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[Opinion] Dotations

Plaidoyer pour garder la DNP encore quelques années

PubliĂ© le 03/09/2021 ‱ Par Auteur associĂ© ‱ dans : A la Une finances, ActualitĂ© Club finances, Billets finances, France

Argent
AdobeStock
Comme tous les vendredis retrouvez l'Ă©dito du Club Finances ou une opinion. Cette semaine, le directeur des finances mutualisĂ© Ville de Romans / CommunautĂ© d’agglomĂ©ration / Ville de Valence Pierre-Matthieu Terrien livre une analyse dĂ©taillĂ©e et iconoclaste sur la pertinence de la dotation nationale de pĂ©rĂ©quation (DNP) dont il est proposĂ© par ailleurs la reventilation vers d'autres dotations de solidaritĂ©s.

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Pierre-Matthieu Terrien

directeur des finances mutualisĂ© Ville de Romans / CommunautĂ© d’agglomĂ©ration / Ville de Valence

Un article rĂ©cent de La Gazette rĂ©percutait l’écho de la prochaine loi de finances. Une nouvelle annĂ©e de transition sur les indicateurs de richesse. Rien d’étonnant, le systĂšme ne fonctionne plus. Rien de vraiment nouveau. A force de dĂ©rĂ©gler et de rerĂšglementer les ressources locales, il devient compliquĂ© de rĂ©inventer une cohĂ©rence.

Dans ce marasme, l’idĂ©e commune de France Urbaine soutenue par les reprĂ©sentants de l’Afigese prend la lumiĂšre. Il faudrait supprimer la Dotation nationale de pĂ©rĂ©quation (DNP). Elle serait beaucoup moins efficace en matiĂšre de pĂ©rĂ©quation que les autres dotations de solidaritĂ© rurale (DSR) ou urbaine (DSU). Il s’agirait de reventiler une pĂ©rĂ©quation sur les seuls produits (la DNP) vers une pĂ©rĂ©quation basĂ©e sur les charges (DSU et DSR). Basculer de la mauvaise pĂ©rĂ©quation vers la bonne en somme. Pourquoi pas.

Toutefois, avant de crier haro sur l’outil, il convient d’observer plus prĂ©cisĂ©ment le sujet qu’on Ă©voque et ce qu’il produirait comme effet
 et surtout ce que la reventilation de ce produit sur les deux autres dotations de pĂ©rĂ©quation gĂ©nĂšrerait.

De quels enjeux parle-t-on ?

La Dotation nationale de pĂ©rĂ©quation (DNP) pĂšse 794 M€ dont 6 % sont gagĂ©s sur les territoires d’outre-mer. 746 M€ se concentrent donc sur les communes mĂ©tropolitaines. TrĂšs complexe, cette enveloppe se rĂ©fĂšre aux indicateurs de richesse hĂ©ritĂ©s du passĂ©. 15 143 communes sont Ă©ligibles et 337 en voie de sortie ce qui prĂ©lĂšve une somme d’un peu moins de 2 M€. Pour le reste, elle se rĂ©partit en deux blocs. Une pour les communes qui conjuguent potentiel fiscal modeste et effort fiscal Ă©levé : la part principale (573 M€). L’autre pour les communes de moins de 200 000 habitants disposant d’une part de potentiel fiscal Ă©conomique bien plus faible que la moyenne : la part majorĂ©e (171 M€). Dans les communes de plus 10 000 habitants en mĂ©tropole, 661 bĂ©nĂ©ficient de la DNP.

En face la Dotation de solidaritĂ© urbaine (DSU) est jugĂ©e plus juste. Elle pĂšse trois fois plus avec 2 320 M€ rĂ©partis sur les communes urbaines de mĂ©tropoles : 691 communes de plus de 10 000 habitants, 124 communes de 5 Ă  10 000 habitants. Dans le prĂ©supposĂ© de France urbaine, elle reprĂ©senterait une garantie de meilleure pĂ©rĂ©quation. Sa rĂ©cente rĂ©forme aboutit Ă  ce que la situation sociale des habitants reprĂ©sente 70 % des critĂšres d’affectation avec un systĂšme de pondĂ©ration complexe. Elle s’appuie ainsi principalement sur le revenu moyen des habitants, la part de logements sociaux dans le parc ainsi que la part de population percevant des aides au logement.

