Le Think-thank Terra Nova a rendu public, le 21 janvier 2015, un rapport intitulé « Où va le management public ? ». Rédigé par Maya Bacache-Beauvallet, économiste et professeure à Télécom ParisTech, le texte constate l’échec « des expériences réalisées ces dernières décennies » en matière de gestion de l’emploi public et propose de « sortir de l’impasse » des indicateurs de performance.
« Les chercheurs sont beaucoup revenus des modèles qui devaient ordonner simultanément la réduction de la taille de l’Etat, l’amélioration de son efficience et la motivation de ses agents », annonce la chercheuse dans l’introduction.
Au contraire, le rapport insiste sur la mobilité et la gestion des carrières comme éléments clés de la motivation des agents.
Mieux cibler les motivations des fonctionnaires
« La mise en place d’une prime Ă la performance a Ă©tĂ© un dĂ©sastre dans la fonction publique », constate Maya Bacache-Beauvallet. L’Ă©tude menĂ©e par l’OCDE en 2009 a dĂ©montrĂ© les effets dommageables d’un tel dispositif, « Ă la fois inutile et dĂ©motivant pour les fonctionnaires ».
En effet, l’une des difficultĂ©s de la prime Ă la performance rĂ©side dans le type de motivation que l’on souhaite offrir aux fonctionnaires : « rĂ©munĂ©rer l’agent Ă la performance revient Ă l’inciter Ă allouer son effort de prĂ©fĂ©rence aux tâches les plus mesurables aux dĂ©pens des autres ». Pourtant, les services publics comprennent « des tâches qualitatives et pourtant fondamentales », rappelle l’étude.
L’attractivité d’une telle prime à la performance serait, de fait, minime pour les fonctionnaires, d’autant plus que la part est de 10% pour les agents, et de 20% pour les cadres, ratio jugé « insuffisant » pour motiver ses bénéficiaires.
Or, selon l’Ă©tude de l’OCDE, c’est avant tout l’Ă©volution de carrière qui attire les agents dans la fonction publique, et non la rĂ©munĂ©ration.
« PrĂ©cisĂ©ment parce que les agents ne sont pas embauchĂ©s sur un mĂ©tier ou une fonction particulière, mais pour une carrière, on peut envisager de les faire Ă©voluer sur diffĂ©rentes fonctions […]», prĂ©conise le rapport.
Un constat qui se vérifierait pour la fonction publique d’Etat, mais aussi pour la fonction publique territoriale : « Il n’y a pas de raison qu’un infirmier territorial, qui souhaite exercer à l’hôpital, ne puisse pas aujourd’hui se reconvertir, ne serait-ce qu’au détour d’une formation continue, ce qui lui éviterait d’avoir à repasser un nouveau concours », illustre Maya Bacache-Beauvallet.
Les corps et cadres d’emplois, un frein Ă la mobilitĂ© de carrière
Dans la droite ligne de cette idée, le rapport de Terra Nova préconise de « structurer et développer les formations continues et les bilans de compétence et de carrière pour continuer d’accompagner les agents dans leur désir de mobilité fonctionnelle et d’évolution de carrière ».
Enfin, le texte s’attache Ă dĂ©velopper un autre type de frein Ă la mobilitĂ© des fonctionnaires, celle des corps de la fonction publique. « Au total, la multiplicitĂ© des corps fait obstacle Ă l’esprit du statut car elle tend Ă associer corps et mĂ©tier », explique l’Ă©tude. Si le nombre de corps a Ă©tĂ© considĂ©rablement rĂ©duit ces dernières annĂ©es (il est passĂ©e de 700 Ă 300 NDLR), le rapport de Terra Nova prĂ©conise, lui, de supprimer la quasi-totalitĂ© des corps d’Etat, ne souhaitant conserver que « quelques corps Ă©tanches Ă l’ensemble du système administratif » (catĂ©gories A, B et C, corps de la magistrature et des armĂ©es). ContactĂ©e par La Gazette, l’auteur se dit Ă©galement favorable Ă un travail de mĂŞme nature concernant les cadres d’emplois en vigueur dans la fonction publique territoriale.
Toutefois, et face aux réformes prônées, le rapport se veut pragmatique. « Fusionner des corps, c’est par définition fusionner les grilles de rémunération, et là le chantier est réel, long et difficile » conclut le texte.
Références
- Où va le management public ? Réforme de l'Etat et gestion de l'emploi public - Terra Nova, janvier 2016



