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Le RMI, le RMA et le RSA

Publié le 01/03/2013 • Par Dunod Éditions • dans : Fiches de révision

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EN 1998, le revenu minimum d’insertion (RMI) fĂŞte ses dix ans, non sans quelques critiques politiques sur le versant numĂ©raire et sur les finalitĂ©s sociales et professionnelles. Sur le premier aspect, le nombre d’allocataires est passĂ© de 422 102 pour l’annĂ©e 1990 Ă  1 087 861 au terme de la première dĂ©cennie. La montĂ©e en charge du nombre d’allocataires n’a pas connu d’inflexions depuis sa crĂ©ation au point d’atteindre certaines annĂ©es des augmentations de l’ordre de 20 %. Ce n’est qu’en 2000 que les donnĂ©es reprennent un peu leur souffle avec la première baisse du nombre de personnes assujetties au RMI.

Ă€ cette Ă©poque, le RMI n’a pas connu de modifications majeures. Il reste co-financĂ© par l’État et le dĂ©partement, le premier ayant la charge du versement de l’allocation, le second, le financement des actions d’insertion sur son territoire, que ce soit en termes de formation ou de services spĂ©cialisĂ©s dans l’accompagnement des allocataires. Seules les mesures d’intĂ©ressement se sont agrĂ©gĂ©es au projet initial. En effet, pour rendre plus attractive la reprise d’emploi et lutter contre les « trappes Ă  l’inactivitĂ© Â», l’allocataire peut cumuler allocation et salaire pendant plusieurs mois. Cependant, les rĂ©sultats sont peu probants. Non seulement l’insertion professionnelle est parfois Ă©phĂ©mère, mais aussi les revenus ne permettent pas une valorisation financière notable. C’est d’ailleurs sur cet aspect-lĂ  que Martin Hirsh motivera ultĂ©rieurement la proposition du revenu de solidaritĂ© active (RSA).

Au premier trimestre 2003, Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, annonce un acte II de la dĂ©centralisation, qui touche en particulier le RMI. Au 1er janvier 2004, le dĂ©partement devient le pilote et le financeur du RMI. L’État conserve la souverainetĂ© des critères d’attribution de l’allocation, son montant et ses revalorisations. La compensation financière est prĂ©vue par l’affectation au dĂ©partement de la taxe intĂ©rieure des produits pĂ©troliers (TIPP) dont l’État, initialement est le percepteur. Très vite, les dĂ©partements dĂ©noncent le delta financier qu’ils subissent concernant l’infĂ©rioritĂ© des paiements au regard du rĂ©el. Cette plaie comptable conduit plusieurs prĂ©sidents de conseils gĂ©nĂ©raux (Montebourg, Bartolone) Ă  saisir le Conseil d’État pour non-respect des engagements de l’État. Parallèlement Ă  l’acte II, le ministre des affaires sociales et de l’emploi, François Fillon, initie le revenu minimum d’activitĂ© (RMA), appelĂ© aussi contrat d’insertionrevenu minimum d’activitĂ© (CI-RMA). La première particularitĂ© du RMA est sa menace : il devient obligatoire pour les allocataires du RMI d’aller vers un emploi dans un dĂ©lai de deux ans, au risque d’être dĂ©pourvu de l’allocation. Cette injonction Ă  s’insĂ©rer est sans prĂ©cĂ©dent dans la philosophie d’un tel minima social. Le RMA se distingue aussi sur la complexitĂ© organisationnelle qu’il convoque : entreprises, conseils gĂ©nĂ©raux et communes. La première recrute et rĂ©munère sur une faible part le salariĂ©, puisqu’elle lui reverse le RMA versĂ© lui-mĂŞme par le conseil gĂ©nĂ©ral Ă  l’entreprise. La commune est chargĂ©e de veiller Ă  la rĂ©gularitĂ© du contrat et des conditions de travail de l’allocataire et Ă  son insertion durable. L’insuccès du RMA est Ă  la fois technique et surtout politique. La contestation des syndicats et des associations caritatives portent sur la non-cotisation des allocataires RMA-salariĂ©s Ă  la protection sociale (droits Ă  la retraite et au chĂ´mage). La contestation des syndicats et des associations caritatives permet d’annuler cette disposition. Lorsque Jean-Louis Borloo engage les modifications RMA en 2005, ce dernier est dĂ©jĂ  agonisant et ses jours sont comptĂ©s.