661 communes de 10 000 habitants d’un cĂŽtĂ©, 691 de l’autre. Quel intĂ©rĂȘt y aurait il Ă  une reventilation des sommes de la DNP ? Simplement, ce ne sont pas les mĂȘmes bĂ©nĂ©ficiaires. Sur les actuels bĂ©nĂ©ficiaires de la DNP, environ la moitiĂ© seulement perçoivent les deux types de dotation, 2 % des communes sont sur l’un ou l’autre des dispositifs de sortie, 17 % des communes ne perçoivent aucune des deux dotations. Surtout 17 % perçoivent seulement de la DSU et 14 % seulement de la DNP.

En apparence, il s’agit donc de reventiler des produits entre ce petit tiers de commune de 10 000 habitants soit tout de mĂȘme 316 communes. Est-ce que cela est pour autant juste ?

Qu’est-ce-qui caractĂ©rise les 173 bĂ©nĂ©ficiaires de la DSU seule par rapport aux 143 bĂ©nĂ©ficiaires de la DNP seule ?

Pour les 173 bĂ©nĂ©ficiaires de la seule DSU, l’explication est simple : deux tiers de ces allocataires uniques disposent d’un potentiel financier supĂ©rieur Ă  la moyenne des plus de 10 000 habitants. Pour les autres communes, elles ont le plus souvent un niveau d’effort fiscal infĂ©rieur Ă  la moyenne. Il existe seulement une quinzaine de cas oĂč les communes ont des potentiels proches de la moyenne. La dotation nationale de pĂ©rĂ©quation agit donc comme une garantie de meilleure prise en compte du niveau de richesse et de pression fiscale des communes. Elle justifie intrinsĂšquement la prĂ©cĂ©dente rĂ©forme de la DSU
 qui a abaissĂ© le poids du potentiel financier dans les critĂšres !

Pour les 143 allocataires de la seule DNP, on comprend plus aisĂ©ment pourquoi cette pĂ©rĂ©quation interroge. 85 des 143 communes bĂ©nĂ©ficiaires de ces seules dotations hĂ©bergent une population dont les revenus moyens sont 10 % supĂ©rieurs Ă  la moyenne nationale
 des banlieues ou stations balnĂ©aires cossues ont moins besoin de pĂ©rĂ©quation que d’autres. Si ce constat choque, ne suffirait-il pas d’ajouter un critĂšre d’exclusion sur le revenu des habitants pour ventiler sur les autres communes plutĂŽt que de risquer un bouleversement bien plus grand ? Il en reste 58 autres qui ne perçoivent pas de DSU. Pourquoi ? Pour insuffisance de logements sociaux
 TrĂšs bien mais aussi par une rĂ©alitĂ© particuliĂšre. Une trentaine de ces communes ont un parc de logement constituĂ© Ă  plus de 10 % de rĂ©sidences secondaires. Si on enlĂšve ses rĂ©sidences secondaires dans le total des logements Ă  Briançon, son taux de logements sociaux sur le parc des rĂ©sidences principales devient supĂ©rieur Ă  la moyenne. Ce biais mathĂ©matique joue aussi pour le critĂšre de la population percevant des APL rapportĂ© au parc de logement. Dans la commune d’ArgelĂšs-sur-mer, si on supprime le parc les rĂ©sidences secondaires, le taux passe Ă  70 % alors qu’il est de 17 % pour les critĂšres DSU. SchĂ©matiquement, ces communes touchent seulement de la DNP parce que leur taux de rĂ©sidents secondaires les rend inĂ©ligibles Ă  vie Ă  la DSU
 Ces 18 M€ de DNP dont un tiers se rĂ©partit sur Nice, FrĂ©jus et HyĂšres constituent une forme de dotation touristique pĂ©rĂ©quĂ©e complĂ©mentaire. Elle disparaitrait dans une relative impunitĂ© car les rĂ©sidents principaux d’Agde ou d’Hendaye ne sont pas riches pour autant.

Pourquoi ce raisonnement dysfonctionne pour les communes de moins de 10 000 habitants ?

En premier lieu, il convient de souligner que 140 communes de 5 Ă  10 000 habitants seront les principales bĂ©nĂ©ficiaires et c’est relativement juste. Elles perçoivent 107 M€ de la dotation de solidaritĂ© urbaine en plus des fonds dĂ©diĂ©s Ă  la dotation de solidaritĂ© rurale. Elles cumulent toutes les dotations de solidarité . Et, dans chacune des enveloppes, c’est sur la DNP qu’elle capte la plus faible part des enveloppes : 2,3 % de la DNP, 3 % de la DSR et 4,6 % de l’enveloppe de DSU.

En revanche, le raisonnement de justice pĂ©rĂ©quatrice s’essouffle sur l’analyse de la rĂ©alitĂ© de la dotation de solidaritĂ© rurale. Il devient plus dĂ©licat d’y dupliquer le raisonnement de France urbaine de bascule de la mauvaise vers la bonne pĂ©rĂ©quation. La DSR se ventile en trois blocs.

