HĂ©ritiĂšre d’une police de proximitĂ© dĂ©criĂ©e et supprimĂ©e en 2003, la police de sĂ©curitĂ© du quotidien voulue par Emmanuel Macron rĂ©ussira-t-elle Ă combler le fossĂ© croissant qui sĂ©pare la police de la population ? Saura-t-elle rĂ©pondre Ă la demande de proximitĂ© exprimĂ©e depuis de nombreuses annĂ©es et avec force par les Ă©lus locaux ?
De toute Ă©vidence, les enjeux qui s’imposent Ă la future police de sĂ©curitĂ© du quotidien en font l’un des principaux chantiers du quinquennat d’Emmanuel Macron. Sans doute aussi l’un des plus sensibles.
A lâoccasion dâune cĂ©rĂ©monie en grande pompe organisĂ©e le 8 fĂ©vrier Ă lâEcole militaire Ă Paris, en prĂ©sence dâun arĂ©opage de hauts-fonctionnaires et de gradĂ©s de la police et de la gendarmerie nationale, le ministre de lâIntĂ©rieur, GĂ©rard Collomb a levĂ© le voile sur les contours de cette ambitieuse « PSQ », qui sera accompagnĂ©e au printemps dâune rĂ©forme, elle aussi sensible, des procĂ©dures pĂ©nales.
« Impliquer tous les acteurs, de la base au sommet »
« Câest un profond changement de mĂ©thode qui va sâengager, a dâemblĂ©e soulignĂ© le ministre, entourĂ© des principaux directeurs de son administration. S’exprimant devant prĂšs de 400 personnes, dont quelques Ă©lus locaux, GĂ©rard Collomb a vantĂ© l’ambition de sa rĂ©forme, soucieux de « varier le type de rĂ©ponses » selon les territoires et de « donner davantage de pouvoirs aux commissaires, au commandant de la gendarmerie », annonçant au passage lâabandon de la politique du chiffre.
« Nous pensons que la sĂ©curitĂ© doit ĂȘtre une chaĂźne continue« , a-t-il en outre ajoutĂ©. « Quâelle doit impliquer tous les acteurs, de la base au sommet, les Ă©lus, les maires et la population ! Câest en ce sens que nous voulons faire une vĂ©ritable rĂ©volution ! », s’est-il emportĂ© devant le prĂ©sident de l’Association des maires de France, François Baroin, qui lui faisait face au premier rang.
Sâappuyant sur les 70 000 retours de la concertation nationale menĂ©e Ă la fin 2017, le ministre a surtout profitĂ© de cette communication pour dĂ©tailler un vĂ©ritable programme dâaction quinquennal destinĂ© Ă rĂ©former des forces de sĂ©curitĂ©, recentrĂ©es sur leur mĂ©tier, remises sur le terrain, dĂ©barrassĂ©es des tĂąches indues, mieux formĂ©es, et bĂ©nĂ©ficiant dâun Ă©quipement modernisĂ© et technologique. Une police et une gendarmerie « aux ambitions retrouvĂ©es », qualifiĂ©es Ă©galement de « connectĂ©es » et de « sur mesure », dont la doctrine dâemploi, ou plutĂŽt le « nouvel Ă©tat dâesprit » selon les mots du ministre, devra permettre de sâattaquer aux incivilitĂ©s et aux infractions du quotidien et Ă apaiser les relation avec la population.
30 quartiers de « reconquĂȘte rĂ©publicaine »
Pour ce faire, la PSQ sera dĂ©ployĂ©e dans 30 quartiers prioritaires de « reconquĂȘte rĂ©publicaine ». « Nous ne pouvons pas accepter quâun certain nombre de quartiers soient en dehors des lois de la RĂ©publique » a lancĂ© le ministre, qui annonce 15 Ă 25 policiers supplĂ©mentaires dans chaque quartier sĂ©lectionnĂ© pour mener une action conjointe contre la criminalitĂ© organisĂ©e, avec les ministĂšres de la Justice mais aussi « lâEducation nationale, la rĂ©novation urbaine, les sports, la culture, et les Ă©lus locaux ».
Cette PSQ sera expĂ©rimentĂ©e dĂšs septembre dans 15 premiers quartiers auxquels sâajouteront 15 autres en janvier 2019. Au total, 600 effectifs seront dĂ©diĂ©s Ă ces 30 territoires qui bĂ©nĂ©ficieront chacun dâun nouveau « dĂ©lĂ©guĂ© cohĂ©sion police-population ».

Source : ministĂšre de l’IntĂ©rieur

Source : ministĂšre de l’IntĂ©rieur
Une trentaine dâautres quartiers pourraient Ă©galement entrer dans lâexpĂ©rimentation dâici Ă 2020, portant Ă 1300 le nombre de policiers affectĂ©s.
