« Record historique ! » Avec 102 millions de visiteurs, contre 100 millions en 2024, la France est la première destination touristique mondiale. Cela représente 743 millions de nuitées en hébergement marchand et non marchand (+2 % par rapport à 2024), dont 76 % de clientèles européennes. Avec 20,1 milliards d’euros de solde positif de la balance des paiements, et 77,5 milliards d’euros de recettes touristiques internationales, la France garde l’ambition d’atteindre les 100 milliards de recettes et d’être la première destination de tourisme durable en 2030.
Cette performance fait suite à une année 2024 déjà favorable au tourisme avec 100 millions de visiteurs et +12 % de recettes internationales, grâce aux les Jeux olympiques et paralympiques et la réouverture de Notre-Dame de Paris.
Pour sa part, la consommation touristique intérieure, toujours en croissance, a atteint 222 milliards d’euros. Avec 835 millions de nuitées enregistrés en hébergement marchand et non marchand, la France métropolitaine et ultramarine reste la destination préférée des Français. En révélant ses chiffres, jeudi 19 février, le ministre du tourisme, Serge Papin a appelé à en être « fiers. »
1,5 millions d’emplois salariés
La veille, avant même que ces données ne soient connues, les députés de la commission économique avaient inscrit à l’ordre du jour de leur travaux une table ronde sur les perspectives de l’activité. De la taxe de séjour aux pics de fréquentation, du logement des saisonniers à la différenciation des territoires, le tourisme pourrait nourrir des débats sans laisser tous ses acteurs parler d’une même voix. Pourtant, représentants de fédérations et associations sont au moins d’accord sur un point : le tourisme doit accueillir plus et mieux.
Secteur économique majeur, il compte 1,5 million d’emplois salariés. Pour la vice-présidente de la commission, Marie-Noël Battistel (PS, Isère), si le pays affiche une évolution « encourageante » après les années sombres de la crise sanitaire, le montant de ses recettes touristiques étrangères, ne le place toujours qu’en quatrième position, derrière les États-Unis, l’Espagne et le Royaume-Uni.
2026 encourageant
Pour 2026, le gouvernement juge les perspectives « encourageantes. Au premier trimestre, les Français privilégient la France et la proximité (30 % séjournant dans leur région). Toutefois, les intentions de vacances à l’étranger affichent +4 %, par rapport à 2025.
Du côté des visiteurs internationaux, les réservations aériennes sont en hausse à 3 mois, avec +19 % pour le Mexique, +17 % pour la Chine, +7 % pour le Canada et +8 % pour l’Espagne.
À la montagne, les taux d’occupation prévisionnels de l’ensemble des hébergements enregistrent +1,3 % pour l’ensemble sur la saison complète.
Lors de la table ronde à l’Assemblée, les professionnels du tourisme ont dressé des constats et pointé des écueils, que ce soit pour favoriser un plus grand nombre de départs en France, pour s’inquiéter de la réduction du panier moyen, ou pour augmenter le montant des recettes internationales.
Taxe de séjour sous surveillance
La taxe de séjour est un sujet majeur pour eux. Pour Philippe Sueur, président de l’association nationale des élus des territoires touristiques (ANETT) et maire d’Enghien-les-Bains (Val d’Oise), elle ne peut pas être « une variable d’ajustement » et il s’élève contre « le détournement » que constitue les 200 % de hausse de la taxe de séjour versés à Ile-de-France Mobilités dans la région capitale. Selon lui, cette somme -100 à 120 euros pour une famille de 4 personnes séjournant une semaine- qui échappe à Bercy en matière de TVA, réduit d’autant le budget consacré aux vacances. Défenseur d’une compétence tourisme partagée, Erven Léon, administrateur de ADN Tourisme se montre très attentif à l’utilisation de la taxe de séjour et réclame « de garder la maîtrise de sa perception et de son utilisation au plus près du terrain. »
De fiscalité en terme de frein, il est aussi question pour Jean-Virgile Crance, président de la Confédération des acteurs du tourisme (CAT), inquiet de propositions sur les taxations touristiques. « Donnez-nous une stabilité fiscale, si vous voulez que nos entreprises investissent et puissent se projeter ! », réclame-t-il.