La fraction Bourg-centre s’appuie essentiellement sur l’écart au potentiel fiscal moyen des communes de moins de 10 000 habitants avec des pondĂ©rations par l’effort fiscal et la prĂ©sence en zone de revitalisation rurale
 et il s’agit de 37 % de l’enveloppe rĂ©partie. Et c’est bien de la pĂ©rĂ©quation sur les produits, comme la DNP !

La fraction dite de pĂ©rĂ©quation reprĂ©sente 40 % de l’enveloppe et dispose bien des critĂšres de charges et de produits. Avec des limites imperceptibles pour les zones urbaines. D’une part, quand deux tiers des communes perçoivent de la DSU, ce sont 97 % des communes qui la perçoivent. D’autre part, les critĂšres de charges s’avĂšrent plus discutables. Outre la longueur de voirie qui peut s’entendre, la rĂ©partition prend en compte la part de population d’enfants de 3 Ă  16 ans. Il est aujourd’hui compliquĂ© de comprendre en quoi les collĂ©giens constituent un Ă©lĂ©ment de charge pour les communes rurales
 en tout cas pas plus que la part des personnes de plus de 75 ans voire d’enfants de 0 Ă  3 ans. Enfin, pour mixer charges et produits, un potentiel financier superficiaire est calculé  ce dernier a Ă©galement pour effet de diluer les potentiels financiers Ă©levĂ©s des communes de grandes tailles disposant de ressources. Ici, point de revenu pour la pĂ©rĂ©quation
 ce schĂ©ma de « pĂ©rĂ©quation » n’a rien Ă  voir avec celui des communes de plus de 10 000 habitants.

De plus, la DSR dispose d’une part plus pĂ©rĂ©quĂ©e dite cible. Enfin, le revenu entre en jeu. Mais uniquement comme filtre pour en bĂ©nĂ©ficier. La rĂ©partition sur les charges prend toutefois en compte les mĂȘmes Ă©lĂ©ments et avec les mĂȘmes limites que pour la fraction pĂ©rĂ©quation.

En substance, la répartition de la DNP par le filtre de la DSR en zone rurale ne garantit en rien une meilleure justice de la répartition. Contrairement au caractÚre vertueux de la DSU, il conviendrait probablement de repenser un systÚme assez peu opérant


Que se passerait-il pour les communes urbaines si la DNP était répartie selon les critÚres DSU ?

Si on s’arrĂȘte sur les communes mĂ©tropolitaines de plus de 10 000 habitants, elles captent 42 % de la DNP ce qui offrirait une nouvelle somme Ă  rĂ©partir de 332 M€. On peut estimer ce que pourrait donner cette reventilation de la DNP vers la DSU souhaitĂ©e par France urbaine. Bien entendu, ce genre de rĂ©forme s’étalerait dans le temps et il y aurait d’autres effets de la loi de finances voire d’autres abonnement. Pour autant, cela permet de mesurer le sens d’une telle mesure.

Les rĂ©sultats de cette estimation montrent que seule 56 % des communes « DSU » bĂ©nĂ©ficient d’une hausse globale de la pĂ©rĂ©quation. En effet, 311 communes sur les 695 Ă©ligibles perdent des ressources en transfĂ©rant les subsides de la DNP sur la DSU. Les premiers rangs du classement correspondent aux communes qui ont le plus de besoins et les effets indĂ©sirables de cette mesure ne les Ă©pargnent pas. Sur les 200 « premiĂšres » communes DSU, les plus en difficultĂ©s, on trouve 51 perdantes soit un quart des communes les plus en difficultĂ©. Tourcoing, situĂ©e au 73Ăšme rang des communes les plus en difficultĂ© perdrait prĂšs de 1 M€ : privĂ©e de 3,5 M€ de DNP, elle toucherait 2,5 M€ de DSU supplĂ©mentaire. Pire, Poitiers qui figure au 90Ăšme rang en serait pour 2 M€ de perte avec une DNP qui lui octroie 4 M€ et une future croissance de la DSU Ă  2 M€.

A l’opposĂ©, 37 communes gagneraient plus de 1 M€ de fonds pĂ©rĂ©quĂ©s
 avec au sommet la commune de Saint-Denis mais Ă©galement VĂ©nissieux, Vaulx-en-Velin, Le Havre et la Courneuve
 5 communes qui ne perçoivent pas de DNP aujourd’hui parce qu’elles ont un fort potentiel financier ce qui signifie qu’elles ont plus de facilitĂ© que d’autres Ă  faire face aux besoins de leur population.

