’éducation, les services municipaux, avec une approche sensible au genre ;
- désigner des élu·es référent·es à l’égalité et se doter de véritables stratégies locales contre les violences ;
- soutenir durablement les associations de terrain, qui oeuvre contre les violences, leur donner des moyens, des locaux, de la visibilité ;
- organiser l’accès aux droits au plus près des habitant·es, notamment pour les femmes les plus éloignées des institutions ;
- développer des solutions d’hébergement et de relogement pour les femmes victimes de violences .
Les communes ont un pouvoir immense. Elles peuvent prévenir, protéger, sauver, réparer. Mais elles peuvent aussi décourager, invisibiliser, exposer.
À la veille de ces élections, nous appelons les têtes de listes, les candidat·es « sans étiquette » les partis, les électeur·ices à une vigilance absolue. Une liste municipale n’est pas qu’un projet urbain ou budgétaire. C’est un projet de société.
Il est temps de regarder les violences en face, de prendre au sérieux le corps et les droits des femmes. Sans exemplarité, l’abstention deviendra triomphante. Sans égalité, la démocratie restera inachevée.
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