1. LE REVENU DE SOLIDARITÉ ACTIVE

Le RSA trouve son origine dans le rapport que Martin Hirsch remet en avril 2005 au ministre chargĂ© des affaires sociales, Philippe Douste Blazy. Le document intitulĂ© Familles, vulnĂ©rabilitĂ©, pauvretĂ©, au possible nous sommes tenus. La nouvelle Ă©quation sociale, 15 rĂ©solutions pour combattre la pauvretĂ© des enfants propose une « dĂ©marche nouvelle en France(1) Â» pour lutter contre la pauvretĂ©. La commission vise « un objectif de rĂ©duction Ă  zĂ©ro de la pauvretĂ© des enfants en 2020 Â», c’est-Ă -dire une rĂ©duction d’un million en 15 ans du nombre d’enfants pauvres en France.

Une nouvelle Ă©quation sociale doit ĂŞtre bâtie Ă  partir de la crĂ©ation du revenu de solidaritĂ© active (RSA) qui intĂ©grerait « toutes les sources de revenu qui ont un effet potentiel sur le lien entre revenus du travail et revenus de solidaritĂ© Â», en l’occurrence, le RMI, l’API, les aides fiscales (PPE), voire les aides au logement. Ce revenu serait encadrĂ© par plusieurs principes, en particulier la rĂ©gulation financière entre travail et prestations sociales, et dĂ©gressive pour ces dernières si la situation se stabilise ou s’amĂ©liore.

La crĂ©ation du RSA est Ă©valuĂ©e sur une base de plein rĂ©gime entre 4 et 8 milliards d’euros. Trois possibilitĂ©s de financement sont proposĂ©es :

  • un redĂ©ploiement d’autres dĂ©penses publiques ;
  • la redistribution par la modification du plafond du quotient familial ou l’imposition des prestations familiales ;
  • l’articulation de ce revenu avec le financement des mesures en faveur de l’emploi.

Jusqu’aux élections présidentielles de 2007, le RSA est surtout commenté, analysé dans sa faisabilité. Les points de vue sont légion. La candidate du Parti socialiste s’est appropriée dans son programme la création du RSA. Son opposant – vainqueur des présidentielles – ne pas l’a pas fait mais se résout à son instauration. Pour cela, il accueille dans l’équipe gouvernementale Martin Hirsch, en le nommant Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Ce dernier reçoit sa lettre de mission l’invitant à mettre en place le RSA, à simplifier le régime des contrats aidés et réformer la formation professionnelle.

En aoĂ»t 2007, la promulgation de la loi Travail emploi pouvoir d’achat (TEPA), instaurant les heures supplĂ©mentaires dĂ©taxĂ©es et le bouclier fiscal, intègre l’expĂ©rimentation du RSA sur trois ans. 25 dĂ©partements sont volontaires touchant 90 000 allocataires. Mais le particularisme français est encore Ă  l’oeuvre, puisqu’un an plus tard, le RSA est gĂ©nĂ©ralisĂ©, s’exonĂ©rant de la moindre Ă©valuation et du respect du projet initial prĂ©vu sur trois ans.

Le revenu de solidaritĂ© active est fondĂ© sur l’idĂ©e d’une prioritĂ© donnĂ©e Ă  l’emploi. Pour cela, il est composĂ© du RSA « socle Â» (ressources de bases identiques Ă  celles du RMI) et du RSA « activitĂ© Â» qui vient complĂ©ter des revenus d’activitĂ© et autres prestations (sauf la prime pour l’emploi).