Pour finir avec une forme d’ironie sur les rĂ©sultats de ces simulations, on peut regarder les rĂ©sultats pour les villes de plus de 150 000 habitants… reprĂ©sentĂ©es par France Urbaine

Code INSEE de la commune Nom de la commune Population INSEE de l’annĂ©e N Rang de classement Ă  la DSU DNP 2021 Hausse potentiel DSU produite par la DNP Ecart Hausse DSU – DNP
06088 NICE 343 889 768 3 292 833 0 -3 292 833
83137 TOULON 178 065 401 4 439 315 1 600 945 -2 838 370
33063 BORDEAUX 260 352 715 1 809 959 0 -1 809 959
31555 TOULOUSE 491 942 460 5 163 198 3 515 274 -1 647 924
69123 LYON 525 236 695 2 494 876 860 270 -1 634 606
44109 NANTES 319 284 492 3 512 317 2 063 501 -1 448 816
13055 MARSEILLE 874 619 308 13 601 022 12 741 161 -859 861
30189 NIMES 151 875 186 3 913 524 3 085 777 -827 747
35238 RENNES 221 898 305 3 073 676 2 689 868 -383 808
49007 ANGERS 157 577 223 2 932 535 2 608 435 -324 100
21231 DIJON 160 186 548 811 003 734 888 -76 115
34172 MONTPELLIER 293 410 202 4 887 960 5 054 989 167 029
42218 SAINT-ETIENNE 175 057 243 1 837 398 2 556 540 719 142
59350 LILLE 235 189 254 3 171 792 4 045 231 873 439
38185 GRENOBLE 159 855 472 0 1 166 443 1 166 443
67482 STRASBOURG 287 532 274 2 877 754 4 378 674 1 500 920
69266 VILLEURBANNE 151 727 329 6 496 1 539 536 1 533 040
76351 HAVRE 171 587 267 0 2 698 198 2 698 198
51454 REIMS 185 211 175 611 967 3 473 891 2 861 924

 

Il semble que ces rĂ©sultats bruts interrogent sur la pertinence mĂȘme d’une telle rĂ©forme. Dans la plupart des cas considĂ©rĂ©s ici, l’effort fiscal est Ă©levĂ©. Quel intĂ©rĂȘt aurait une rĂ©forme qui priverait Marseille de 800 k€ avec son effort fiscal Ă©levĂ©, ses modestes revenus des habitants et et son potentiel financier infĂ©rieur Ă  la strate ? Peut-ĂȘtre juste donner le sentiment que Marseille est souvent un perdant des rĂ©formes puisque cette derniĂšre a dĂ©jĂ  perdu 2 M€ de FPIC avec la crĂ©ation de la MĂ©tropole.

L’analyse sommaire rĂ©alisĂ©e ici montre surtout qu’une « petite rĂ©forme » creuse de nouveaux dĂ©sĂ©quilibres mĂȘme s’il s’agit d’une petite dotation obsolĂšte. Faut-il pour autant renoncer Ă  refondre les relations financiĂšres entre l’Etat et les collectivitĂ©s ? Certainement pas. En revanche, il faut en revenir Ă  une approche globale comme avait tentĂ© de le faire le duo de dĂ©putĂ©s Christine PirĂšs-Beaune / Charles GuĂ©nĂ© en leaders techniques de leur AssemblĂ©e
 une mission pour 2023 trĂšs probablement.

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HERMES

06/09/2021 09h41

Encore un systĂšme de pĂ©rĂ©quation qui montre ses limites… et sa complexitĂ©!

J’ai toujours dit qu’il faut mettre en place un impĂŽt national et un impĂŽt local… que tout redevable doit payer en fonction de sa capacitĂ© contributive. Enfin, le montant total de ces prĂ©lĂšvements doit ĂȘtre plafonnĂ© en pourcentage du revenu « disponible » de chacun.
Quant Ă  la pĂ©rĂ©quation, elle se ferait seulement dans le cadre de l’impĂŽt local. L’Etat n’interviendrait plus que dans le cadre de la solidaritĂ© nationale.

On voit bien que l’Etat est constamment sollicitĂ© par les collectivitĂ©s locales pour obtenir plus de moyens et en mĂȘme temps ces derniĂšres le vilipendent pour tout… Quelle logique!

Il serait plus raisonnable que les collectivités demandent un changement de paradigme qui leur donnerait un vrai pouvoir financier (mais limité par la loi) donc une liberté dans leurs choix.

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