
salon des maires 19/11/25, porte de versailles, Paris
Qu’il s’agisse de prévenir, de repérer ou d’accompagner l’exploitation sexuelle des mineurs, une approche pluridisciplinaire est nécessaire, face à des proxénètes hyper-organisés.
Ces dernières années, les signalements de mineurs soupçonnés d’être exploités sexuellement augmentent et les institutions sont démunies pour apporter une réponse coordonnée. Un constat inquiétant qui a conduit le département des Yvelines à demander à une association spécialisée, l’Amicale du nid, de se pencher sur le sujet. Son diagnostic a confirmé le bien-fondé de coordonner les intervenants du département pour lutter contre ce fléau. La collectivité a donc créé la cellule de lutte yvelinoise contre la prostitution, dédié un poste et désigné seize référents qui accompagnent les autres professionnels et pilotent un réseau partenarial. Objectif : repérer les situations à risques le plus tôt possible. « Nous avons besoin des forces de l’ordre, du parquet, de l’Éducation nationale, des associations, du secteur hospitalier, pour chaque situation individuelle. La victime peut être sous emprise, sous addiction, avoir peur des représailles ou ne pas être consciente de ce qu’elle vit, » précise Léa Périer, coordinatrice Prévention et lutte contre la prostitution, directrice générale adjointe Enfance, famille, santé du département. Au-delà de la mettre à l’abri, il faut un accompagnement global.
Et aujourd’hui ?
Le plan d’actions répond à une double approche, préventive et curative : sensibiliser les professionnels pour améliorer repérage et signalements, expliquer aux jeunes les dangers et les techniques de recrutement des proxénètes, accompagner les mineurs victimes et leurs parents… Un partenariat a été passé avec l’association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE), où trois personnes dont une psychologue travaillent à plein temps pour le compte du département et animent des permanences. En 2025, plus de soixante-dix cas (dont deux garçons) ont été orientés vers ACPE et 1 720 jeunes ont bénéficié d’actions collectives de prévention, au collège et dans les foyers d’aide sociale à l’enfance. Les proxénètes étant de mieux en mieux organisés et mobiles, il convient d’être très rapide : ils louent des logements touristiques pour 24 heures et quand la police enquête, elle ne peut rien constater. « À l’affût sur les réseaux sociaux notamment, les prédateurs savent exploiter les vulnérabilités de jeunes filles qui ont souvent vécu des violences, sans être forcément dans la précarité », explique Léa Périer. « Nous avons créé un écosystème, relié à la lutte contre les addictions et contre l’utilisation du téléphone portable avant l’âge de 3 ans », ajoute Éric Delafoy, directeur de la communication du département des Yvelines. Ce n’est pas une lutte isolée. En 2025, 224 professionnels du département ont été formés au risque de prostitution. Plus de 150 devraient l’être en 2026.
Trouver les mots
Que dire, comment le dire ? Pas facile de s’adresser à un jeune concerné par la prostitution. Et pourtant, il faut bien poser des mots sur ce qu’il se passe, en adaptant la parole en fonction de l’âge — certaines jeunes filles ont seulement 14 ans — et de la situation. Par exemple, si l’on s’adresse à un jeune en tant que « victime » d’exploitation sexuelle, il va se considérer comme un looser, explique Léa Périer.








