Pas de doute pour les candidats à l’élection municipale, ce qui fera la différence sur le plan financier entre eux, « c’est leur capacité à avoir une bonne gestion de leur ville », pour reprendre les termes d’Antoine Homé, maire de Wittenheim et rapporteur de la commission des finances de l’AMF. La gestion comme juge de paix ?
Les grands titres de la presse nationale reprennent à l’envi ce critère et rivalisent, grâce à l’ouverture des données comptables de chaque collectivité par la DGFiP et la DGCL, de classements de bonne gestion. Sans s’appuyer toujours sur les mêmes chiffres, tel magazine désigne par exemple Bordeaux vertueux au regard de l’importance de ses investissements soutenus par une très lourde imposition par habitant, tandis qu’un autre estime que c’est Saint-Nazaire qui est vertueux pour la même raison, mais justement « sans faire payer ses contribuables ou s’endetter ».
Bref, un coup la fiscalité n’a pas d’importance au regard des projets, pour un autre c’est le désendettement qui indique le nord de la boussole, pour d’autres enfin les étrangleurs de dépenses de fonctionnement sont sur la voie de la vertu. Ceux qui n’auront pas la moyenne partout s’exposeraient donc à la sanction électorale.
Visions macro et micro
Et pas question de jouer les victimes si d’aventure certains sont en bas des classements : Stanislas Boutmy d’Acofi Conseil dĂ©nonce dans un grand quotidien : « le comportement infantile de certains maires et de leurs associations, qui crient Ă la ruine et Ă la misère, leur nuit plus qu’il ne les aide en peignant un paysage local dĂ©vastĂ©, loin de la rĂ©alitĂ© ». IndĂ©niablement, la situation globale s’est amĂ©liorĂ©e. Mais attention ! rĂ©torque un DGS sur Twitter : « HĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© ! Un mot qui est oubliĂ©. Parler des collectivitĂ©s sur le plan gĂ©nĂ©ral ne veut rien dire. Il faut segmenter, analyser les situations sociales et Ă©conomiques. »
C’est également en substance ce qu’avait répondu André Laignel, président du CFL au représentant de la Cour des comptes venu présenter devant le Comité en novembre 2019 son rapport sur les finances locales indiquant « que les collectivités territoriales bénéficient encore d’un contexte financier favorable ».
Sous réserve des effets de la réforme fiscale, de la loi de programmation et d’un nouvel acte de décentralisation, les sages de la Rue Cambon « s’attendent en 2020 à ce que les marges de manoeuvre dont bénéficient les collectivités progressent encore au cours des prochains exercices, notamment grâce au dynamisme de leurs recettes fiscales et aux efforts de gestion entrepris par les acteurs locaux. »
Il n’en fallait pas plus à André Laignel, qui pourrait se sentir visé par le trait du consultant d’Acofi, pour réagir : « En macro-économie, c’est juste, mais je ne suis pas sûr que les 18 à 20 000 maires qui depuis plusieurs années – car ce sont les mêmes, année après année – voient leurs dotations baisser aient le sentiment que le contexte est devenu favorable, comme vous le dites. C’est la réalité vécue. » Une antienne ?
L’Ă©pargne nette nĂ©gligĂ©e
Pas forcĂ©ment. Parmi les indicateurs destinĂ©s Ă Ă©valuer la bonne gestion d’une commune, certains ont en effet Ă©tĂ© nĂ©gligĂ©s. D’abord la capacitĂ© de dĂ©sendettement, indicateur financier toujours intĂ©ressant, particulièrement pour les services du risque des banques, mais un peu moins pour les Ă©lus et encore moins pour les contribuables, plus sensibles Ă la capacitĂ© de chacun Ă dessiner un avenir qu’à dĂ©finir un risque de solvabilitĂ©. Or de ce point de vue l’épargne nette -totalement absente de tous les palmarès – indique bien d’une part la capacitĂ© d’une Ă©quipe municipale Ă respecter les fondamentaux de gestion, mais permet aussi de connaĂ®tre les rĂ©serves disponibles nettes des amortissements en capital de la dette et bien sĂ»r des intĂ©rĂŞts, dĂ©jĂ intĂ©grĂ©s dans l’épargne brute.
Bref, c’est le reste à vivre d’une commune, ce qui va vraiment permettre de se projeter dans le futur. L’évolution de cette épargne nette est donc un moyen de jauger la fiabilité du projet municipal, tout en ayant intégré le critère de « bonne gestion », mais à sa juste place, c’est-à -dire en arrière-plan.
Coup de tabac avéré
Selon les donnĂ©es de la nouvelle plate-forme de l’OFGL rĂ©cemment mise en ligne, il apparait qu’en 2018, environ 17,4 % des communes françaises prĂ©sentaient une Ă©pargne nette nĂ©gative. Un niveau pas si anodin, qui doit donc relativiser tout triomphalisme. Mais ce taux est aussi quasi exactement la mĂŞme qu’en 2014. Les efforts de gestion accomplis par les collectivitĂ©s qu’Ă©voque la Cour des comptes n’ont donc pas amĂ©liorĂ© le champ des possibles, mais tout juste pu maintenir les Ă©quilibres de 2014.
En effet avant de se stabiliser, le taux de communes en Ă©pargne nĂ©gative avait culminĂ© Ă 18,5 % en 2016 avant d’opĂ©rer son reflux. A noter tout de mĂŞme que la dĂ©gradation de la situation intervient en fait un an plus tĂ´t que le dĂ©but de ce mandat. En 2013, le taux de communes en Ă©pargne nĂ©gative se relève en effet brusquement Ă 16 % alors qu’en 2012, il n’était qu’à 11,7 %. Au final il n’y aurait eu donc sur ce mandat qui se termine ni ruine ni embellie globale, juste un statut quo fragile, après un sacrĂ© coup de tabac, qui laisse encore des traces dans les comptes de près d’une commune sur cinq.
Les palmarès de bonne gestion ne disent rien de cette Ă©preuve, encore moins de l’armement dont chacune Ă©tait dotĂ©e pour l’affronter au dĂ©part et sont bien lacunaires pour dĂ©crire la santĂ© dans laquelle elles se retrouvent aujourd’hui au regard de leurs projets d’avenir.
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