Sur le plan financier, l’État prend en charge le RSA activitĂ©, au titre du fonds national des solidaritĂ©s actives (FNSA) qui ponctionne une contribution de 1,1 % sur les revenus du capital. Au 31 dĂ©cembre 2009, seules 404 461(2) personnes perçoivent le RSA activitĂ© contre 700 000 selon les prĂ©visions de Martin Hirsch. Les caisses du FNSA Ă©tant excĂ©dentaires, le Gouvernement dĂ©cide de consacrer le surplus Ă  la prime de NoĂ«l. Les prĂ©sidents des conseils gĂ©nĂ©raux rĂ©clament alors que ces Ă©conomies soient affectĂ©es Ă  leurs collectivitĂ©s territoriales pour financer le RSA. L’impact tout relatif du RSA activitĂ© est attribuĂ© aux effets de la crise et Ă  la complexitĂ© des dĂ©marches.

a. Le contrat aidé de sept heures par semaine

En mai 2011, le ministre des affaires europĂ©ennes, Laurent Wauquiez dĂ©clenche une polĂ©mique en proposant des heures sociales Ă  destination des allocataires du RSA pour contrer le « cancer Â» que reprĂ©sente l’assistanat. L’idĂ©e d’une contrepartie rĂ©clamĂ©e aux allocataires d’un minima social n’est pas nouvelle, mais en l’occurrence, elle Ă©mane soudainement, brutalement et radicalement d’un ministre qui n’a pas en charge le dossier. Le Premier ministre dĂ©savoue et recadre Laurent Wauquiez. Roselyne Bachelot et Martin Hirsch parlent d’une mĂ©connaissance de la situation Ă©conomique et sociale. Mais les « procureurs Â» d’hier Ă  l’encontre de Monsieur Wauquiez se rallient Ă  sa proposition. Le 23 septembre 2011, la ministre des solidaritĂ©s annonce l’expĂ©rimentation dans quinze dĂ©partements, du contrat aidĂ© de sept heures hebdomadaires. D’une durĂ©e de six mois, renouvelable une fois, il devrait permettre un gain d’environ 130 E par mois pour les allocataires. Son financement est assurĂ© Ă  95 % par l’État. Ces contrats sont proposĂ©s par les conseils gĂ©nĂ©raux aux allocataires « rencontrant des difficultĂ©s spĂ©cifiques pour accĂ©der Ă  un emploi de droit commun… […] des difficultĂ©s sociales ou de santĂ© spĂ©cifiques ou Ă©loignĂ©s du marchĂ© du travail depuis plusieurs annĂ©es(3) Â». L’injonction de signer un tel contrat pour l’ensemble des allocataires du RSA n’a pas Ă©tĂ© retenue, le volontariat de ces derniers est Ă  la base du projet.

b. L’évaluation du RSA

En juillet 2011, la Cour des comptes rend public un rapport intitulĂ© Du RMI au RSA : la difficile organisation de l’insertion. Comme pour le RMI, l’insertion des allocataires n’est pas concluante et qualifiĂ©e de « point faible Â» du RSA par les auteurs du rapport. Il semble que la dichotomie soit accentuĂ©e entre les dispositifs favorisant l’accès rapide au marchĂ© du travail, conduite par les agents de PĂ´le emploi et ceux inhĂ©rents aux allocataires en difficultĂ© pour intĂ©grer ce dernier. La Cour regrette l’absence de donnĂ©es fiables sur les sorties du bĂ©nĂ©fice du RSA et l’évolution des parcours sur une durĂ©e suffisante. Enfin, les actions d’insertion sont plus souvent guidĂ©es par l’offre des organismes d’insertion que par l’analyse des besoins au coeur des territoires. Pour le chercheur Matthieu Angotti (centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie – Credoc), le RSA a créé des classifications sociales auxquelles la responsabilitĂ© individuelle n’est pas Ă©trangère, qui se traduisent en particulier dans le rapport Ă  l’emploi : personnes inemployables, chĂ´meurs proches de l’emploi, travailleurs pauvres et travailleurs confirmĂ©s. Ă€ ces diffĂ©rentes situations correspondent des droits en matière d’accompagnement et des prestations possibles dĂ©livrĂ©es par le service public de l’emploi (SPE), faisant dire Ă  Matthieu Angotti que « l’on bĂ©nĂ©ficie des droits que l’on mĂ©rite(4) Â».

