La statistique est éloquente : 9 collectivités de plus de 3 500 habitants sur 10 ont engagé au moins un projet piloté par la donnée en 2025. Il y a quelques années, la gestion des données était un parti pris démocratique pour les pionniers de la transparence et de l’open data, ou un outil d’exploitation des services urbains pour les smart cities et territoires connectés. Aujourd’hui, se préoccuper de la disponibilité et de la qualité des données produites par l’action publique devient à la fois évident et banal.
Il faut se réjouir de cette évolution. Souvent prudents, pour de légitimes raisons éthiques et juridiques, les élus et les manageurs territoriaux n’en sont pas moins convaincus : disposer de meilleures données facilite la prise de décision et améliore l’impact de l’action publique. Tous les métiers territoriaux, dans chaque territoire, sont concernés. Certes, l’instauration de règles et de bonnes pratiques pour un management réussi de la donnée reste un exercice difficile. Des compétences manquent. Des moyens aussi. Mais l’enjeu est à l’agenda de tous. Et l’engouement actuel pour l’IA dans les territoires va accélérer les choses car il n’y aura pas d’IA utile et efficace sans data locale.
Mais voilà… les territoires gèrent leurs données en fonction de leurs besoins propres, avec des outils différents, et coordonnent leurs travaux à des échelles variées. Ici la commune, ailleurs l’interco, parfois le département, souvent la région…
Les travaux des territoires pionniers indifféraient Paris. Mais le foisonnement créatif actuel chagrine un jacobinisme rémanent. La tentation semble grande que quelques louables efforts nationaux de standardisation des données se transforment en accaparement des données locales.
Les territoires n’ont qu’à mieux se coordonner entre eux, diront certains. Sauf qu’en matière d’organisation territoriale, le jacobinisme s’accompagne d’une seconde malédiction française : la course à la compétence !
Dès qu’un sujet territorial nouveau émerge, qu’il devient politiquement intéressant, il est question de chef de filât ou de compétence exclusive. Et voici, à coups de notes blanches ou de déclarations, la data comme possible élément de discussion d’une future loi de décentralisation. Quelle erreur !
Pour chaque service public, la data est à la fois un sous-produit de son action et une ressource pour en améliorer l’efficacité et l’impact. La maîtrise des politiques publiques est de moins en moins dissociable de la maîtrise de leurs données. Les quelques territoires qui ont fait l’exercice d’élaborer une « stratégie data » le savent : il ne s’agit jamais de tout mettre en données, mais bien de prioriser et de cibler les quelques politiques dont on estime qu’elles peuvent être bonifiées par cette orchestration nouvelle.
Faire de la data une compétence confiée à un niveau plutôt qu’à un autre est une ineptie qui équivaudrait à laisser une compétence politique à un élu tout en lui retirant la compétence de gérer le budget qui va avec.
Proposez des standards, financez, aidez, coordonnez, mutualisez autant que vous le voulez et le pouvez ! Mais ne vous accaparez pas les données, ni même la gouvernance des données des autres.
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