Une demande exprimée en écho par Véronique Siegel, présidente nationale de l’Union des métiers de l’hôtellerie restauration (Umih) qui pointe l’absence de stabilité comme une absence de confiance de la part du secteur. Le coût du travail, plus élevé que dans les pays voisins, est également un frein au développement du tourisme : « Nous payons l’impact des politiques sociales sur nos chiffres », affirme-t-elle.
Tourisme social sous-développé
Parmi les problèmes, celui de l’emploi des saisonniers est majeur, car il est majoritairement lié au logement, et que des initiatives de collectivités ou d’entreprises restent minimes. Le faible développement du tourisme social est également pointé par les professionnels, mais il est lié à la fermeture de centres vétustes ou hors normes et au manque de moyens des collectivités pour développer les classes transplantées.
« Les vacances en France coûtent cher, estime le président de la CAT citant les taxes sur l’aérien. Pour le représentant de ADN Tourisme, il appartient aux régions, notamment, de réfléchir au développement des mobilités pour attirer les touristes, le problème du dernier kilomètre restant à ce jour sans solution. « Dans mon département du Lot-et-Garonne, il s’agit même d’un problème des 100 derniers kilomètres » lançait mi-figue mi-raisin son député Guillaume Lepers (LR).
Une boîte à outils à saisir
Tous les professionnels reconnaissent que le travail mené sur l’encadrement des meublés touristiques est important pour le secteur. Mais de la loi Le Meur, il est encore impossible de dresser un bilan, en raison de sa mise en œuvre récente. La location de courte durée n’est pas perçue de la même manière en zone rurale – où la députée Sandra Marsaud (LREM, Charente) estime qu’elle peut constituer un atout- et parce qu’il n’y a pas de solution unique à une problématique analogue.
Mais il paraît important aux professionnels que la boîte à outils soit bien saisie par les élus locaux, quitte à faire « de la pédagogie » auprès d’eux, comme le suggère Jean-Virgile Crance. Les solutions sont à trouver au plus près du terrain, selon les spécificités de chaque territoire. Pour Erven Léon, « il y a donc nécessité d’avoir cette diversité des différents acteurs du tourisme. »
L’année touristique 2025 plus en détail
- Les nuitées ont augmenté de 7,5 % dans les hébergements marchands pour atteindre 261,2 millions.
- Les clientèles d’Italie, Espagne, Belgique et Pays-Bas ont confirmé leur importance (+5 % de nuitées), tandis que l’Allemagne s’est montré très dynamique (+9 %).
- La clientèle d’Asie reste en retrait par rapport à la période d’avant covid mais signent un retour remarqué, avec un marché japonais rebondissant plus vite que le chinois.
- La dépense moyenne par touriste international progresse de 7 % pour atteindre 760 euros par séjour.
- En matière de de recettes touristiques internationales, l’écart entre la France (77,5 milliards d’euros) et l’Espagne (105 milliards d’euros) se stabilise avec un différentiel de -36 % en 2025 contre -38 % en 2024.
- Si la France reste la destination préférée des Français, le nombre de nuitées passées à l’étranger progresse de 4 %, destinations méditerranéennes en tête.
- Dans les hébergements marchands, la progression de 3 % du nombre de nuitées est porté par la location touristique (+6,6 %) et l’hôtellerie de plein air (+4 %).
- Les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Nouvelle-Aquitaine accueillent un peu plus de 50 % des nuitées annuelles des Français.
- 43 % des nuitées marchandes sont concentrées sur sur le troisième trimestre.
Références
- Bilan touristique de l'année 2025
- Revoir ici le replay de la séance en commission des Affaires économiques sur le bilan et perspectives de l'activité touristique en France du 18 février 2026
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