Le 15 décembre 2011, le Comité national d’évaluation du revenu de solidarité active présente son rapport final. Le comité et la ministre des solidarités, Roselyne Bachelot, s’accordent à dire que le dispositif est loin de remplir les objectifs qui lui étaient assignés. L’accompagnement social et professionnel souffre d’un clivage des interventions à propos duquel le comité sollicite tout l’intérêt des pouvoirs publics. De plus, au regard des démarches complexes pour les allocataires et l’absence d’accompagnement renforcé, la question d’un guichet unique est posée.

2. LE RSA JEUNES

Le 1er septembre 2010, le RSA est Ă©largi aux jeunes. L’entrĂ©e dans le dispositif se fait sur la base des conditions suivantes :

  • ĂŞtre de nationalitĂ© française ;
  • rĂ©sider en France mĂ©tropolitaine ;
  • disposer d’un titre de sĂ©jour en cours de validitĂ© depuis au moins cinq ans ou ĂŞtre ressortissant de l’espace Ă©conomique europĂ©en si l’on est Ă©tranger ;
  • ne pas ĂŞtre en congĂ© sabbatique ou sans solde ;
  • rĂ©pondre Ă  des conditions de ressources.

C’est bien sur ce dernier critère que le RSA jeunes s’écarte du RSA. En effet, les jeunes visĂ©s doivent avoir travaillĂ© au moins deux ans Ă  temps plein, soit 3 214 heures au cours des trois dernières annĂ©es. Tout comme le RSA activitĂ©, le RSA jeunes est financĂ© par l’État via le fonds national des solidaritĂ©s actives (FNSA). Fin janvier 2011, seuls 8 130 jeunes perçoivent cette nouvelle allocation contre 160 000 jeunes qui devaient ĂŞtre concernĂ©s selon les estimations ministĂ©rielles.

Le 1er janvier 2010, le contrat unique d’insertion est effectif en mĂ©tropole. Il se dĂ©cline en deux versions : le contrat initiative emploi pour le secteur marchand, le contrat d’accompagnement dans l’emploi dans le secteur non marchand. Le CUI achève l’existence difficile du CI-RMA et du contrat d’avenir, dont le plan de cohĂ©sion sociale avait tentĂ© un sauvetage.

Les nouvelles instances
L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes)
Le Comité interministériel de lutte contre les exclusions
L’Agence nouvelle des solidarités actives
L’Observatoire national de la précarité énergétique

 

3. LA LÉGISLATION

Loi du 29 juillet 1998 de lutte contre les exclusions

Loi du 18 décembre 1998 sur l’aide juridictionnelle

Loi du 27 juillet 1999 créant la couverture maladie universelle (CMU)

Loi du 5 juillet 2000 pour les gens du voyage

Loi du 1er août 2003 d’orientation et programmation pour la vile et la rénovation urbaine

Loi du 18 décembre 2003 portant décentralisation et création du RMA

Loi du 18 janvier 2005 du plan de cohésion sociale

Loi du 23 mars 2006 pour le retour à l’emploi et sur les droits des bénéficiaires des minima sociaux

Loi du 21 août 2007 Travail, Emploi et Pouvoir d’Achat (TEPA)

Loi du 1er décembre 2008 généralisant le RSA et réformant les politiques d’insertion

Loi du 1er juillet 2010 portant réforme du crédit à la consommation

Loi du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge

Mettez toutes les chances de votre côté

Notes

Note 01 Actualités Sociales Hebdomadaires n° 2045 du 29 avril 2005. Retour au texte

Note 02 Source : CNAF, mai 2010 « Le RSA tient-il ses promesses ? Â» in Le Monde du 2 juin 2010. Retour au texte

Note 03 ASH n° 2726 du 30 septembre 2011. Retour au texte

Note 04 « Revenu de solidaritĂ© active : quelle nouvelle donne sociale ? Â» in Esprit, mars-avril 2010. Retour au texte

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