Un référent de la gendarmerie pour chaque maire
Le ministre de lâIntĂ©rieur a Ă©galement annoncĂ© une liste de 20 « dĂ©partements mieux accompagnĂ©s » en zone gendarmerie, oĂč 500 gendarmes supplĂ©mentaires seront dĂ©ployĂ©s : Ain, Calvados, Charente-Maritime, FinistĂšre, Gars, Haute-Garonne, Gironde, HĂ©rault, Ille-et-Vilaine, IsĂšre, Loire-Atlantique, Oise, Puy-de-DĂŽme, Bas-Rhin, RhĂŽne, Haute-Savoie, Deux-SĂšvres.
Partant du « retour extrĂȘmement positif des Ă©lus » sur les premiĂšres brigades de contact de la gendarmerie, installĂ©s depuis 2017, le directeur gĂ©nĂ©ral de la gendarmerie nationale, le gĂ©nĂ©ral Richard Lizurey, a Ă©voquĂ© leur dĂ©veloppement dans le cadre de la PSQ. 250 « unitĂ©s de contact dont 41 brigades territoriales de contact » seront mises en place et consacreront leur temps « à la rencontre, au dialogue, Ă lâĂ©coute » avec les Ă©lus, les commerçants et les habitants, a prĂ©cisĂ© le patron des gendarmes.
« Chaque semestre, nous organiserons au sein de chaque arrondissement une rĂ©union de travail avec lâensemble des maires pendant une demie journĂ©e pour Ă©changer, rendre compte de notre activitĂ© et les Ă©couter afin dâaccroĂźtre la qualitĂ© de notre travail », a-t-il prĂ©cisĂ©.
Autre nouveauté : la mise en place locale dâun rĂ©fĂ©rent de la gendarmerie pour chacun des 34 000 maires de la zone gendarmerie, « de maniĂšre Ă informer en temps rĂ©el le maire de ce qui se passe dans sa commune et de maniĂšre Ă©galement Ă ĂȘtre Ă son Ă©coute pour faire Ă©voluer le service public de sĂ©curité ». Un rĂ©fĂ©rent de proximitĂ© dans les commissariats de police est Ă©galement prĂ©vu.
Resserrer le partenariat avec les maires, renforcer les compétences des PM
PrioritĂ© affichĂ©e de la rĂ©forme, la PSQ ne pourra se faire quâĂ travers le renforcement de la coopĂ©ration avec les maires et les acteurs locaux.
« La police que nous voulons est une police plus partenariale », a répété Gérard Collomb. « Le maire est souvent le premier interpelé. Il faut pouvoir associer à la fois les élus, leurs polices municipales, les associations, les bailleurs sociaux, les acteurs de la mobilité » ainsi que les acteurs de la sécurité privée.
Pour ce faire, a rappelĂ© le ministre, une mission sur le continuum de sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© confiĂ©e aux dĂ©putĂ©s (LREM) Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot. Leurs conclusions sont attendues pour la fin juin. « On voit bien quâil faut clarifier le pĂ©rimĂštre des missions respectives des acteurs de la sĂ©curitĂ©, a justifiĂ© GĂ©rard Collomb. Il faudra Ă©tudier les modalitĂ©s de coordination et la supervision par les autoritĂ©s Ă©tatiques ».
En outre, « si nous donnons plus de pouvoirs aux forces de police municipale et aux agents de la sĂ©curitĂ© privĂ©e, il va falloir Ă©galement une formation adaptĂ©e », a-t-il ajoutĂ©, sans dĂ©tailler les compĂ©tences qui pourraient ĂȘtre dĂ©lĂ©guĂ©es.
L’appel lancĂ© aux maires
Au-delĂ , le ministre de lâIntĂ©rieur a confirmĂ© de façon laconique son intention dâĂ©laborer une nouvelle stratĂ©gie de lutte contre la dĂ©linquance avec chaque maire, sans prĂ©ciser sâil sâagira de la suite attendue de la stratĂ©gie nationale de prĂ©vention qui a pris fin en dĂ©cembre 2017.
« Oui, les Ă©lus en particulier les maires sont souvent ceux qui connaissent le mieux leur territoire. Ils savent oĂč se dĂ©veloppent la dĂ©linquance car ils sont interpelĂ©s tous les jours. Il faut donc avoir une coopĂ©ration profonde avec eux. Et donc, je demande Ă ce que dans les trois prochains mois, on puisse prendre contact avec eux de maniĂšre Ă pouvoir dĂ©finir avec eux une vraie stratĂ©gie de sĂ©curitĂ© pour les territoires. Câest le partenariat qui nous fera gagner. »
En contrepartie, le ministre a lancĂ© un appel pour le moins sĂ©curitaire aux Ă©lus locaux. « Je demande aux maires quâils dĂ©veloppent leurs polices municipales, quâils mettent de la vidĂ©oprotection, quâils puissent faire de la prĂ©vention situationnelle car on sait bien que tel ou tel type dâurbanisme fera quâune zone deviendra plus criminogĂšne ».
A lire le dossier de presse « PSQ » diffusĂ© lors de son lancement, dâautres mesures pourraient ĂȘtre menĂ©s dans les prochains mois : la gĂ©nĂ©ralisation des interventions dans les Ă©tablissements scolaires, la sensibilisation au rĂŽle des forces de lâordre dans le cadre du futur service national universel, le dĂ©veloppement de la garde nationale, lâadaptation locale du dispositif de participation citoyenne ou encore la nomination dâun rĂ©fĂ©rent sĂ©curitĂ© dans chaque conseil de sĂ©curitĂ© et conseil citoyen.
Parmi les autres dispositions avancĂ©es : des sanctions effectives pour les auteurs d’agressions contre les forces de sĂ©curitĂ© et de secours, une rĂ©action systĂ©matique de la part des prĂ©fets en cas de mise en cause injustifiĂ©e et lutte contre les fake news, de nouvelles mesures d’anonymisation et de prĂ©vention des suicides.
Devant la secrĂ©taire d’Etat en charge de l’Ă©galitĂ© femmes-hommes, MarlĂšne Schiappa, le ministre de l’IntĂ©rieur a Ă©galement annoncĂ© un meilleur accueil des victimes en commissariats et brigades (adaptation des horaires d’ouverture, renforcement des formations, amĂ©nagement des victimes).
Une « invitation à revisiter la doctrine » des forces de sécurité
Si le ministre de lâIntĂ©rieur nâen a pas apportĂ© de dĂ©finition prĂ©cise, le prĂ©fet de police de Paris, Michel Delpuech, a Ă©voquĂ© la nouvelle doctrine dâemploi de la police. Car la PSQ est Ă©galement, selon lui, « une invitation Ă revisiter la doctrine dâintervention et dâaction » des forces de sĂ©curitĂ©.
« Pendant longtemps, la logique dâintervention et dâaction a pris le pas sur toute autre considĂ©ration, a-t-il soulignĂ©. Le temps est venu de dĂ©velopper cette police de contact qui doit ĂȘtre davantage proactive. Ce doit ĂȘtre une mission prioritaire du chef de circonscription dans une relation privilĂ©giĂ©e avec les Ă©lus du territoire pour faire vivre tout le partenariat sans lequel la PSQ ne donnera pas toute lâefficacitĂ© quâon attend dâelle. »
Et de dĂ©crire la traduction de la PSQ dans les services de lâagglomĂ©ration parisienne. « Il faut rĂ©viser le mode dâorganisation de nos circonscriptions pour revaloriser des tĂąches gĂ©nĂ©ralistes : dâun cĂŽtĂ©, le service dâaccueil et dâinvestigation de proximitĂ©, dâun autre cĂŽtĂ© un service de police de sĂ©curitĂ© du quotidien ». Celui-ci, a prĂ©cisĂ© le prĂ©fet Delpuech, aura trois grandes missions à Paris : « un service de police secours, un service dâintervention et Ă©galement un grand pĂŽle de police de contact avec la mise en Ćuvre de brigades de contact fidĂ©lisĂ©s sur certains territoires ».
Michel Delpuech a Ă©galement Ă©voquĂ© une mĂ©thode, qui conduira les policiers Ă mettre lâaccent sur lâĂ©coute, « pour comprendre les attentes » au plus prĂšs du terrain, et lâinformation des habitants. De nouveaux outils seront avec notamment la gĂ©nĂ©ralisation des tablettes NĂ©o et le dĂ©veloppement des patrouilles VTT et vĂ©los Ă©lectriques.
Comment renforcer lâeffectivitĂ© de la sanction ?
Indissociable de la mise en Ćuvre de la PSQ, la simplification de la procĂ©dure pĂ©nale est sur les rails. Elle prendra la forme dâun projet de loi qui sera prĂ©sentĂ© au printemps par les ministĂšres de lâIntĂ©rieur et de la Justice.
Outre le renforcement du pouvoir des enquĂȘteurs et la plus grande dĂ©matĂ©rialisation des procĂ©dures, le texte est appelĂ© à « renforcer lâeffectivitĂ© de la sanction » Ă travers notamment :
- La forfaitisation de certaines infractions. A lâĂ©tude selon la place Beauvau : « lâoutrage sexiste, lâusage des stupĂ©fiants, le vol Ă lâĂ©talage et les ventes Ă la sauvette »,
- LâĂ©loignement des dĂ©linquants, câest dire, selon le ministĂšre, « la possibilitĂ©, sous le contrĂŽle du juge, dâĂ©loigner de leur quartier des personnes ayant commis des infractions ».



